Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch20 Ep12

episode276.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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« Alors, comment était-ce là-bas ? Apportez-nous un peu plus de thé au jasmin, merci. »
Poféus poursuivait sa redécouverte de plaisirs de l’amour avec Calande. La jeune femme était rentrée durant la nuit et tous deux s’étaient immédiatement jetés sous les draps, pour des retrouvailles plus intimes. L’odeur de sa compagne, quelle qu’elle fût, lui semblait un nectar. Ses mots, quels qu’ils fussent, s’entendaient tels des poèmes. Sa présence lui injectait une vitalité nouvelle que son absence lui arrachait.
À un moment, tôt dans la matinée naissante, il s’était tourné vers elle et, un peu somnolant, l’avait appelée Méhala. Heureusement, la jeune femme dormait profondément, elle n’avait rien entendu. Cela en disait long sur les sentiments que le contramiral éprouvait.
Mon chéri. Je ne voudrais pas gâcher notre petit déjeuner océanique. Tu te doutes combien c’était horrible… Et toi ? Il m’a semblé qu’on tournait la clenche de la porte, peu avant mon réveil, et tu n’es revenu à mes côtés que de longues minutes plus tard. Qu’y avait-il ?
On dira que je passais en revue les préparatifs du petit déjeuner, la fraicheur des crustacés, la cuisson des poissons… Je te conseille la fricassée d’algues-fourmis, une spécialité reconnue du chef.
J’y vais donc de suite… Et en réalité, ta sortie de ce matin était secrète, n’est-ce pas ?
Totalement.
Elle avait ajouté cette question, plutôt une remarque en fait, en se servant une belle cuillérée d’algues roulées en boules avec un peu de mayonnaise au centre. Quelle femme, quelle intelligence… Poféus n’en revenait toujours pas.
Et, comme toujours, elle avait raison : le rapport qu’il avait reçu, du responsable de l’opération en cours, l'inquiétait suffisamment pour qu'il réponde en personne. Rien ne prouvait que les Mutualistes attaqueraient directement le palais du Conseil de la révolution, mais il fallait prendre toutes les précautions. Les renforts étaient en route, l’alerte avait été donnée et des fouilles ordonnées. Il ne restait qu’à attendre.
« As-tu prévu quelque chose de précis pour aujourd’hui ? »
La question le ramena à la réalité. Il n’avait pas encore touché à sa crème de crevette-tubes et la psychologue le lui signalait astucieusement.

Oui et non. Je dois toujours être joignable dans le cadre de mes fonctions, tu t’en doutes et aucun rendez-vous prévu ne peut être déplacé, mais… ta présence m’est très chère.
Alors nous pourrions aller nous balader dans la forêt du Domaine royal au sud de la capitale, non ? Un panier avec quelques provisions, une bouteille d’eau et nous pourrions passer une journée mémorable.
L’idée me plait. Mais il faudra se sacrifier à un impératif…
ajouta Angilbe, d’un air mystérieux. N’était-il pas en train de faire un trait d’humour ? Il s’opérait en lui une nouvelle magie autrement plus efficace que la chasse aux mignons.
La jeune femme grimaça et leva un sourcil, interrogative :
… oui ?
Nous devrons vider la forêt de tous ses visiteurs et l’avoir pour nous tout seuls. J’espère que cela ne te dérange pas ?
Oh ? Laisse-moi y réfléchir… Hmmmm… Bon, allez exceptionnellement, j’accepte de profiter d’un des plus beaux parcs forestiers de la région uniquement en ta compagnie !
Ils rirent tous deux de bon cœur et, les choses étant, Poféus se tartina une généreuse épaisseur de crème. Il allait croquer dedans lorsque :
Quelle est cette fumée au loin ? Un accident sur la déviation ?
Où donc ? Mais dans cette direction, la rocade est déjà terminée, en fait c’est proche du Pal…
Le contramiral se releva brusquement, lâchant sa tartine à l'instant précis où un agent mental se précipitait à ses côtés, lui tendant un message visiblement prioritaire. Il le parcourut et ne put dissimuler une frustration, un moment de colère dans le regard. Ils avaient osé aller jusque là, et ses services avaient échoué à les arrêter.
Calande, mon amour. J’ai peur que nous ne devions remettre à plus tard cette escapade en solitaire. C’est une urgence. Prend tout le temps que tu veux, la demeure est à toi.
Que se passe-t-il ?
Regarde les informations, ce sera difficile de cacher cela.
Et il l’embrassa, tendrement. Méhala réapparut brièvement devant ses yeux, mais ses traits se troublèrent, adoptant ceux de Calande Rorré, psychologue et partenaire dans cette nouvelle vie.
Un moment d’hésitation, leurs mains étaient presque agrippées… puis elle hocha doucement la tête, en signe d’encouragement.
« Donne-moi des nouvelles, de temps en temps. »
Poféus l’en assura, l’embrassant à nouveau et s’élança à la suite de son agent.
Deux étages plus bas, dans le bunker soutenant la demeure, plusieurs gardes se précipitèrent, lui hurlant de se dépêcher par de grands gestes. Quelque chose de nouveau ?
Il accéléra le pas, mais déjà on le poussait, le forçant à courir. Un son étrange, le frottement d’un appareil qui rentrait dans l’atmosphère, résonna à l’intérieur du corridor.

À une vitesse supersonique, la navette de transport de Lithium immatriculée A7G3C, en provenance directe de la station spatiale numéro un « Maman-Lolo » avec une pleine cargaison, vint percuter la résidence du ministre de la sécurité, le contramiral Poféus. La déflagration souffla le bâtiment, projetant les véhicules et les gravats à plusieurs centaines de mètres. Elle creusa dans le sol rocailleux un cratère géant, les flammes carbonisèrent le parc et les débris déchiquetèrent de nombreux agents dissimulés alentour.
La navette spatiale venait d’être déclarée volée vingt-trois minutes auparavant, et les opérateurs radars qui suivaient sa trajectoire n’avaient pu déterminer sa destination qu’aux derniers instants. L’appareil ne respectait aucune limitation de vitesse ou d’inclinaison pour l’approche et il avait fallu se rendre à l’évidence : le pilote ne cherchait pas à atterrir, mais à s’écraser.
C’est durant l’ultime minute qu’une transmission radio fut ouverte, juste quelques mots :
Gloire à la Mutualité.


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RedU T1 Ch20 Ep11

episode275.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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Les gardes du corps couraient dans les couloirs, se postant aux carrefours et dans les zones sensibles du bâtiment. L’information à peine diffusée, c’était le branlebas de combat. En ajoutant, aux soldats, les membres de la sécurité et les gardes rapprochés de chaque ministre et celle du président du conseil, les Mutualistes allaient se heurter à près d'une centaine d’hommes en arme, sans compter les renforts, forces mentales en tête.
La fourgonnette avait été retrouvée à deux rues du palais, vide bien sûr. Bizarrement, aucune caméra de cette zone n’était activée et on ne pouvait pas savoir ce qu’ils étaient devenus, alors on passait au peigne fin tous les égouts, les cages d’ascenseurs, les ruelles et les appartements du quartier.
Les soldats en permanence à l’entrée principale se tenaient prêts, une balle engagée dans leurs fusils-mitrailleurs.
Un bruit de bottes s'approchant au pas de course les fit se raidir, doigt sur la gâchette. C’était un groupe, avec treillis noir et écusson des Forces mentales. Bien qu’un peu rassuré, il n’était pas question de faire confiance à qui que ce soit et le planton les fit s’arrêter à plusieurs mètres. Un officier, seul, s’approcha pour prouver l’identité de la petite troupe. Le central confirma les accès : on avait affaire aux forces d’intervention qui avaient donné l’alerte quelques minutes plus tôt. Comme elles ne se trouvaient pas loin, elles avaient couru le dernier kilomètre, d’ailleurs tous transpiraient.
Le planton salua et reçut en retour la ferme poignée de main du chef, mais tous gardaient la mine sombre des moments graves. Contre les Mutualistes, on n’était jamais assez nombreux ni assez préparé. Ces Mentaux représentaient un atout de taille.

*

« … Puisque le contramiral ne nous fait pas l’honneur d’être présent, Monsieur le Président et Messieurs les Ministres, ce sera sans son accord que je me permets de mettre à votre disposition ce rapport élaboré par mes services… les copies sont distribuées ? Très bien. Il prouve l’implication du Bureau des affaires mentales dans l’importation et la distribution de la drogue ‹ nuage de miel › sur MaterOne ! Oui, vous avez bien entendu, cette armée secrète, cet état dans l’état s’avère être un cancer qui ronge les bases de notre société.

Je ne nie ni l’importance ni l’histoire de cette organisation, dont les racines remontent aux origines de l’ancienne royauté, mais je crois, et je vous invite à croire avec moi, qu’il est temps d’en changer la tête et d’en réformer le cœur. »
La porte de la salle du conseil s’ouvrit discrètement sur une poignée de gardes du corps dont un se dirigea vers le président.
« Dans ce but, je dépose une demande officielle pour un vote à la majorité qualifiée des membres de ce conseil en vue de…
Président ? »
Le vieil homme se rembrunit, hocha la tête à son interlocuteur puis se leva :
Messieurs-dames, je vous demande de garder votre calme. On vient de m’informer que nous sommes sous la menace d’un attentat mutualiste. On nous demande de quitter la salle par la sortie secondaire. Elle est sécurisée et nous conduira sur le toit où des orthoptères ainsi qu’une escorte nous attendent.
Une alerte ? Mais Président, le vote que je propose est…
… verra plus tard, monsieur Heir. Gardes, ouvrez la voie, nous vous suivons. Allons tous, du calme, merci.

*

Le planton vérifia que la sécurité de son arme était bien relevée. Doigt sur la gâchette, lui et ses camarades se tenaient en peu en retrait de l’entrée principale, protégés par des sacs de sable et des guérites blindées. Tout le secteur était sous couvre-feu d’urgence et on avait retiré les véhicules stationnés. C’était une étrange sensation que ce quartier vide, sans autre animation que les échos des recherches qui s’effectuaient tout autour. Malgré tout cela, le commando ennemi demeurait introuvable. Un son d’orthoptère monta alors, signalant l’approche d’un… non, de deux appareils. La rue était fermée et les engins volants vinrent se poser à une cinquantaine de mètres. L’écusson sur le côté ne laissait aucun doute : encore des Forces mentales.
Les turbulences de l’atterrissage obligèrent les gardes à se protéger. Au moins, quand les mentaux intervenaient, ils y mettaient le paquet. Une troupe en treillis noire descendit et s’arrêta d’elle-même à quelques mètres. L’officier s’approcha, seul, pièces d’identité en main. Dans un sourire, le planton jeta un œil aux papiers et à l’ordre de mission. Ce fut en énumérant les codes pour le central de surveillance qu’il comprit : il venait DÉJÀ de donner ces numéros à la vérification, c’était le groupe précédent qui…
Il n’eut pas le temps de pousser plus loin ses réflexions.
Une immense déflagration embrasa le rez-de-chaussée du palais. Le feu balaya les hommes et les véhicules, réduisant tout en cendres. L’explosion fut si puissante qu’elle souffla toutes les vitres dans un rayon d’un kilomètre autour de l’épicentre.
Protégé par une partie du mur d’enceinte, le planton repoussa un sac de sable éventré et se releva malgré un violent tournis. Il ne put que constater le désastre : alors que débris et cadavres jonchaient la cour intérieure, les deux premiers étages du palais n’étaient plus que ruines et un panache d’épaisse fumée noire montait, obscurcissant le ciel.

*

Armes au poing, les gardes du corps courraient en tête du groupe, entrainant les ministres dans la cage d’escalier de secours qui montait encore et toujours. Le vieux président soufflait comme un phoque-sanglier, il restait encore une dizaine d’étages à grimper et ses jambes ne le porteraient plus bien longtemps. Soudain, un tremblement secoua le bâtiment tandis que le rugissement de l’explosion leur parvint aux oreilles. Le groupe s’arrêta quelques secondes. Ils allaient repartir d’autant plus vite, lorsque…
« Stop, arrêtez-vous ! »
Heir hurlait derrière eux. Le président grogna : mais que se passait-il ? Immédiatement, plusieurs gardes se placèrent devant lui et pointèrent leurs armes sur un homme en treillis noir qui se tenait dans le dos du ministre et le garrotait, menaçant. Il ne put retenir sa surprise :
Un… ils sont arrivés ici ? Mais comment est-ce possible ?
Tout le monde reste calme ! Écoutez, qui que vous soyez, je ne pense pas que… mmphhh.
Le preneur d’otage serrait la lanière encerclant la gorge de Heir. Il lui chuchota quelque chose à l’oreille puis desserra un peu son garrot.
« …ouf… il… il dit que l’on doit déposer nos armes, que c’est une prise d’otage pour la… pour la Mutualité. »
D’un coup d’œil, les gardes du corps se décidèrent et deux d’entre eux restèrent face au preneur d’otage tandis que les autres faisaient reculer les membres du conseil pour poursuivre leur chemin. Le président sentit alors la poigne de son protecteur devenir molle. Il eut juste le temps de voir les yeux de l’homme se révulser avant qu’il ne tombe dans les escaliers. Avec horreur, les ministres assistèrent à l’évanouissement de tous leurs gardes, tandis que des bruits de bottes résonnaient sur les marches au-dessus d’eux. D’autres Mutualistes apparurent, d’autres tenues noires, à l’écusson des forces mentales, qui les tenaient en joue. Une arme pointée sur lui, le vieux président du conseil ne put s’empêcher de demander :
Bon Dieu ! Mais que se passe-t-il ? Ce sont des forces mentales ?
C’était une attaque psychique, certes, mais ces hommes n’appartiennent pas à Poféus.
lui répondit Heir d’une voix étrangement calme. Le Mutualiste venait de le relâcher, lui donnant même une arme ! Le chef du gouvernement provisoire n’osait pas croire ce que ses yeux lui montraient, et il n’était pas le seul. Les membres du conseil étaient tétanisés, certains au bord des larmes, d’autres cherchaient du regard une improbable issue. Il prit la parole, tentant de mettre dans sa phrase toute son autorité naturelle :
Monsieur Heir. Relâchez-nous immédiatement.
Navré, monsieur le Président, ce n’est pas ce que j’avais prévu. Sachez que je suis en train de tous vous sauver, en fait.
Il sourit, observant un à un les visages inquiets.
« Poféus allait commettre un putsch, c’était évident. Alors, je me suis dit qu’il était plus salvateur pour nous tous que je le devance. Vous ne pensez pas ?
Et, pour nos chers ministres : coopérez maintenant et vous participerez à mon premier gouvernement. Parole de Chancelier suprême… Ah, je sens que du monde arrive. Navré, mais nous allons devoir avancer rapidement pour rejoindre l’avant-dernier étage et la salle de projection. Le prochain acte se déroulera là-haut. »
Sans un mot, les Mutualistes regroupèrent les membres du conseil et les invitèrent fermement à poursuivre l’ascension. Pour compléter l’horreur, la voix de Heir résonna dans les têtes.
« Et je vous suggère de presser le pas : dans une minute trente, cette cage d’escalier sera soufflée par l’explosion d’une forte charge. Allez, allez, on se dépêche ! »


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RedU T1 Ch20 Ep10

episode274.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

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J-0

Le lendemain matin, banlieue de MaterOne Centrum.

« Ici agent de surveillance. La cible se déplace, à vous de jouer »
Sur l’écran de contrôle en salle d’opération, un indicateur vira au rouge. C’était une petite flèche, entourée d’un cercle pivotant, le tout surmonté d’informations précises telles que vitesse, longitude et latitude, hauteur absolue. Elle se dirigea vers la voie rapide traversant l’est de la capitale et s’engagea dans un des chemins d’accès.
« Passez sur Ortho cinq et six. Je veux un Mental derrière chaque sortie. »
ordonna le responsable aux divers opérateurs qui transmirent l’information.
Dans une des ailes du ministère de la Sécurité, l’opération de filature monopolisait à elle seule une trentaine d’agents et une flotte de véhicules. Il s’agissait de connaitre la destination d’un petit camion de livraison, occupée par un groupe d’assaut Mutualiste qu’une longue et fastidieuse enquête avait permis de découvrir. Les ordres étaient clairs : le contramiral ne voulait plus entendre parler d’attentats dans la capitale et sa région. Cette priorité ne connaissait aucune exception et ses Mentaux n’avaient reculé devant aucune méthode pour obtenir des renseignements. Quelques heures auparavant, la chance leur avait souri : on venait de retrouver le cadavre récent d’un livreur de pain ; or son camion de livraison quittait le dépôt comme d'habitude.
« Agent de surveillance. La cible vient de passer en dessous de moi, je confirme la poursuite sur le tronçon central. »
La voie résonna dans la tête des intéressés. Telle était la force du Bureau des affaires Mentales, un réseau d’esprits qui communiquaient directement à d’autres esprits, des agents entrainés au combat comme aux filatures et bien sûr, un matériel de pointe à profusion.
Une moto de surveillance doubla la camionnette mutualiste, le pilote transmit son rapport à l’un des Mentaux dans l’orthoptère cinq, qui passa le message au préposé des transmissions. Ce dernier donna l’information directement dans l’esprit du responsable.
Alerte déplacement ! Une fourgonnette bleue s’est mise exactement à la hauteur de la cible. Des hommes sautent en route dans le nouveau véhicule.
Je veux un traceur sur cette nouvelle cible  ! Ortho Six, vous avez le feu vert.
L’ordre parvint à un des tireurs Mentaux qui, d’un geste précis guidé par satellite, planta un émetteur de la taille d’une épingle en haut du parechoc arrière de la fourgonnette bleue. Immédiatement, un indicateur apparut à côté du premier et reçut le matricule logique de « numéro deux ». À quelque distance tournaient deux carrés jaunes, c’étaient les deux orthoptères des Forces mentales et un peu plus loin, le rond du drone de liaison.
Le responsable resta concentré, les Mutualistes étaient malins. Sauter d’un véhicule à un autre, en roulant au beau milieu d’une voie rapide, n’était pas à la portée de n’importe qui. Ces gars n’avaient peur de rien et ne commettaient que peu d’erreurs. Il patienta, attendant de nouveaux rapports.
Certes, pour certains spécialistes militaires, ce mélange de liaisons psychiques et radio semblait représenter une perte de temps. C’était bien sûr une illusion de non-initiés. La révolution Castiks avait démontré, s’il en était besoin, comment les piratages informatiques et les impulsions électromagnétiques pouvaient désorganiser totalement des régiments entiers.
Pas de cela aux affaires mentales. Une liaison radio cryptée pour la longue distance, par drone volant, et le reste était discrètement et efficacement transmit par un lien psychique regroupant les agents concernés. La salle des opérations elle-même semblait flotter dans le silence que seuls les bruits de claviers perçaient par moment. C’était la marque des êtres supérieurs qui composaient cette caste.
L’orthoptère six envoya une image de la fourgonnette bleue qui s’éloignait maintenant de la cible. Un véhicule de fleuriste, étrange… Quelques pensées furent transférées de part et d’autre et on abandonna la poursuivre du camion de pain, focalisant la filature sur la fourgonnette. Le responsable se ravisa :
« Correction : Ortho cinq, restez sur la cible numéro un ».
Il n’était pas à court de moyens et ce camion pourrait se révéler intéressant pour la suite. L’indicateur numéro deux prit la première sortie vers la vieille ville où il passerait à nouveau sous la surveillance visuelle de la moto.
Probabilités. Je veux une liste des destinations possibles pour ces Mutualistes.
Voilà, Monsieur. Musée Magnam, presses et rotatives communautaires et… le marché central !
Neutralisation par le groupe d’intervention, allez-y. Envoyez un ordre en priorité absolue aux sections locales de police : fermeture des avenues principales et rues secondaires, ils ont trois minutes. Prenez le contrôle du système gérant la circulation, au besoin.
Quatre triangles jaunes entrèrent alors dans le schéma rapproché de la poursuite. Les commandos Mentaux allaient tomber sur la cellule Mutualiste avant qu’elle ne commette un nouvel attentat. On obtiendrait d’autres informations en fouillant les dépouilles et en retraçant l’historique de tout ce qu’on trouverait sur place : du bouchon du carburateur aux numéros des armes.
Les tireurs de l’orthoptère de poursuite se mirent en position synchronisée avec leurs collègues du groupe d’intervention. L’efficacité des Mentaux à l’œuvre.
Message d’un agent de surveillance depuis l’angle du boulevard : la camionnette ne contient que trois signatures psychiques !
Comment ? Caméra du drone, sur zone immédiatement !
Il avait crié sa réaction à haute voix, dérogeant à la règle qui voulait le respect du silence dans un centre d’opération Mental. Mais déjà, les tireurs faisaient feu, neutralisant le chauffeur et détruisant le moteur du véhicule, tandis que les commandos sautaient sur la fourgonnette qui glissait encore sur le bitume. Un des opérateurs, joystick en main, fit cabrer le drone de surveillance qui passa rapidement à la verticale, pointant des caméras thermiques et d'autres censeurs sur la scène.
Aucune erreur n’était possible : trois formes gisaient dans la fourgonnette tandis que les « opérations spéciales » grouillaient tout autour de l’épave. Mais où était la douzaine d’hommes qu’on leur avait signalés ?
« Ortho Six, répondez ! »
D’une pensée, tous les opérateurs suivirent son raisonnement et on recadra le schéma sur l’autre carré jaune à proximité de la première flèche rouge, toujours sur la rocade. Aucune réponse de l’orthoptère. On tenta les communications de toutes sortes, mais non, rien.
« Agent de surveillance, voie rapide sud. Une trainée de flamme est apparue dans le ciel, elle tombe sur un immeuble de bureaux ! »
L’indicateur rouge vira sur la dernière sortie et s’enfonça entre les bâtiments. Elle disparut du schéma en même temps que le carré jaune de l’orthoptère.
Ces salauds les avaient encore menés par le bout du nez, mais qui étaient donc ces gens ? Comment pouvaient-ils avoir toujours une longueur d’avance ?
Le responsable de l’opération avait des ordres clairs et n’allait pas lâcher prise si facilement : la cible n’allait pas loin, c’était certain.
« Probabilités. Quelles sont les destinations possibles ? »
Le système mit quelques secondes à calculer un résultat et les algorithmes finement conçus envoyèrent leur réponse sur le téléscripteur.
« Bon sang, Monsieur ! C’est… sur cette sortie, la principale cible, c’est le Palais du Conseil de la révolution ! »
L’autre s’autorisa une demi seconde pour absorber l’information et lança ses ordres, à voix haute comme mentale, l’heure n’était plus à ce genre de précautions.
« Que toutes les unités de suivi et d’intervention se dirigent vers le palais. Contactez la sécurité présidentielle, et… et ouvrez-moi immédiatement une ligne avec le contramiral Poféus ! »


Une bande son spéciale accompagne cet épisode pas ordinaire. Il s'agit en effet d'un clin d'œil/hommage à une scène mythique du superbe "Ghost in the Shell" de Mamoru Oshii que vous pouvez admirer ici même :https://www.youtube.com/watch?v=swmWZGgt4vk
Nous avons logiquement utilisé les deux morceaux musicaux de Kenji Kawai
1. Nightstalker
2. Floating museum


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Monsieur Heir prit une inspiration puis fit signe au préposé à la porte. Le mécanisme s’activa, écartant les doubles battants qui fermaient la salle des dépositions du Triangle. Le rituel de l'audience ne tolérait aucune incartade et le politicien dut attendre sous le cône lumineux au milieu de la pièce, face aux statues divines qui semblaient le scruter, ou le désavouer ?
Le rideau de perle tinta et les trois silhouettes vinrent se mettre en place, respectant quelques secondes de silence. Enfin, celui de gauche prit la parole :
Comme vous le constatez, Wángzǐ, nous sommes toujours ouverts à ceux qui viennent en paix faire œuvre de contrition. Le conseil du Triangle vous écoute, parlez sans crainte.
Le politicien prit une inspiration, et se lança :
Merci à vous, pères des Triades. Je me suis permis de vous soumettre une… requête, car j’ai senti que nous rencontrions certaines difficultés. Il m’a semblé judicieux de venir vous faire part de mes dernières réflexions sur ces désaccords.
Nous entendons bien cela, Prince. Allez au but, votre temps s’écoule vite.
Tel est mon désir, grand sage. Cela fait autant d’années que ma courte vie en compte, que le Triangle m'assiste et pourvoit à mes besoins. Certes, le calcul politique faisait partie des raisons, mais qui serais-je si je ne pouvais pas reconnaitre l’importance de mettre en valeur toutes les cartes de mon jeu, n’est-ce pas ?
Heir laissa passer quelques secondes de silence, pour l’instant aucune réaction indignée. Il en fallait plus pour les sortir de leur flegme ou étaient-ils disposés à lui accorder une part de ses revendications ? Il était leur atout maitre, ce ne serait pas étonnant. Le politicien reprit :
Sachez que je vous suis profondément reconnaissant pour cette vie, aux possibilités infinies, que vous m’avez offerte. L’étendue de ce pouvoir psychique, les ressources intellectuelles et matérielles de l’Empire… oui c’est bien de cela qu’il s’agit, les moyens de l’Empire Souriant m’ont été, et me seront encore longtemps, une source intarissable pour mes projets.
Pardon ? Que voulez-vous dire ?
Le père de droite venait de réagir vivement, c’était le plus virulent des trois, pas étonnant qu’il bondisse avant les autres, mais ces derniers n’en pensaient sans doute pas moins.
(heir) C’est simple : il est évident que le Triangle a choisi de laisser les mains libres à Poféus, préférant un retour aux bénéfices habituels, quitte à mettre à la trappe le plan muri de longue date sur lequel nous nous étions pourtant mis d’accord !
Vous vous préparez donc, vous, une des seules forces capables de lui tenir tête… à nous vendre, comme des prostituées, à ce régicide !
VOS PROPOS DÉPASSENT LES BORNES, HEIR ! Ce conseil n’acceptera pas une seconde de plus que vous veniez cracher votre venin à ses pieds. GARDES !
hurla le vieux sage du milieu, outré. Les décorations de son chapeau en pointe tintaient à un rythme effréné, trahissant sa colère outrée.
Immédiatement, les battants de la grande porte du fond s’ouvrirent, laissant une vive lumière chasser les ombres de la pièce. Les visages des membres du Triangle se dévoilèrent enfin devant le politicien qui ne put s’empêcher de profiter de cette première victoire.
« Gardes ? GARDES ! »
cria le sage, mais personne n’entrait pour se saisir de l’homme, debout face à eux. Un léger bruit de moteur s'approchant se fit entendre. Quelque chose n’allait pas, les trois membres du Triangle échangèrent des regards inquiets. Leurs visages étaient marqués par les années, bien au-delà de ce que la nature pouvait offrir. Depuis combien de temps utilisaient-ils de la liqueur distillée de Lamprasine pour prolonger leur existence ? Une ombre grandit sur le sol tandis que le bruit du moteur résonna dans la pièce. Les sages ne purent retenir leur surprise de voir le brancard automatisé de Myan s’arrêter, légèrement en retrait de Monsieur Heir.
C’est fait, Zhǔ. Ils sont tous neutralisés, et les capteurs psychiques sont hors service.
Bien joué, envoie le signal. Messieurs, vieux messieurs… anciennes choses croulantes raccrochées à la vie par un futile et ténu fil de soie, permettez-moi de vous expliquer.
Voici le résultat de mes réflexions : vous n’êtes plus compétents pour diriger l’Empire Souriant, il est donc de mon devoir, ici et maintenant, de faire valoir de plein droit mon titre de Prince de MaterOne. Votre rang de nobles Souriants et vos privilèges de pères soi-disant sages sont supprimés. JE prends désormais la tête de la Communauté souriante, ainsi que de tous ses rouages.
Nǐ fēngle ! JAMAIS ELLE NE VOUS SUIVRA !
rugit celui de droite.
Bien sûr que non, je ne suis pas fou, et vous le savez parfaitement. Mon sang est royal et Souriant. Ce qui me désigne, ce qui m’a toujours désigné comme un rival potentiel que vous avez cru pouvoir manipuler. Je vous accorde un point cependant, les rênes doivent être transmises dans les règles… Ah ! Justement, voici nos témoins !
Des hommes en arme, qui n’appartenaient pas à la communauté, pénétrèrent à leur tour dans la salle des dépositions. Ils escortaient une dizaine de cadres des Triades, mains croisées derrière la nuque. Dans un réflexe pour dissimuler son identité, le vieux père de droite cacha naïvement son visage. Vestige d’un temps révolu, c’est pathétique, pensa le politicien. Il s’adressa alors aux prisonniers, leur faisant signe de baisser leurs mains.
Messieurs, l'ancienne coutume dit qu’un différend de ce niveau doit se résoudre par la mort d’une des parties. Je vais donc appliquer la loi, car, vous ne le savez peut-être pas, je suis très attaché aux traditions.
JE VOUS ORDONNE, A TOUS, DE QUITTER CE SANCTUAIRE ! VOUS N’AVE… Arrgh !
Silence.
Monsieur Heir n’avait prononcé qu’un mot, mais sa puissance mentale s’était déchainée, écrasant l’esprit du vieux père de gauche qui n’avait pas encore compris que son temps prenait fin. Un des nouveaux venus remit à Heir un objet dont le contrejour rendait la forme incertaine, celui-ci s’en saisit et le manipula tout naturellement, en s’approchant des nattes au fond de la pièce. Les trois petits vieux se prirent soudain la tête entre les mains, grognant et bavant de peur.
« Vous ne partirez pas, votre temps s’achève maintenant. Voici un couteau traditionnel Souriant : lame courbée, alliage fabriqué sur Talbot, la divinité étant… ça alors, quel heureux hasard !
Le puissant Mental montra l’arme bien en évidence aux témoins derrière lui ainsi qu’aux pères gémissant sur leurs carpettes.
Un Lóng, un dragon sculpté sur le manche. »
Sans hésiter, il se plaça derrière le plus haineux, celui de droite, lui saisit la tête et lui trancha la gorge. Puis il s’approcha de celui de gauche, qu’il décapita à son tour. Juste avant de laisser la lame découper la chair molle du plus ancien, celui du milieu, il ne put s’empêcher de prononcer la phrase rituelle :
« Biànlùn bèi guānbì, le débat est clôt. »


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RedU T1 Ch20 Ep08

episode272.mp3

Chapitre 9 « Pin’up » disponible en livres numériques !

L’Exode aborde la station Piñata el grande, lieu de tous les vices, plus connue comme « le point de plus éloigné de la civilisation dans l’univers connu. »
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Sterling-Price et Vernek Junta patientaient dans une pièce assez haute au centre de laquelle s’élevait une geôle aux épais barreaux d’acier. Un petit passage en tôle permettait d’accéder directement à l’intérieur de celle-ci, depuis le couloir.
« On croirait qu’elle va nous présenter un fauve. Benkana en fait un peu trop. »
glissa le politicien. Difficile de nier la démesure de la démonstration, la commandante voulait sans doute en imposer à sa prisonnière pour des raisons plus personnelles qu’autre chose. Le colonel avait pu en toucher quelques mots avec la princesse Azala qui les avait accueillis à leur arrivée sur le Transporteur 7, alors que Junta recevait un rapport quelconque sur son communicateur.
Comment allez-vous, princesse ? Je crois savoir que vous avez fait montre de réelles capacités de commandement durant l’attaque. Considérez cela comme une reconnaissance entre… vieux combattants.
Je n’ai fait que gérer au mieux les urgences, colonel, avec l’aide de Melba, ma garde du corps, qui a une certaine expérience en la matière. Vous êtes le vrai héros de l’histoire, ne soyez pas modeste.
Avait-elle répondu sur un ton amusé ; elle semblait bel et bien une sorte de miroir de Benkana. Le vieil officier de l’armée royale jeta un coup d'œil à la femme d’origine Brune se tenant quelques pas derrière eux. La redoutable Melba était l'une des dernières Lakedaímōns encore en vie, l’élite de l’ancienne Garde du Roi, pas étonnant qu’elle ait donné de bons conseils.
Certes, chacun a offert ce qu’il savait faire de mieux lors de ce drame, n’est-ce pas ? Et comment va la commandante ?
Aurora se porte comme un charme ! Mais évidemment, la gestion des prisonniers et les réparations du vaisseau lui dévore tout son temps, ce qui explique ma présence en ces lieux.
Je ne doute pas qu’une guerrière, expérimentée comme elle, soit resté insensible aux horreurs de la bataille. Mais il m’a semblé qu’elle prenait certaines… choses de manière trop personnelle, non ?
Vous avez sans doute mal interprété ses réactions, dans le feu de l’action. Je vous assure qu’elle est très posée.
Junta raccrocha son communicateur et se dirigea vers eux. Price rapprocha rapidement son visage de l’oreille de la princesse.
« Trêve de diplomatie. Je suis votre allié le plus sûr au Conseil des commandants. Hill et Arlington ne sont plus, si la commandante Benkana ne peut maitriser ses pulsions alors l’Exode en entier court un risque certain. Je ne joue pour aucune écurie en particulier, si vous avez besoin d’aide, contactez-moi en ligne directe, n’importe quand. »
Azala le regarda, troublée. Puis elle hocha discrètement la tête, les lèvres pincées, alors que le politicien les rejoignait. Rien que ce petit geste en disait long sur ce que la compagne de la chef de ce transporteur masquait, derrière son apparente nonchalance.

« Ah, enfin, les voilà ! »
La phrase de Vernek le ramena à l’instant présent. On entendit un sas se déverrouiller derrière le passage en tôles tandis que Benkana entrait dans la pièce. Un garde en tenue noire, solidement bâti, sorti le premier, tenant un filin d’acier relié aux menottes de Choupa qui le suivait les yeux fermés, une prothèse lui paralysant la mâchoire pour ne pas qu’elle se morde la langue. Son cou également était enserré d’un harnais métallique fixé à un autre filin que le deuxième garde, derrière elle, tenait en main. Les trois se redressèrent au centre de la cage, face au groupe des commandants de l’Exode.
Sur un signe de Benkana, un des hommes lui déverrouilla la mâchoire, libérant le système qu’il retira sans douceur de la bouche de la pirate. Un peu de bave tomba sur le sol, tandis qu’on lisait le soulagement sur le visage de la chef ennemie qui pouvait enfin laisser sa langue humidifier ses lèvres et l’intérieur de ses joues. Benkana ne lui autorisa guère plus de temps et commença l’interrogatoire.
« Regardez-nous ! »
L’autre ouvrit les yeux, fusillant la commandante d'un regard saturé de haine. La jeune femme avait reçu des coups, plusieurs contusions et ecchymoses, étaient visibles, ici et là. Était-ce le résultat de la bataille ou celui de mauvais traitements ?
« Vous êtes face à une partie du Conseil de l’Exode qui vous fait l’honneur de vous interroger. Répondez franchement et tout ira bien, sinon... »
Même le politicien Junta grimaça sous la menace, à peine voilée, de Benkana. Fort heureusement, la pirate ne semblait pas vouloir garder le silence.
Qu’avez-vous fait de mes hommes ? Je ne sais même pas combien ont survécu à vos sbires !
Quelques-uns…
Choupa remua sa langue dans sa bouche puis cracha le peu de salive qui lui restait en direction de la commandante. Quelques gouttes tombèrent près des barreaux, mais le message était clair. Vernek décida de prendre la suite de l’interrogatoire.
« Il y a cent-quatre-vingt-dix-huit survivants, dont une cinquantaine hospitalisés, Madame. Vos hommes sont bien traités, vous avez la parole du Conseil. »
insista-t-il à l’intention de la pirate, autant que de Benkana. Certains points devaient être clairement établis. Il poursuivit :
Nous sommes devant vous pour parler d’avenir, le vôtre et le nôtre. La problématique est simple : vous et vos pirates ne pouvez être une charge pour l’Exode, nos ressources sont limitées et les partager relèverait du sacrifice.
Que voulez-vous savoir pour nous relâcher ?
Réponse et question directes et sans ambages. Cette petite réfléchissait vite, pensa Price, et elle ne refusait pas de collaborer. Le colonel poursuivit donc la stratégie de l’interrogatoire mise au point avec le politicien.
Qu’est-ce que le Cercle de Khabit ? Qui sont-ils ? Quelles sont leurs forces ? Leur technologie ? Leur zone d’influence ? Bref, aidez-nous à nous préparer à les rencontrer. Ils sont sur le chemin de notre destination. Et… en gros, dites-nous ce que nous ignorons de ce côté de l’univers.
Vous rêvez en couleur si vous pensez que les habitants de Khabit vont sympathiser avec vous. Mais je veux bien vous dire tout ce que je sais, dès lors… que nous aurons réglé toutes les autres négociations.
Lesquelles ?
Le lieu où vous allez nous relâcher, par exemple. Nos conditions de détention, également. Mais demandez-lui, elle voit très bien de quoi je parle.
Les regards se tournèrent vers Aurora. Décidément, celle-ci accumulait les reproches à son égard. Choupa poursuivit sans lui laisser l’occasion de répondre.
Il n’existe pas de colonie planétaire où nous serions acceptés de toute façon, je vais devoir lancer un message pour que des vaisseaux pirates viennent nous récupérer. Et d’ici là, je veux que… ce ne soient plus les nordistes qui soient nos geôliers ordinaires.
Et un petit déjeuner aussi ?
répliqua la commandante du tac au tac. Junta coupa court :
Toutes ces demandes ne sont pas un obstacle, nous en discuterons préalablement au Conseil. De notre côté, nous avons des questions sur certaines technologies que vous avez utilisées pour votre attaque : en particulier les compresseurs dimensionnels de votre base astéroïde et… comment avez-vous décrit cela, commandante Benkana ?
Ismène, une intelligence artificielle recouverte de peau et de muscles humains qui trompaient nos systèmes de sécurité, faisant croire à un adolescent.
C’est cela. Et encore quelques babioles ainsi que des cartes de la région, même si l’étude des ordinateurs des barges et de vos vaisseaux de transport se révèle déjà très intéressante. Donc, sommes-nous d’accord ?
La jeune femme passa d’un visage à l’autre des deux commandants, ignorant Benkana. Elle réfléchissait, mesurant le pour et le contre, puis reprit la parole, visiblement convaincue.
« Pour Ismène, je ne peux pas vous dire grand-chose. Votre commandante a tué la personne la plus informée sur ce sujet. Pour le reste, vous voulez une sorte de guide de la région ? J’accepte dès que les conditions que j’ai données seront acceptées en retour. Je crois en votre parole, à vous deux seulement. »
L’entretien s’arrêta là. Il faudrait quelques heures pour valider en Conseil la négociation et mettre tout en place. Sterling-Price et même Vernek Junta ressortirent avec une terrible appréhension : la pirate Choupa ne représentait peut-être pas leur plus gros problème, en fin de compte.
Benkana et elle se mesurèrent du regard encore quelques secondes, puis on replaça la prothèse dans la bouche de la jeune femme alors que les commandants quittaient la pièce.


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RedU T1 Ch20 Ep07

episode271.mp3

Les Samedi et dimanche 27 Août, c’est le 27/24 de podradio ! http://2724.podshows.fr

Parmi les réjouissances, une interview de Pierrick Messien « http://lesoufflenumerique.com » qui nous parle d’auto-édition et de livres numériques !
À très bientôt lors du 27/24 !


« QUOI ? »
hurla Benkana, se levant brusquement de sa chaise. Sterling-Price intervint rapidement, lui posant une main sur l'avant-bras, pour qu’elle lui laisse la parole. Il parla posément, sans grandiloquence, avec peut-être un mélange de lassitude ou de fatigue perçant au travers de sa voix.
« Monsieur Junta, je viens de passer quelques jours assez éprouvants et je vous saurais gré de mesurer vos propos. Nous avons fait de notre mieux, avec le minimum de pertes possibles. Vous me voyez navré si les pirates ont payé un prix lourd tribu, mais jusqu’à preuve du contraire, ils étaient les agresseurs. »
Si personne, au Conseil des commandants de l’Exode, n’ignorait que le vieil homme avait été l’architecte de la victoire, Benkana et feu-J.F.Hill recevaient, eux, l'ire du politicien Junta, visiblement troublé par le bilan de la bataille.
D’après les premiers interrogatoires des pirates prisonniers, ils étaient plusieurs milliers et, au plus, deux-cents survivants. Ceux qui ont pénétré dans la Cité intérieure du Transporteur 7 étaient six fois plus nombreux que dans la vôtre, colonel, et pourtant on ne retrouve qu’une poignée d’entre eux dans les geôles, les corps des autres ayant déjà été largués dans l’espace.
Junta ! Où voulez-vous en venir ?
Intervint le général Décembre. Pour la première fois depuis bien longtemps, celui-ci ne prenait pas la défense du politicien. Le militaire ressentait parfaitement, au fond de ses tripes, les signes de la terrible bataille. Les réfugiés dans les bras des familles dont il manquait plusieurs membres, les hôpitaux débordants dans les coursives adjacentes, le regard hébété des soldats survivants… Oui, le général rageait de n’avoir pas combattu aux côtés de ses compagnons. Lui n’était arrivé qu’après, quand tout était fini, ayant perdu un transporteur entier sans avoir rien pu faire.
Sur le fond, le politicien avait raison, il était évident que Benkana avait commis des exactions. Mais soyons réalistes, les pirates auraient sans aucun doute fait pire et les Exodés auraient eu bien du mal à gérer plusieurs milliers de prisonniers, si tant était que cela fut possible. Donc Junta allait devoir faire profil bas cette fois et, au moins, respecter le deuil.
Disons juste que certaines zones d’ombre persistent. Pourquoi s’être débarrassé des pirates morts si rapidement, comment ce… ce Karl a-t-il pu causer autant de dégâts sans être inquiété, pourquoi J.F.Hill a-t-il laissé son transporteur livré à lui-même sans prendre la tête de la controffensive, et…
C’est suffisant Vernek. Arrêtons là, veux-tu ?
Sa propre sœur, la lieutenante-colonelle Onawane, venait d’interrompre son énumération. Elle avait vécu le drame des exodés se battant avec la rage du désespoir, et son vaisseau portait encore les marques du passage des troupes du terrible sénéchal Petrovach. Le colonel Hill était une icône sur le Transporteur  2, l’homme qui avait tout risqué pour les sauver, en pleine Transition. Petrovach s’en était personnellement pris à lui par vengeance, c’était évident ; le glorieux J.F.Hill venait de payer de sa vie, son courage et son abnégation. Même de la part de son frère, Onawane ne pouvait tolérer qu’il salisse sa mémoire.
Junta la dévisagea quelques secondes, mesurant les propos qu’elle venait de lui tenir. Il poussa un gros soupir puis croisa les bras, s’enfonçant dans son fauteuil, boudeur. Mais Sterling-Price n’allait pas lui laisser l’occasion de s’enferrer dans son mutisme.
« Monsieur Junta, parmi les premiers rapports qui nous sont parvenus, celui évoquant des artéfacts de technologie inconnue et de fantômes m’a particulièrement intrigué. Puis-je parler de… non-humains ? »
Vernek jeta un œil au général, impassible. Soit, l’heure était aux aveux ; de toute façon, les implications de ses découvertes allaient bien au-delà de son transporteur, tout l’Exode était concerné, sinon menacé. La commandante Benkana renchérit alors qu’il allait parler.
Et cette histoire autour de Vegas IV ? Vous faisiez quoi là-bas ? Vous chassiez les petits hommes verts ? Je suis très curieuse d’entendre vos explications.
Le général Décembre, fort de son autorité naturelle, décida que le temps des cachoteries était terminé.
« Mhmm… Je pense qu’il est inutile de maintenir le secret. Nous… mmhmm… avons eu un accrochage avec un appareil d’origine inconnue autour de la planète Vegas IV. J’ai perdu plusieurs pilotes, mais avec une… mmhmm… une stratégie astucieuse, Junta a réussi à le neutraliser et à en récupérer un fragment. J’ai… mmhmm… personnellement pris la responsabilité de garder cet évènement secret, voulant d’abord en savoir plus et… mmhmm… c’est le Transporteur 4 qui s’est occupé des recherches approfondies avec un spécialiste que… mmhmm… que nous avons recruté sur la station Piñata. Voilà, vous savez tout. »
Un lourd silence s’abattit sur la pièce.
Ainsi, une autre face de l’Exode se dessinait en ce moment, au milieu de ce conseil, faite de crimes de guerre, de mensonges et de conspirations en tout genre. On pouvait y ajouter l’expansion du mouvement religieux autour de Phil Goud et d'Adénor Kerichi, les drogues des Octotes ou le communautarisme à tout va. Le bilan humain n’était qu’un des aspects du désastre auquel ils devaient faire face.
Décembre, conscient comme tous les autres de cet état de fait, se décida à tendre la main pour resserrer les rangs.
Messieurs, nous avons l’oraison funèbre du colonel Hill dans trois grosses heures… mmhmm… je compte sur votre présence à tous. Nous devons montrer un front uni à l’Exode, je… mmhmm… je pense que vous le comprenez. Colonel Sterling-Price, je vous propose de réfléchir à la suite de notre voyage, d’un point de vue tactique. Je parle de ce… mmhmm… Cercle de Khabit. Préparons-nous à tout et réfléchissons à une stratégie. Vous êtes… mmhmm… vous êtes de loin le meilleur à ce jeu, je vous laisse nous présenter vos propositions. Combien de temps vous faudra-t-il ?
Quelques jours. Je vais devoir sans doute interroger cette Choupa et quelques-uns de ses lieutenants. Commandante, puis-je ?
Pas de problèmes, je serai avec vous.
répondit Benkana. Junta intervint, visiblement dégrisé.
Je veux en être également. Si l’on considère cette femme comme la chef politique d’une faction de cette partie de l’univers, je participerai à la négociation.
Qu’il en soit ainsi,
confirma Décembre avant que Benkana ne rugisse.
Monsieur Junta, je souhaiterais que vous envoyiez une copie complète de tous… mmhmm… j’insiste, de tous vos dossiers concernant ce que nous savons sur ces artéfacts, il faudra sans doute aussi que ce conseil rencontre le professeur… mmhmm… Schwarzkof. Colonel Onawane, nous avons besoin d’une liste précise de nos ressources englobant tout l’Exode, ainsi que des demandes médicales et matérielles. Pouvez-vous nous préparer cela ? Commandante Benkana, je vous laisse la gestion des… mmhmm… des prisonniers. Réquisitionnez tout ce dont vous avez besoin, nous pourrons mettre des espaces à disposition sur nos transporteurs, vous avez le soutien de tous ici et… mmhmm… et trouvez ce que nous pourrions faire… mmhmm… ce que nous pourrions faire d’eux. De mon côté, je vais préparer un autre bilan, militaire cette fois. Je ne vous cache pas mon appréhension pour la suite de cette aventure. Le chemin vers Antarès est encore semé d’embuches et nous… mmhmm… JE ne veux plus avoir à compter nos morts.
Voilà, si personne n’a quelque chose d’important à ajouter, je vous donne rendez-vous tout à l’heure en tenue de cérémonie pour un… mmhmm… un dernier hommage au colonel Hill.
Les commandants se levèrent à l’unisson. L’heure n’était pas à la discorde, en effet. L’Exode pansait encore ses plaies et comptait ses morts


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RedU T1 Ch20 Ep06

episode270.mp3

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La table du petit déjeuner était dressée sur la grande terrasse du salon. Angilbe se tenait debout, habillé d’une simple robe de chambre blanche qui reflétait le soleil de cette belle matinée. La personne qu’il attendait descendait les marches menant ici et il ne voulait commettre aucun impair, comme celui de commencer le repas sans elle.
Le contramiral patientait donc, laissant son regard parcourir l’étendue boisée entourant sa propriété ; on y retrouvait de très nombreuses essences d’arbres, des bosquets d’églantiers aux rangées de sapins ou des saules pointant leurs feuilles si reconnaissables, aux robustes chênes centenaires qui dominaient l’ensemble de leur majesté. Il fut un temps, Poféus ne se serait pas perdu à détailler ce qui composait cette forêt, mais plutôt à réfléchir si un ennemi pouvait s’y dissimuler. Depuis l’attentat manqué contre sa personne, à l’étage au-dessus, les mesures de sécurité avaient été largement durcies et s’étendaient maintenant au-delà des limites de la propriété. De nombreuses cimes de ces arbres dissimulaient des tireurs d’élite aux ordres du contramiral. Lui et la belle Calande ne risquaient donc rien en cette matinée radieuse. Le froissement du tissu d’une robe en mousseline le fit se retourner.
Les cheveux mi-longs de la jeune Brune qui se tenait devant lui, brossés de peu, flottaient sur la brise. Le blanc cassé de sa tenue légère laissait transparaitre les formes de son corps dans un jeu de tons foncés ou clairs, sur lequel resplendissait le magnifique visage sans fards de sa bienaimée. Elle lui souriait d’une expression simple, presque naïvement douce, la jeune femme rayonnait et Angilbe ne put retenir l’afflux d’une bouffée de désir.
Mais comment était-ce possible ? Lui, l’homosexuel convaincu, le pédophile assumé, comment avait-il pu ressentir ces summums de plaisir qu’il venait de découvrir ces dernières nuits ? Les sensations nouvelles, les mouvements des corps plus subtils, les organes plus tendres, tout différait de ce qu’il connaissait. Rien que de laisser ses mains parcourir la peau féminine lui avait procuré de douces ondes qui aidèrent sa virilité à surgir, fière et impatiente.
Haletant à une heure nocturne, il s’en était ouvert à elle alors que les draps froissés aux relents de musc et de transpiration reposaient à même le sol, laissant les deux amants reprendre leur souffle avant une nouvelle joute.
Comment puis-je… c’était bon au-delà de mes souvenirs, Calande ! Pourquoi ? Comment ? Vous êtes une femme et pourtant je suis attiré comme jamais…
Tu avais oublié l’Amour, Angilbe. Simplement. Le désir seul ne peut suffire.
Inutile d’ajouter plus, les instincts primaires reprirent la parole dès les derniers mots de la jeune femme. Oui, l’amour. Il avait pourtant aimé Fabio et même quelques mignons, durant un temps trop bref. C’était certainement plus qu’une simple question de sexe du partenaire. En tant que sa psychologue, Calande Rorré avait réussi à l’aider à dénouer les mailles de ses frustrations de jeunesse : la perte de Méhala, sa double sexualité, la douleur de la séparation d’avec son père et encore ignorait-elle ses liens avec Magnam IV. La femme Brune avait accepté ses déviances pédophiles, les qualifiant de « règles de la société qui ne devaient pas interférer dans le travail de compréhension » et cela aussi avait joué. Bref, il se retrouvait dans ces cas typiques de patient tombant amoureux de son praticien, à la différence près qu’elle l’aimait également en retour, et rien que cela tenait du miracle.
« Peut-être devrions-nous nous assoir avant de tomber de fatigue, Angilbe, ne crois-tu pas ? »
L’autre sursauta. Quoi, une fuite de réalité ? Non, c’était plutôt un moment d’éblouissement face à cette nymphe qui avait su ouvrir les portes de son cœur. Il se précipita pour lui présenter une chaise et s’assit en face. Sur un signe, un serviteur apporta l’incontournable thé au jasmin et, un second, le sucre et les cuillères. Poféus allait poursuivre la découverte de ce monde étrange en commençant sa première journée depuis longtemps sans café noir.
Un couple de mésanges-sauterelle vint caqueter à l’autre bout de la terrasse, ajoutant à l’atmosphère bucolique de ce petit déjeuner. Poféus avait eu quelques hésitations pour engager la conversation, mais ensuite, il put discuter sans difficulté avec sa vis-à-vis, dont l’appétit s’avérait par ailleurs remarquable. Elle se confia à lui en souriant.
Je ne veux pas que tu penses du mal de moi, mais les déjeuners du matin sont de loin mon moment préféré. Et les cuisiniers sont ici d’une rare qualité alors…
Mais servez-vous, ma chère. S’il n’y a que cela pour vous ravir, on pourra même demander des thèmes pour chaque matin : Tropicalien, océanique, Texos… Le chef me l’avait un jour proposé, mais je n’en avais pas vu l’intérêt.
La vie à deux apporte des sources de bonheur et de changement. Demain, je ne pourrai pas déjeuner avec toi, mais après-demain, un petit océanique me remplirait de curiosité… et d’appétit !
Tous deux rirent de bon cœur même si le contramiral ne put s’empêcher de se demander ce qui pouvait être plus important que leur relation. Paranoïa, jalousie ou simplement déception d’un amoureux transi ? De toute façon, il le saurait, car déjà du temps de leur rapport patient-praticien, une équipe des affaires mentales la suivait en permanence, autant pour sa sécurité que pour sa surveillance. La protection du ministre de la Sécurité était à ce prix, qu’Angilbe y croit ou pas, et la jeune femme l’avait explicitement accepté.
Donc tout allait pour le mieux.
Tu sais surement qu’un nouvel attentat des Mutualistes a eu lieu hier, c’était dans une ville tropicalienne. Je fais partie de la cellule de soutien aux victimes et mon avion décolle ce soir, mais je n’y resterai que vingt-quatre heures. Dis-moi, pourquoi ne peut-on arrêter tout cela ?
C’est un sujet secret, tu sais. Je ne peux pas en discuter avec toi. Disons juste que leur organisation est très cloisonnée. Ce n’est pourtant qu’une question de temps et ils finiront par tomber.
Je me suis souvent dit que… que certaines dispositions politiques, du genre plus d’ouverture pour les élections ou quelques touches de… démocratie plus horizontale pourrait empêcher des gens de… suivre les extrêmes.
Tu ne penses pas ?
Elle avait dit cela avec une grande prudence, cherchant ses mots, mesurant son ton et ses propos. Angilbe ne put retenir un sourire qu’il dissimula en s’essuyant la bouche : le dossier sur sa jeune amante mentionnait clairement ses idées politiques et il savait parfaitement que, s’il voulait la garder à ses côtés, il n’avait pas d’autre choix que d’aborder ces sujets. D’ailleurs, ses réponses étaient déjà toutes prêtes.
Je suis d’accord.
Ah bon ? Je… je ne m’attendais pas à cela.
Disons qu’on abordera cela un jour ou l’autre entre nous. Peux-tu me rapprocher le pot de confiture, s’il te plait ?
Le contramiral étala une large portion de la gelée sucrée sur un morceau de pain et croqua généreusement dedans.
disons que… pour déminer une situation, parfois il faut savoir donner des… des… comment dire ?
… des gages ?
C’est cela, des gages… Après tout, la révolution a eu lieu et, une fois que le nouveau chancelier suprême sera élu, il sera temps d’appliquer des modifications en profondeur du système.
Tu avais déjà réfléchi à tout, n’est-ce pas ?
Pour vivre, ce qu’il me reste, à tes côtés, je ne reculerai devant aucun effort. Sincèrement.

Un voile de tristesse passa devant les yeux de Calande Rorré. Angilbe, lui, était simplement heureux qu’ils soient tous deux attablés, ici et maintenant.


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narration: Anna,
Acteurs: Poféus: Pof, Calande: Coupie
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Montage: Raoulito

morceau musical de fond: Les choeurs de l'armée rouge "Korobelniki"

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RedU T1 Ch20 Ep05

episode269.mp3

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À très bientôt donc :-)


Seules les statues des quatre pouvoirs ancestraux gardaient la salle secrète des dépositions, figées dans leur posture impressionnante. Les pères Souriants ne voulaient visiblement pas risquer d’attendre leur auditionné ou peut-être passaient-ils ici un message. Ce serait bien dans leur genre…
Qiānbǐ patientait sagement derrière la lourde porte qu’on avait refermée sur Heir lorsqu’il était entré. Étrange bonhomme, quels intérêts suivait-il  : ceux des Souriants, ceux du politicien ou quelque chose de plus personnel ? Toutes les possibilités étaient offertes. Il faudrait trancher cette question au plus vite.
Un gong discret retentit et les trois sages pénétrèrent dans la pièce, par leur entrée privée et s’installèrent, probablement aux mêmes emplacements que les fois précédentes. Heir salua conformément aux traditions et attendit la suite. Cela ne dura pas longtemps et ce fut celui de droite qui prit la parole, sèchement.
« Wángzǐ, nous vous avons fait venir, car de nouvelles informations nous sont parvenues et nous désirons vous faire part de notre mécontentement. L’enquête de nos assistants commençait à peine que, déjà, de surprenants résultats apparaissaient. »
Le politicien sentit qu’il n’allait pas apprécier cette réunion au sommet. Celui de gauche poursuivit :
« Des sommes très importantes, que vous déclariez comme destinées à votre campagne de désinformation et de déstabilisation du pouvoir en place, ont disparu. De tels montants ne peuvent pas être le fruit d’erreur de comptabilité ou du hasard. Nous vous demandons des éclaircissements sur ce sujet, allez-y. »
Quelle bande d’hypocrites ! Cela faisait des années que cet argent était réassigné. Ils le savaient parfaitement et révoquaient simplement leur accord tacite, car ils voulaient le mettre au pas. Oui, lui ! Ce n’était donc rien d’autre qu’une repentance que l’on attendait maintenant de lui, mais c'était hors de question.
Sages pères du Triangle, je ne saisis pas de quoi nous parlons. Je pensais que l’enquête diligentée devait porter sur le contramiral Poféus. La tenue de mes comptes n’en faisait pas partie, à ce que je sache.
Arrêtez immédiatement ce manège. Ce conseil ne supportera pas plus longtemps vos manigances, Prince. Vous accusez Poféus de détourner des milliards, mais vous oubliez que c’est en nous faisant profiter de cette manne qu’il les a accumulés. Par contre, vous nous avez entrainés dans une guerre stérile avec ses puissants services de sécurité, et le statuquo qui en résulte nous désavantage. Jamais les ventes de nuage de miel ou de Lithium de contrebande n’ont été aussi faibles. Des barrières administratives s’élèvent un peu partout à l’encontre de nos banques et de nos institutions que les pots-de-vin habituels ne suffisent plus à abaisser. La main de Poféus et des forces Mentales est derrière tout cela, c’est évident. Et vous voici devant nous, prétentieux, ayant détourné d’autres milliards et nous demandant de changer un plan, établi de longue date, pour une action violente aux conséquences imprévisibles sur la foi de soupçons. Votre haine personnelle envers Poféus vous aveugle, nous ne vous suivrons pas sur cette voie.
Il était très rare d’entendre un Père parler avec tant de grandiloquence, Heir releva également que les ornements de la silhouette du vieux Souriant remuaient plus que d’habitude. Depuis leur dernière rencontre, l’avis majoritaire du conseil avait évolué et pas dans son sens. Ou cela avait-il toujours été le cas ? Avec ces personnages, on ne pouvait jamais être certain. Il s’adressa donc directement à la silhouette au centre, le plus âgé des sages.
Je vois, il n’y aura pas d’enquête… et qu’est-ce que vos grandeurs ont également décidé ?
Quels sont vos liens exacts avec l’organisation Mutualiste ?
interrogea le père installé au milieu du trio.
Je ne comprends pas.
Nous sommes surpris que les sommes disparues correspondent à la montée en puissance de ce mouvement, quelle étrange coïncidence. Nous n’arrivons pas à pénétrer leurs secrets, tout juste possédons-nous la liste de quelques sympathisants. Pourtant ces gens sont nombreux, professionnels et extrêmement bien équipés et renseignés. Pour créer et développer toute cette organisation, il faut de grands moyens financiers, l’accès à des sources de connaissances et une intelligence hors du commun. Tout cela nous fait penser à vous, Wángzǐ.
Comme s’ils n’attendaient aucune explication de sa part, ils se levèrent et ce fût le Souriant de gauche qui conclut l’interrogatoire, avec cette sentence :
« Vous êtes désormais assigné à résidence. Le versement de tous les fonds qui vous étaient alloués est suspendu et nous vous retirons le droit d’accès à toutes les ressources de notre communauté. Lorsque vous serez décidé à collaborer de nouveau avec nous, nous serons disposés à revoir les termes de nos relations, sur des bases plus saines à nos yeux. 
Biànlùn bèi guānbì. »
Les sages se retirèrent et la lourde porte derrière lui s’ouvrit. Qiānbǐ, le petit secrétaire discret, vint se placer à sa hauteur, sans parler. Heir n’était pas d’humeur à jouer, encore occupé à évaluer les implications des sanctions du conseil.
Je ne suis plus en état de grâce. Vous pouvez me laisser seul désormais.
Ne jamais sous-estimer un dragon acculé, Wángzǐ. Ces animaux-là disposent de pouvoirs magiques insoupçonnés.
Le politicien regarda son secrétaire. Mais à quel jeu jouait-il, à la fin ?


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RedU T1 Ch20 Ep04

episode268.mp3

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À très bientôt donc :-)


C’était une petite villa, dans la banlieue de MaterOne Centrum, qui ne payait pas de mine. Ni trop cossue, ni trop délabrée, avec son vieux Souriant à la retraite qui taillait ses rosiers le matin, et sa femme qui allait encore aux courses avec un panier en osier. Quelques amis passaient les voir de temps en temps, mais rien de spectaculaire ; de l’avis général, tout respirait la sérénité. Et pourtant, les sous-sols de ce lieu étaient aménagés en clinique secrète pour les Triades Souriantes : c’était ici que l’on amenait les hommes blessés dans les échauffourées, ici que les hauts dignitaires de l’organisation venaient recevoir les meilleurs soins possibles auprès des spécialistes Souriants. Et ces derniers temps, une des chambres était occupée par l’élève de monsieur Heir, Mai Rui Ian dit « Myan », enfin sorti du coma dans lequel l’avait laissé son ultime rencontre avec le lieutenant Ralato Ouli.
Nǐ hǎo, maitre. Je suis navré de ne pouvoir me lever pour vous accueillir, ils m’ont annoncé que j’étais paralysé.
Nǐ hǎo, Myan. Je… le drame qui te touche meurtrit mon cœur, mon enfant. Et pourtant, tu me vois rayonner de joie de t’entendre à nouveau.
Heir serra la main posée sur le lit, conscient du côté symbolique du geste, Myan pouvait ne même pas en sentir le toucher. Le grand homme froid, au passé trouble, n’éprouvait que peu de sentiments en général, sauf pour ses deux fils spirituels : Myan et Hòu niǎo. Si le premier était revenu en piteux état de leur voyage sur Tb01 (planète centrale de la Nébuleuse de Talbot), le corps du second avait basculé dans les brumes des mers de Lithium qui composaient la surface de ce monde. Sans doute avait-il été plus durement touché, enfin peut-être… Heir espérait quelques réponses du jeune homme allongé sur le lit. Que s’était-il passé exactement là-bas, sur la plateforme ? Comment la puissance physique et mentale de Hòu niǎo, et les incroyables capacités de Myan, avaient-elles pu être mises en échec par le lieutenant de Poféus, même assisté du fantôme de l’agent Stuffy ?
« Mon garçon, je ne veux pas te fatiguer, mais ton aide va m’être indispensable, car la situation sur MaterOne devient critique. J’ai de bonnes raisons de penser que… »
Il se tut, se souvenant combien le Triangle avait des oreilles et des yeux partout. C’est par l’esprit qu’ils poursuivraient cette conversation.
… j’ai de bonnes raisons de penser que nos ennemis préparent quelque chose, mais le Triangle ne prend pas mes soupçons au sérieux. Pire, je pense qu’eux aussi ont leurs propres plans, pas forcements compatibles avec ce que nous avions décidé à l’origine. Bref, mon garçon, nous sommes seuls. Peux-tu revenir combattre aux côtés de ton vieux maitre, même si je n’ai pas le droit de te le demander ?
Bien sûr, Lǐngbān, ma vie vous appartient, que puis-je faire ?
Monsieur Heir ne put retenir un petit sourire se dessiner sur son visage.
Son autre fils, Hòu niǎo, avait été condamné dès sa naissance par une erreur due à l’imprécision de la génétique naturelle. Il avait alors été le premier à être traité avec une substance dérivée de la Lamprasine, un des éléments de base de la drogue des Souriants « le nuage de miel », mais à des doses supérieures, suivant le raffinement d’une chimie que Heir conservait précieusement. Cela permettait de développer des capacités hors du commun et, devant les résultats très prometteurs, on avait fait venir Myan : cette fois, la technique serait utilisée sur un enfant normal, juste un peu avancé pour son âge.
Le jeune Myan avait passé sa prime enfance avec Heir, traité en permanence durant des années, sa croissance accélérée. Le succès avait été tel qu’on l’avait envoyé en mission d’espionnage à l’université Mentale, puis au ministère de Poféus. L’adolescent avait menti à tous les Mentaux et psychologues qui l’avaient croisé, mystifiant même Ralato et Stuffy. Heir le considérait comme son futur égal d’ici quelques années, avec un avenir prometteur. Mais voilà, il était désormais paralysé, quoique ses facultés semblaient demeurer intactes.
J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé là-bas. Comment est mort Hòu niǎo et comment Ralato a-t-il pu te vaincre ?
C’est… c’est assez flou, en fait. Hòu n’était plus en état de se battre, il avait perdu ses capacités physiques une fois son distillateur arraché. Ça, je peux le comprendre, mais moi…
Je suis certain d’avoir vaincu le lieutenant et le deuxième esprit dans sa tête était impuissant, reclus dans un coin. Pourtant…
Pourtant il est bel et bien revenu.
Oui il est revenu, je ne sais pas comment dire, presque d’entre les morts ! Et cette fois sa force était… était… zhè shì nányǐ xíngróng de zhǔ !
C’était indescriptible ? Que penses-tu de cette hypothèse : Fabio Ouli (tu as lu les dossiers sur son frère) ? On dit qu’il pouvait lancer des attaques à plusieurs centaines de kilomètres et même soulever des orthoptères, rien qu’avec son esprit. Est-ce que cela correspond à ce que tu as vécu ?
L’autre resta pensif plusieurs secondes, les yeux fixant le néon du plafonnier. Sans nul doute, cette expérience avait dû être terrible à vivre pour son élève.
Un bruissement discret fit se retourner Heir. Qiānbǐ, son secrétaire particulier, créature du Triangle placée à ses côtés pour l’espionner, se tenait un peu en retrait.
Wángzǐ, votre voiture vient d’arriver. Nous avons rendez-vous avec les pouvoirs ancestraux, les trois sages vous requièrent.
J’en ai encore pour quelques minutes.
Ma patience est infinie et j’ai le plus grand respect pour votre action, Wángzǐ, mais je regrette que le Triangle ne partage pas les mêmes opinions à votre sujet. Ce rendez-vous impose l’exactitude, j’en ai peur.
Le membre du Conseil de la révolution observa son secrétaire, un peu étonné. Le petit homme venait d’évoquer un désaccord avec ses maitres du Triangle, ignorait-il que cette pièce avait toutes les chances d’être sous surveillance et que ses propos seraient rapportés en haut lieu ?
Ou alors cela faisait-il partie d’une stratégie destinée à mieux gagner la confiance du politicien ?
Oui
Pardon ? Myan, tu disais ?
Je pense que la puissance qui habitait le lieutenant Ralato lors de notre affrontement équivalait à celle décrite pour son frère. Cela n’était pas le cas au début, mais quand il est revenu à la vie…
Lǐngbān, je vous le dis comme je l’ai vu, il est apparu comme un soleil illuminant, pardon, brulant tout. Intouchable, indestructible, impitoyable… on ne peut pas se battre contre un soleil. Alors oui, on peut comparer cela à ce qu’on sait de Fabio Ouli.
C’est fantastique ! Merci d’être à nouveau parmi nous, Myan. Je reviens vers toi bientôt, mais, pour l’instant, prends du repos. Mon entretien avec les vieux croulants va débuter et, comme le dit Qiānbǐ, il serait indécent de ne pas arriver à l’heure exacte.
Au revoir, Maitre, et merci pour votre visite.
Le jeune homme laissa sa tête s’enfoncer dans le coussin, fermant les yeux. Rien que cette entrevue venait de le vider de ses maigres forces, et pourtant, Heir risquait de lui demander bien plus dans un avenir proche.
Mais d’ici là…
Allons-y, Qiānbǐ, ne faisons pas attendre les sages.
Votre sagesse est grande également, Wángzǐ. Je préviens le chauffeur de démarrer les suspenseurs.
Obséquieux ou sincère ? Dans cette culture, on ne sait jamais vraiment, se dit monsieur Heir, en fermant doucement la porte de la chambre derrière lui.


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RedU T1 Ch20 Ep03

episode267.mp3

Aurons-nous encore des larmes d'ici la fin de l'année 2016 ?
http://reduniverse.fr/2016/07/26/2388169/


Ralato reçut la tasse tendue, et l’avala rapidement. Ce café était délicieux, l’homme de confiance du professeur savait y faire, et de toute façon, on avait testé le breuvage à la recherche d’un quelconque poison. La prime jeunesse du lieutenant, alors que lui et son frère venaient d’être « recrutés » par les affaires Mentales, l’avait été auprès de ce petit homme. Certes, Fabio était l’étoile du duo, lui ne faisait que suivre, mais QuartMac avait toujours pris soin de ne pas dissocier les deux enfants, aussi dur avec l’un qu’avec l’autre, malgré des objectifs opérationnels différents. Ralato était la promesse d’un excellent agent Mental, efficace et puissant. Son entrainement se prolongea ensuite à l’université Mentale, où il mettait un point d’honneur à être le meilleur dans tous les domaines. Fabio, lui, était destiné à toute autre chose : son pouvoir surpassait tout, au point qu’il pouvait effectuer une frappe orbitale ciblant un neurone. Sa relation (commencée très — trop — jeune) avec Poféus n’avait fait qu’intensifier sa distance avec Ralato au point que, bien plus tard, celui-ci avait lui-même proposé de sortir Fabio de sa prison pour une mission suicide dans l’Exode.
« Te rappelles-tu notre dernière rencontre ? La dernière avant celle sous les montagnes, j’entends… »
La question de QuartMac ramena le lieutenant à la réalité.
Oui. Vous étiez mourant, dans un hôpital militaire.
Mhmm… Je n’ai pas ce souvenir, dommage. Les ultimes jours de ma vie n’ont pas été enregistrés ce qui fait que, lorsque ma première chimère reçût l’implantation psychique, je me réveillais dans un corps tout en m’éteignant dans un autre. Troublant, n’est-ce pas ?
Poféus était-il au courant ?
Le professeur étudia l’expression de son ancien élève. Quelle étrange remarque  ! Il venait de lui parler d’évènements dont seule la science-fiction émettait l'hypothèse et sa première question portait sur la connaissance du secret par le contramiral : les nombreuses cachoteries de Poféus avaient érodé la confiance de Ralato.
Intéressant.
Une petite partie, oui, mais certainement pas tout. D’ailleurs, c’est pour cela que je me suis tourné vers les Mutualistes. En fait, ce sont eux qui sont venus à moi. Alpha, leur chef, me contacta un jour avec une proposition de budget et une assistance telle qu’un homme aux portes de la mort, comme je l’étais, ne pouvait refuser.
Ne me dites pas que l’armée limitait vos moyens ?
interrogea le lieutenant, amusé.
Eh bien si, figure-toi ! Et j’en ai été très irrité. Il faut se remettre dans le contexte. L’expérience ratée, qui m’a valu cet œdème inopérable au premier lobe frontal, avait également couté la vie à de nombreuses "huiles", des militaires très portés sur l’influence et le pouvoir Mental. Les nouveaux chefs orientèrent alors leurs recherches sur la "cybernétisation" des troupes, les prothèses, l’assistance poussée, que sais-je encore. Moi… moi j’étais abandonné, mes crédits fondaient comme neige au soleil et seul Poféus maintenait le nécessaire pour toi et Fabio. Une fois votre entrée à l’université actée, on attendait simplement que je meure pour dissoudre la structure.
Sauf que les Mutualistes ont eu vent de votre existence et vous ont récupéré !
Cela en dit long sur l’étendue des renseignements auxquels ils ont eu accès, n’est-ce pas ?
Stuffy intervint, apportant sa pierre à l’édifice.
« D’ailleurs, on pourrait aussi parler des moyens colossaux dont ils disposent. Tu te souviens de la base sous la Colline aux vacances ? De celle sous la chaine des Amalaches ? Elles m’avaient beaucoup impressionné. Mais pour leur soutirer le moindre renseignement, c’était peine perdue. »
Le vieux savant gémit soudain, portant instinctivement la main à son estomac. Des gouttes de transpiration perlèrent de son front dégarni pour glisser sur ses épais sourcils. Un tremblement parcourut ensuite tout son corps puis il soupira, la crise était passée.
Je… désolé ce corps approche de la fin, c’est souvent douloureux.
Parlez-moi un peu de cette technologie. C’est assez surréaliste, même si, de votre part, je ne suis plus étonné de grand-chose, professeur, vous avez toujours excellé.
Hé, hé, hé… Oui, merci. Mais je n’ai apporté qu’une partie du travail. Mes recherches sur l’esprit Mental m’avaient permis d'approfondir le transfert de personnalité. J’ai pu le rendre rapidement utilisable, à défaut d’être parfait. Mais les chimères…
Le savant posa sa main contre la vitre glacée. Il pouvait sentir les bulles ricocher contre la surface interne, rebondissant entre les doigts, glissant sur le sternum de l’être suspendu à l’intérieur de la cuve. QuartMac soupira et retira sa main avant qu’elle ne se pétrifie sous le froid. Ralato allait-il le laisser vivre ? C’était possible en fin de compte.
C’est Alpha lui-même qui m’a donné la clé qui contenait les plans et les explications, il dut même me fournir le lecteur, tellement ce système était spécial. Tout ce qu’il a accepté de me dire, c’était que cela venait de très loin, bien plus loin que la Passe de Magellone et que, si j’arrivais à l’exploiter, je pourrais sans doute vivre encore longtemps… Évidemment, il s’agissait de vie avec des corps successifs, mais vous et Poféus alliez partir, je n’avais guère le choix. J’ai travaillé seul, en secret. J’ai replongé dans les études pour compléter mes connaissances sur de nombreux sujets dont je n’étais pas un spécialiste. Aucun de mes collaborateurs ne fût mis dans la confidence, ni Poféus, comme tu t’en doutes. Pas question d’offrir à ces lâcheurs le moindre cadeau.
J’ai transmis à Alpha l’enregistrement de ma psyché quelques jours avant qu’on ne m’emmène mourir à l’hôpital, ainsi que tout le nécessaire pour concevoir la première chimère Mutualiste. Il supervisa lui-même mon « retour », me permettant de prendre le relais dès que je le pus, comme scientifique en chef. La suite ne fut qu’une succession d’amélioration pour retrouver toute ma mémoire, perfectionner les organismes, rendre les transferts plus efficaces. J’ai même pu convaincre certains de mes anciens assistants de m’accompagner…
Voilà, en gros, tu sais tout. J’avoue avoir été surpris quand il m’a demandé d’arrêter mes recherches pour m’occuper de ton interrogatoire. Ils venaient de te capturer, et, ceci dit entre nous, Alpha mettait de grands espoirs en toi.
Ralato ne répondit pas. La torture qu’il avait vécu sous les Amalaches, dans la cuve insensibilisante, ne s’était pas cicatrisée. Pire, elle avait ouvert des failles dans ses certitudes : son frère était-il bien son frère ? Quels secrets se cachaient dans l’histoire familiale des Ouli ? Les mystères de Poféus n’avaient rien arrangé à son trouble. Stuffy réagit immédiatement :
On en a déjà parlé et je t’ai expliqué tout, de fond en comble, c’était un montage. QuartMac nous a aidés à mettre tout au point pour que tu sois ébranlé.
Et vous y avez parfaitement réussi.
Je vois çà. Après tout ce temps, tu continues à ruminer.
Son ancien collègue, l'un de ses rares amis, avait collaboré avec les Mutualistes pour le capturer et l’interroger. L’intervention de son frère (?) Fabio, malgré des distances considérables les séparant, avait anéanti tous les espoirs de l’organisation et pulvérisé la base des Amalaches. Pour survivre, Stuffy n’avait pas eu d’autre choix, en profitant de conditions particulières, que de se projeter à l’intérieur de l’esprit de son prisonnier, assistant à la mort de son corps physique. Ils vivaient dorénavant ensemble et cela durait depuis tant de mois, presque une éternité. Ils avaient affronté les Triades Souriantes, Hòu Niǎo le géant, Myan le Mental renégat et monsieur Heir, sur la Nébuleuse de Talbot. Puis ce fut la troublante découverte des traces d’un passé enfoui sous des siècles d’occultation, suivi enfin de la découverte de l’armada secrète que Poféus construisait, détournant les ressources de tout MaterOne pour son projet fou.
Tout cela à cause, ou grâce, aux Mutualistes.
« Ralato ? Tu penses à la même chose que moi ? »
Pris d’une inspiration, le lieutenant se tourna vers son professeur.
Je suis prêt à vous laisser vous transférer dans votre nouveau corps, sous deux conditions. D’une part, je veux y assister et que toutes vos connaissances reviennent aux forces Mentales. Vous pourrez même poursuivre vos travaux après, je m’y engage.
Ralato ? Te voilà bien généreux. J’accepte. Et quelle est la deuxième demande ?
Est-ce que les Mutualistes utilisent également cette technologie ?
QuartMac eut un petit sourire, suivi d’une quinte de toux. Puis, s’appuyant sur le bras de Ralato, il reprit son souffle et s’économisa avec une réponse évasive :
« Je l’ignore. Mais je doute qu’ils aient pu recruter autant de professionnels du secret sans aucune fuite. Sauf à obtenir leur silence, d’une manière ou d’une autre. »
Les implications de ce concept même firent frémir Ralato, et Stuffy ne put le rassurer :
À bien y réfléchir, je me souviens avoir vu souvent des têtes semblables chez eux. Si on est dans le vrai alors…
… Le mouvement Mutualiste ne serait composé que de dupliqués qui se répliqueraient au fur et à mesure de leur élimination…
… Conservant leurs expériences passées, les croisant et les magnifiant à chaque nouvelle vie.
Bref, une armée d’immortels en puissance. Voilà quel serait notre ennemi et cela expliquerait bien des choses…


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RedU T1 Ch20 Ep02

episode266.mp3

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À très bientôt donc :-)


Le professeur QuartMac s’adossa contre un tronc pour reprendre son souffle. La voiture prévue était bien là, Manúel y avait veillé, comme toujours. La côte qu’il venait de gravir à pied, dans ce bout de jungle tropicalienne, l’avait vidé de ses forces, mais c’était nécessaire pour interrompre toutes les filatures, humaines ou électroniques. On l’avait peut-être vu pénétrer dans cette vallée avec un autre véhicule, il repartirait donc dans cette vieille camionnette, en sens inverse, par le sommet d’un versant.
Les jambes de QuartMac refusèrent de le porter jusqu’à la voiture, il se retrouva soudain paralysé. C’était malheureusement prévisible. Il prit appui sur l’arbre derrière lui, une espèce de palmier large plutôt bas de branches, frappant plusieurs fois le membre récalcitrant contre l’écorce rugueuse. La douleur entraina la production d’adrénaline et réveilla certains muscles moteurs. Le savant se remit debout et réussit à se mouvoir suffisamment pour marcher jusqu’à la voiture. Il tourna la clé de contact et elle démarra correctement, seule la boite de vitesse grinçait bizarrement lorsqu’on passait les rapports. En descendant le sentier de caillasses, QuartMac pria intérieurement pour que son corps tienne, le temps d’arriver à destination.
Trois heures plus tard, la camionnette passa devant une vieille pancarte qui indiquait la bourgade de Palaos Verde. C’était un gros village, typique de cette région, suffisamment évolué pour qu'on ne soit plus surpris par la présence de voitures, mais encore très traditionnel, avec ses péons au large chapeau de paille, profitant d’une sieste en ce milieu d’après-midi. QuartMac s’engageaentre deux maisons de tôles et de bois et se gara à l’abri d’une grange, loin des regards. Il traversa la cour où s’égaillaient quelques poules, poursuivies par une ribambelle de poussins, et pénétra dans l’arrière d’une épicerie. Manúel l’attendait au comptoir, toujours impassible, arrangeant quelque produit sous la caisse. Il lui offrit un petit signe amical, le vieux serviteur de son défunt frère était d’une fidélité à toute épreuve et il avait pu s’appuyer sur lui pour concevoir son laboratoire secret.
Quelque chose semblait pourtant troubler le gros homme : son regard fuyait, de la sueur perlait sur son front. QuartMac jeta un œil dans la boutique : une vieille hésitait devant un pot de marmelade et un jeune lisait des bandes dessinées, dans un coin. Rien d’autre, tout était commun et habituel. Le professeur mit sur le compte de la chaleur et d’une quelconque affaire privée, l’attitude de son homme de confiance : cinq enfants et une femme tropicalienne. Cela pouvait porter sur les nerfs parfois.
Sans insister, il retourna dans l’arrière-boutique, déplaça une caisse et… son bassin se figa à son tour. Pestant contre sa malchance, il héla Manúel. Le gros homme mit un peu plus de temps que d’habitude à le rejoindre. QuartMac lui expliqua le problème, après quelques formules de politesse, et le bonhomme lui débloqua les reins d’une clé précise, tel un professionnel rodé à l’anatomie. Il frappa ensuite l’angle du mur derrière la caisse et une trappe, dissimulée dans le sol, s'ouvrit soudainement. D’un coup de tête, il salua le professeur et, sans un mot, repartit au comptoir s’occuper de ses clients. Le savant regarda la trappe ouverte sur les barreaux d’une échelle qui disparaissait dans l’obscurité. Ce n’était plus de l’appréhension dorénavant, ses sens lui hurlaient qu’un danger le menaçait. Manúel n’avait pas pu s’empêcher de trembler en le manipulant. Lui, le dernier fidèle, était en train de le trahir. À bien y réfléchir, le jeune dans la boutique ne semblait pas tant absorbé que cela par son album et la vieille mettait trop de temps avec un seul pot en main.
Devant lui, l’obscurité l’appelait, tel le peloton d’exécution pour le condamné. Qui se trouvait derrière ce piège ? Comment avait-il su ? De toute façon, sans le contenu de son laboratoire, il n’avait plus que quelques jours d’espérance de vie devant lui. Quelle que soit la personne qui attendait en bas, il devait y aller. Le professeur prit une inspiration et s’enfonça dans l’ouverture.
Au pied de l’échelle, il cherchait à tâtons l’interrupteur lorsqu’il remarqua de la lumière dans son bureau, au bout de la pièce. Ainsi, on le prévenait d'un piège, on était suffisamment sûr de soi pour ne pas se cacher. Bien, inutile d’allumer, il voyait assez pour ne pas heurter quoi que ce soit et il n’avait pas envie de croiser le regard des tueurs sans doute dissimulés dans les recoins…
QuartMac longea quatre grands tubes de Plexiglas transparent, laissant sa main courir sur leur largeur, résultat de tant d’années de recherches acharnées. L’humidité des parois collait à ses doigts, conséquence de la condensation due à la différence de température entre l’extérieur et le liquide à l’intérieur. Elle entraina immédiatement un refroidissement de ses phalanges et celles-ci se figèrent. Il ne put même pas les replier une fois arrivé devant la porte de son bureau. Seule la lumière de sa petite lampe perçait la vitre opaque. Mutualiste ? Alpha aurait-il décidé que son savant en chef ne servait plus à rien ? Forces de sécurité ? Ce serait pire encore, quoique… Le contramiral Poféus pouvait avoir besoin de lui et de ses découvertes. Il poussa la porte.
Son fauteuil était tourné face au mur, dissimulant celui qui y était installé et dont on ne voyait qu’une chevelure coupée court. Mise en scène non mutualiste, ces gens-là ne discutaient jamais. Donc qui d’autre ? Ce léger parfum flottant dans l’air… des bonbons ? Caramel-melorange. Ce n’était plus trop à la mode de nos jours mais ça l’était, il y a plusieurs années. L’individu ne bougeait pas, semblant attendre.
De toute façon, QuartMac avait déjà deviné, inutile de jouer plus longtemps.
« Alors Ralato, comment vas-tu depuis tout ce temps ? »
Le fauteuil se retourna, laissant apparaitre le lieutenant Ralato Ouli, un sourire en coin. On croirait un enfant espiègle qui montrait avec fierté à son père sa dernière bonne note à l’école.
Mais très bien ! Professeur. C’est toujours un plaisir de vous revoir, quelles que soient les circonstances.
Je suppose que Manúel est le seul habitant de ce village qui ne soit plus un agent mental. Laisse-le partir, quoi qu’il ait fait pour moi, ce fut par fidélité. Je collaborerai, mais laisse-le… s’il te plait…
Ne vous inquiétez pas. Ce benêt n’a pas vraiment su rester de marbre, malgré ses efforts pour protéger sa famille. Mais les agents mentaux reconnaissent l’honnêteté, vous le savez très bien »
QuartMac souffla intérieurement pour le gros bonhomme, pourtant il se surprit à penser que le Ralato dont il se souvenait n’aurait pas laissé partir ainsi un témoin gênant. Son fils spirituel avait-il changé ?
Parfait, alors quel est le programme ?
Une discussion, tout d’abord. Votre ami nous a préparé du café comme vous l’aimez, on nous l’apporte en ce moment. Asseyez-vous donc.
Je resterai debout. Si je m’assois, je ne suis pas certain de pouvoir me relever. Je t’expliquerai.
Je pense avoir déjà trouvé la plupart des réponses dans ce laboratoire secret, professeur,
lui répondit-il en se levant.
Tout est Mutualiste ici, n’est-ce pas ? Leur symbole est partout.
Ralato entraina le vieil homme hors du local, vers le couloir et les quatre tubes. Son ami l’agent Stuffy, qui partageait son esprit depuis des mois, en profita :
Tu as vu son visage fatigué ? Et ses cheveux, il n’en reste pas la moitié !
Oui. Nos soupçons étaient fondés. Il se meurt.
Ralato permuta un commutateur derrière la porte et une lumière crue inonda la pièce, révélant plusieurs hommes en armes et le jeune à la bande dessinée qui descendait l’échelle, portant un plateau avec deux tasses fumantes. L’odeur âcre du café le précéda bien avant qu’il ne les eût rejoints devant les parois cylindriques.
Le jeune eut un sursaut : visiblement, il n’avait pas été prévenu de la présence d’humains flottant dans le liquide de chaque tube. Et tous ressemblaient, à s’y méprendre, au professeur QuartMac.


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J-4

Salle secrète des dépositions du Triangle.
MaterOne Centrum.

« … et nous n’avons aucune idée de ce que le contramiral Poféus fait de ces millions de tonnes de matières premières : lithium, titane, osmium, aciers et céramiques en tout genre. Je tiens la liste à votre disposition et elle est longue. Mon instinct… mon intuition me dit que tous ces fonds secrets du ministère de la Sécurité qui disparaissent, tous ces agents mutés on ne sait où, tout cela indique qu’il prépare une action en force, et de grande envergure.
Nous devons lancer immédiatement le plan que je vous ai présenté, avant de ne plus avoir la possibilité de le contrer. »

Le grand rectangle délimitant la pièce était bas de plafonds, sans aucune fioriture. La culture des Souriants glorifiait la simplicité poussée à l'extrême, ne conservant que l’utile ou le symbolique. Pour preuve, ces éclairages focalisés sur « l’auditionné » lui-même, monsieur Heir, et cette barre de lumière indirecte à la base du mur du fond, ne dessinant que les silhouettes des trois pères des Triades « le Triangle ». Ils se tenaient une dizaine de mètres devant lui, assis sur leurs talons, les nattes posées à même le sol. Unique décoration, mais oh combien importante dans l’esprit de cette culture, les quatre statues piliers derrière le Triangle dont les volumes étaient mis en valeur par la même lumière indirecte : une tortue-serpent, un tigre-loup, un chauve-phénix et un dragon. Les quatre pouvoirs ancestraux, représentant les éléments combinés, les points cardinaux et les couleurs principales de l’art.
Heir attendait la réponse. Face aux trois chefs de l’organisation mafieuse la plus riche et la plus puissance de l’Humanité, il n’était pas d’usage de prendre la parole sans y être invité. Aussi loin qu’il se souvienne, il s’était toujours soumis à leur décision, sa mère étant Souriante mais pas son père. Il leur devait beaucoup, mais ils lui avaient beaucoup pris également, et le membre du Conseil de la Révolution qu’il était ne croyait plus, depuis longtemps, à l’équilibre de cette relation.
Les silhouettes se penchaient alternativement, échangeant à voix basse des propos inaudibles pour l’auditionné, seuls les grands chapeaux pointus aux décorations tombantes indiquaient les mouvements de ses interlocuteurs. Bien que ce terme fût mal choisi, car impliquant une discussion, ce qui était rarement le cas avec les pères des Triades.
La silhouette de droite prit enfin la parole :
Wángzǐ, cette accélération du processus que nous avions défini nous semble particulièrement audacieuse. Les évènements pourraient échapper à notre contrôle, alors que tout se déroule conformément au plan initial. N’y a-t-il pas une autre raison derrière ce soudain désir de bousculer les choses ?
Il y a aussi cet agent, ce Ralato, répondit Heir. Il a terrassé mes deux élèves. Il a un frère dont nous connaissons la puissance et qui a été expulsé avec l’Exode. Et il n’est pas le seul, un ancien agent, un Mental, retourné par la princesse Azala, Stuffy, fait partie intégrante de son esprit. Il peut amplifier les actions de Ralato ou agir de son propre chef. Cet homme, ce duo, est un des rouages essentiel du système Poféus, le retourner nous permettrait d’affaiblir efficacement notre principal ennemi.
Nous savons déjà tout cela, intervint la silhouette de gauche, et nous avons décidé d’attendre. En quoi donc les évènements seraient-ils soudain si dramatiques pour nécessiter de recourir à votre cabale.
Heir serra les dents. Évoquer son plan comme une « cabale » revenait à clairement le ranger dans la folie solitaire d’un homme. Comment convaincre ceux qui, visiblement, étaient déjà convaincus du contraire ? Il devait bien choisir ses mots et tenter une dernière carte.
« J’ai… vous m’avez permis de devenir ce que je suis maintenant. Et, grâce à ces facultés sans commune mesure que vous m’avez attribuées, j’ai accès à un niveau d’analyse inconscient qui dirige ces fameuses intuitions. Vous l’avez voulu ainsi. Ce Triangle m’a donné des ailes pour voler, des griffes pour m’agripper et des dents pour mordre. Vous me nommez Wángzǐ, c’est le titre qui m’est du, mais nous savons que ma fonction réelle est dédiée à la guerre postrévolutionnaire, je suis votre Lóng, je suis votre… dragon. »
Nouveau conciliabule entre les trois pères, on voyait les décorations remuer vivement sur celui du milieu, il avait un avis qu’il tentait d'imposer : était-il positif, négatif ? Aucune idée, il était impossible d’utiliser une sonde mentale, même passive, en ce lieu. Les pères étaient rodés aux techniques psychiques, capables de reconnaitre les sensations d’une intrusion, sans parler des Mentaux derrière les murs et des détecteurs d’activité mentale disséminés un peu partout. On était bien dans le saint des saints des Souriants, pas question de jouer de ses pouvoirs ici, il devait ruser.
Le père au centre, le doyen du Triangle, se releva, puis les deux autres, signifiant la fin de l’audition.
Wángzǐ, votre tirade fut comme toujours suffisamment éloquente pour attirer notre attention sur les points que vous avez soulevés. En conséquence, nous allons décréter une enquête de sept jours qui sera menée par nos informateurs et nos archivistes. Durant cette période…
Sept jours ? Mais c’est beaucoup trop long ! Les preuves que je…
… DURANT CETTE PÉRIODE, il vous est demandé de n’agir en aucune manière et de ne tenter aucune action qui ne soit préalablement approuvée par ce conseil. Et j’ajoute que nous savons parfaitement combien le sentiment de pouvoir peut parfois faire oublier à son détenteur quelles sont les racines de sa foi ou la source de ses forces. La langue habile du politicien ne saurait dissimuler cela à nos yeux, puissiez-vous vous garder de cette erreur, elle a souvent été… fatale.
Biànlùn bèi guānbì !
Et comme un seul homme, ils s’éloignèrent tous trois dans l’ombre d’une issue en trompe-l’œil derrière un rideau.
« Biànlùn bèi guānbì, le débat est clôt. »
prononça Heir, le regard plus mauvais que jamais alors que la grande porte de la salle s’ouvrait derrière lui, inondant la pièce de lumière.
La statue du dragon semblait le narguer.


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Le choc de la paroi contre son dos lui parut presque une délivrance. Misha venait de le poser à moitié sur une poutre, à moitié contre le mur. Ses souffrances ne cessaient de le harceler, mais elle diminuait d’intensité. Il entendit plus qu’il ne vit, son frère s’affaler à ses côtés, lui aussi en proie à un douloureux épuisement.
Ils étaient donc maintenant tous les deux, le dos contre l’entrée de la salle de commandement, face au long corridor bordé de hublots, que traversaient parfois, de plus en plus en fait, d’intenses éclairs bleus au son strident.
La fin approchant, le vieux transporteur ressentait ses premiers spasmes.
Les intentions du sénéchal étaient maintenant claires, même si J.F.Hill ne les comprenait pas au premier abord. Un mouvement sur sa main droite le surprit et il découvrit son voisin, s’efforçant, malgré ses deux membres abimés, de lui glisser dans la paume une petite fiole. John s’en saisit, étudiant l’objet incongru.
« Quand tu as mis la raclée à mes pirates, l’un d’entre eux a perdu ça dans un coin. C’est surement un alcool quelconque, mais je n’arriverais pas à l’ouvrir. À toi l’honneur, tu me le passeras ensuite. »
Le colonel resta dubitatif, puis ouvrit la fiole et porta le goulot à sa bouche. La force du breuvage rendit dignement grâce à l’alcool frelaté des pirates, au point qu’il dût forcer sur la déglutition pour faire passer le liquide. La chaleur irradia de son ventre dans tout son corps, apportant un semblant d’anesthésie à la douleur de ses hanches qui devint moins aigüe.
Il tendit la fiole à son frère. Celui-ci tenta de la tenir de la main gauche, mais son pouce refusait de se fermer, quand à son bras droit il ne bougeait plus du tout. Misha regarda la petite bouteille, visiblement gêné par la situation. Ce fut Igor qui fit alors l’effort de se pencher, malgré les élancements de son bassin meurtri, et porta lui-même le goulot aux lèvres de son frère. Celui-ci ferma les yeux, reconnaissant, et en but une longue rasade avant de se laisser aller contre la paroi. Dans un grognement, le colonel se redressa, avalant derechef une nouvelle lampée.
Un nouvel éclair illumina le couloir, suivi d’un second à l’extérieur du vaisseau. Dans un soupire, Micha rompit le silence entre les deux frères : « Tu m’imagines seul, au milieu de tout ton Exode ? S’ils ne m’écharpent pas , ils me feront croupir dans une geôle ou simuleront un procès pour me pendre plus proprement. Mes troupes n’en sont plus, mes alliés n’en sont plus, et tu ne m’a pas raté coté blessures…
Nan… c’est la fin du chemin, alors je la passerais avec toi, Igor. »
John ne su que répondre alors, d’un geste, il proposa une nouvelle gorgée que l’autre accepta avec un hochement de tête.
Dehors les éclairs devenaient nombreux, tandis qu’une mauvaise odeur de brulé remontait des canalisations. Quelque chose, comme une montagne de pneu, qui se consumerait …
Les deux frères restèrent silencieux encore quelques minutes, puis ce fut au tour de J.F.Hill de prendre la parole.
Pourquoi lui as-tu fait cela, Misha ?
Parce qu’elle t’aimait.
La réponse était venue seule, sans fioritures, sans étalage, direct. Igor sursauta sous la surprise, se tournant vers le géant roux, sans comprendre.
« Lorsque je suis venu à elle, ce soir-là, j’étais soul, d’accord, mais pas au point de perdre la tête. Tu avais essayé, le matin, de m’expliquer qu’Esfir n’était pas faite pour moi, qu’on était frères et sœur, tous. Tu te souviens ? Alors je voulais en avoir le cœur net, et il m’avait bien fallu boire plusieurs litres avant de trouver le courage d’aller lui parler, crois-moi.
Je lui ai avoué mon… mon amour pour elle. Alors elle m’a caressé la joue, c’était doux, je ne l’oublierais jamais. Elle m’a dit simplement, comme si c’était tout naturel : il n’y a qu’un homme qui saura m’offrir ce que je n’ai pas, le seul capable de me compléter. Navré Misha, ce n’est pas toi.

Alors je lui demandais qui était ce pirate plus fort ou plus courageux que moi.

Mais c’est Igor, Misha, tu ne l’avais pas compris ? Il sera le futur chef de tous les pirates et le seul avec qui je pourrais un jour mettre au monde un enfant.
Toi que je considérais comme... comme un faible, comme celui qui ne pourrait jamais arriver à quelque chose, tu venais de me donner sans même le savoir, la plus grande gifle de ma vie. Après, l’alcool aidant, mon… mon caractère prit le dessus, comme si je pouvais tout changer par la force de ma bite. Tu connais le reste… voilà. »
Un puissant éclair traversa la cloison à quelques mètres d’eux, magnétisant les objets métalliques et les cheveux des deux combattants. Igor ignora l’incident, se collant à nouveau contre la paroi. Presque naturellement, il avala une nouvelle gorgée de l’alcool brulant dont les effets commençaient, maintenant, à se sentir au niveau de son esprit. Ce qui, de son point de vue, se révéla salvateur.
Esfir… Misha… ils étaient frères et sœur, demi-frères et demi-sœur, certes, mais quand même. Ils étaient ensemble, unis, un pôle où tous se retrouvaient. Une famille !
Une famille…
Quelque chose de nouveau commença à se produire, la gravité diminuait, certains petits objets se mirent à s’élever de quelques centimètres tandis que des sortes de vagues traversaient le vaisseau, comme des ondes déformant la réalité même. Le compresseur n’en avait plus pour longtemps.
Une série d’éclairs déchira l’obscurité extérieure, alors que des grincements de la structure du transporteur se répercutaient en tous lieux du vaisseau.
Malgré l’apocalypse approchant, les deux hommes restaient silencieux, perdus dans leurs pensées. Jusqu’à ce que Misha réagisse, juste après le déchirement d’un éclair plus puissant que les autres. Sa voix avait changé, ce n’était plus la brute sauvage, mais le frère aimant. Non, il y avait autre chose, presque… des accents enfantins.
« Avant qu’on y passe, j’ai toujours voulu savoir un truc. Et toi, avec tout ce que tu as vécu, tu sais ! »
Igor croisa son regard, interrogatif.
« Comment c’est de vivre dans une forêt, à l’air libre ? Quel effet ça fait de sentir autre chose sous ses pieds que du métal, de respirer sans réfléchir ni avoir de combinaison toujours à portée de main ? De voir… de voir des oiseaux se balader librement au-dessus de soi et… de recevoir la pluie sur son visage ? »
Un sourire apparu alors sur les lèvres du colonel J.F.Hill, l’homme connu pour ses années passées dans la jungle avec ses guérilléros, à multiplier les coups de main contre les troupes royales.
Enfin, le grondement tant attendu monta des profondeurs du Transporteur, faisant trembler les poutres, les parois, les hublots, alors que les éclairs devenaient fous et que les deux guerriers commençaient à se sentir portés dans les airs par la modification de gravité.
Quelque chose arrivait, une vague, qui allait tout emporter.
John inspira et agrippa son frère, se serrant contre lui pour que le son, de plus en plus assourdissant, n’étouffe sa réponse.
« C’EST SENTIR LA VRAIE LIBERTÉ. LE JOUR OÙ J’AI POSÉ LES PIEDS SUR MATERONE, J’AI COMPRIS QUE TU AVAIS RAISON, MISHA ! JE ME SUIS SENTI ENFIN LIBRE ! »
L’autre le regarda, d’abord surpris, puis sourit à son tour et l’enlaça en l’embrassant sur le front.

Misha et Igor, Petrovach et J.F.Hill…
Deux frères qui se retrouvaient enfin…

Le transporteur 6 s’effondra sur lui-même à la suite de la fusion avancée de son compresseur dimensionnel, emportant avec lui tous ceux qui n’avaient pas pu le fuir. Parmi les victimes, on comptait les pirates et leur chef, le redouté Sénéchal Petrovach et une majorité des troupes défensives, mortes au combat, dont le Colonel John Fidgerald Hill, héros de la révolution Castiks.

Les exodés survivants des batailles furent tous récupérés et répartis à bord des autres transporteurs. On prodigua les soins et partagea les ressources, jusqu’à l’arrivée du second convoi, celui du politicien Junta et de sa sœur, la Lieutenante-colonelle Onawane. Il fallut attendre une semaine de plus pour l’arrivée du troisième convoi, celui que l’on avait imaginé naïvement être la cible principale des pirates. Le malheur s’abattit une nouvelle fois sur les exodés, lorsqu’ils ne découvrirent qu’un seul transporteur avec le Général Décembre à sa tête. Le second appareil, celui du Colonel Arlington avec toute sa population, dont les fameux Phil Goud et Adénor Kerichi, avait été absorbé par on ne savait quel vortex, au beau milieu de la Passe de Magellone.

Au total, deux transporteurs étaient perdus et un demi-million d’âmes avait péri d’une manière ou d’une autre. Les dégâts occasionnés aux convois, comme la disparition d’importantes ressources en nourriture, eau et matériel, rendaient encore plus incertaine l’arrivée heureuse à destination.
Les rationnements, la montée de puissants mouvements religieux, les rapports de force au Conseil des commandants et l’imprévu de ce côté-ci de l’univers, totalement inconnu de tous, n’allaient certainement pas simplifier le chemin encore à parcourir.

L’Exode allait-il renier son âme pour autant ? « (…) des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. (…) »

« (…) Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments (…) »

« (…) ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. »

« (…) c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé (…) »

Colonel John Fidgerald Hill

FIN DU CHAPITRE XIX


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RedU T1 Ch19 Ep15

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Petrovach coupa son transmetteur. Il était désormais inutile de communiquer avec qui que ce soit. L’extérieur les avait abandonnés, et si ses hommes trouvaient une échappatoire, ils sauveraient d’abord leur peau. En plaquant son dos à la paroi, il sentit la douleur se rappeler vivement à son bon souvenir : sa plaie à l’épaule était dangereusement enflée, l’intérieur cicatrisait difficilement et les pulsations ne diminuaient pas. Son ménisque criait à chaque mouvement, même s’il l’ignorait, quant à sa main gauche, le tendon apparaissait au fond de la coupure qui avait sectionné le muscle du pouce. Il mettrait du temps à pouvoir réutiliser cette main convenablement… en fait, tout son corps allait demander une longue période de rémission.
Lentement, il s’autorisa quelques secondes d’abandon et se laissa glisser le long de la paroi. Son ménisque hurla encore lorsque son fessier toucha le sol, mais ce fut tout. Misha Petrovach releva sa tête pour la caler contre l’acier du mur derrière lui, le petit bruit du choc résonna quelques instants, vite absorbé par les grincements inquiétants qui montaient dans les coursives.
Son frère était allongé à quelques mètres de lui, le dos au sol, l’os de la hanche suffisamment endommagé pour le paralyser durablement. Il ne bougeait pas non plus, le visage fermé, observant quelque ondulation du plafond.
C’est… c’est un sacré engin que tu avais là. Cette série de transporteurs était construite en dur… À ton avis, on a combien de temps ?
Je dirais une vingtaine de minutes. Peut-être moins. Et pour ton information, nos compresseurs dimensionnels sont d’anciens modèles. Une fois en court-circuit, on ne peut plus les arrêter.
Hé, hé… Penses-tu ? Moi, j’ai pu mettre hors circuit un compresseur à deux doigts d’une fusion !
Ha bon ? Et comment donc ?
demanda le colonel, d’une voix soudain moins agressive.
En fait je ne sais pas trop. J’ai balancé trois techniciens dedans en leur disant qu’ils mourraient avec elle s’ils ne stoppaient pas le processus. J’ai été bon joueur, le survivant a été relâché sur une colonie proche.

Tu es un monstre, Misha.
Toujours les grands mots. Et toi, combien de types as-tu tués ? Étaient-ils tous de bons méchants, croqueurs de bébé joufflus ? J’en doute, mon frère, j’en doute… Les soldats aussi font des choses sales.
J.F.Hill ne répondit pas, le spectacle d’une plaine qui s’effondrait sur elle-même et d’une ville disparaissant sous un cataclysme sans précédent, glissa fugitivement devant ses yeux. Oui, le nombre de morts qu’il avait sur la conscience n’était peut-être pas si éloigné de celui de son frère, en fin de compte.
Par ailleurs, Misha n’était pas blessé comme lui :
Va-t’en. Il y a largement assez de capsules de secours pour tout le monde, n’hésite pas.
Pourquoi ? Ma présence te dérange tant que ça ?
Tout va exploser, toi tu peux encore t’enfuir, alors fais-le.
Alors qu’il prononçait ces mots, une sorte de décharge de foudre traversa le couloir à bonne distance. Misha resta pensif quelques secondes puis, sous la grimace, se redressa par palier, visiblement souffrant. Il reprit lentement son souffle, laissant ses blessures s’adapter à la station debout, puis boita jusqu’à un autre bout de la pièce.
Il se déplaçait hors du champ de vision d’Igor. Celui-ci l’entendit juste fouiller quelque chose, dans les débris jonchant un des coins, près de l’entrée encombrée de la salle de commandement.
Il entendait le grondement sourd, profond, du compresseur en court-circuit qui entrait en surchauffe. Un souffle au cœur, pensa-t-il, mon vieux transporteur, tu vas bientôt avoir un infarctus. Pardonne-moi, et merci pour tout ce que tu as fait.
Il savait pourtant bien que la réalité serait plus spectaculaire. Un compresseur de cette génération en fusion avait toutes les chances de développer, en son point le plus chaud, une microsingularité, une sorte de trou noir qui allait absorber le vaisseau sur lui-même. Ces millions de tonnes de métal, de plastique et de lithium seraient réduits à quelques millimètres sous une attraction folle. À de tels niveaux de pression, les lois traditionnelles de la physique n’avaient plus cours, et l’instabilité quantique de cet objet le ferait glisser au travers des dimensions pour l’éternité.
Mourir dans un trou noir, une fin à la hauteur du personnage, sourit-il intérieurement.
Le lourd pas trainant de son frère se rapprocha alors et une main solide lui agrippa le col. La tête de Misha apparut à l’envers, au-dessus de lui.
« Main droite pour tenir, bras gauche pour tirer, ça va faire un peu mal. »
Et alors que le plafond défilait sous ses yeux, J.F.Hill ne réussit pas à retenir les premiers hurlements qui remontèrent de ses hanches pour jaillir au plus profond de sa gorge.


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RedU T1 Ch19 Ep14

episode262.mp3

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À très bientôt donc :-)


La moitié ! Seule la moitié de ses hommes avait pu traverser le barrage formé par les pilotes de l’Exode. Maudit croiseur, maudit Petrovach ! Une majorité du convoi pirate n’était composée que de vaisseaux civils de transports, armés sommairement sans grande maniabilité. Les six chasseurs avaient provoqué des carnages, mais la force de frappe de ce croiseur s’était révélée bien pire encore… Peut-être devait-on reconnaitre à cet idiot de Sénéchal, qui avait abandonné à leurs ennemis une arme si redoutable, d’avoir mis hors jeux les appareils du troisième transporteur dont il avait fait exploser le spatioport.
Ceux, comme Choupa, ayant pu se faufiler au travers des mailles du filet s’étaient posés à l’intérieur de la barge, toujours fermement ancrée au vaisseau de Benkana.
Benkana…
« Karl, tu seras vengé… »
murmura la jeune femme en progressant dans les coursives étrangement vides. Elle avait rameuté ceux qu’elle croisait, s’était échinée à relancer la flamme épuisée dans les yeux hagards des groupes de pirates qui pansaient leurs plaies. À voir leur état ou celui des corridors, et à enjamber les morts de toutes origines, Choupa saisissait mieux les rapports qu’elle avait reçus. Non, les Exodés n’étaient pas des proies ordinaires, et le prix à payer pour les soumettre sera (était déjà) exorbitant. Mais elle et les siens étaient désormais acculés, ils ne pouvaient plus faire machine arrière, ce Transporteur devait tomber entre leurs mains, coute que coute.
À part les morts et quelques assaillants de la première vague, aucun signe des exodés. Où étaient-ils donc ?
S’abritant contre une conduite, elle laissa son regard parcourir les troupes qui la suivaient. Ils étaient suffisamment, malgré tout : plus nombreux encore que le groupe originel ayant pris d’assaut ce vaisseau de l’Exode, et il grossissait doucement, au gré des rencontres avec les pirates égarés ou restés en arrière.
Les éclaireurs lui firent signe et elle s’élança, suivie par le gros des troupes. Sur une consigne qu’elle martelait inlassablement, personne ne parlait, toute la progression devait se faire en silence. Pas question de se lancer tête baissée dans la mêlée, elle refusait de laisser la moindre chance à leurs adversaires.
Un éclaireur resté en arrière lui fit signe de la rejoindre. Le visage sombre, il désigna une pièce au sas entrouvert d’où émergeaient des bras et une jambe. Le spectacle la tétanisa.
Tous des pirates, tous exécutés d’une balle dans la nuque, tous entassés là, cadavres bien empilés pour maximiser l’espace du petit local. L’odeur du sang prenait à la gorge. Choupa ne put s’empêcher de demander :
« Les exodés sont-ils donc des fauves ? Qui a pu faire… ça ? »
L’autre lui montra un symbole sur les poignets et les chevilles pendants dans le couloir. Il y avait été gravé au couteau : une sorte de tête d’animal, un ours.
« Nordistes… »
Leurs ancêtres. Ce n’était pas un acte gratuit, c’était un message de la part d’Exodés aux mêmes racines. Choupa plissa les yeux, refluant une nouvelle vague de colère.
« Nous croyez-vous donc loups devenus moutons ? Vous allez regretter votre prétention…
Fermez la porte autant que possible, que les troupes derrière ne voient pas cela, vous y veillerez. Nous continuons… »
La jeune femme inspira une dernière fois cette odeur de mort concentrée, fixant cet instant dans sa chair autant que dans sa mémoire, et elle s’élança, l’épée et le révolver serrés comme jamais.

La Cité intérieure du Transporteur 7.
Il y avait deux grandes entrées, les deux étaient occupées par les pirates de Choupa. Ils avaient même rejoint un groupe de la première vague, qui leur avait rapporté des faits inquiétants : depuis une trentaine de minutes, les combats avaient cessé. Il semblerait que les troupes ennemies s’étaient retirées, mais on ne pouvait en être absolument certain : des tireurs embusqués pouvaient être disséminés un peu partout dans cet enchevêtrement inextricable de conteneurs.
Dubitative quelques instants, devant ce taudis labyrinthique qu’ils osaient appeler « cité intérieure », la chef pirate lança ses ordres. On allait avancer par colonnes multiples et sur plusieurs tracés différents, toujours en silence. Si piège il devait y avoir, on devait pouvoir se porter systématiquement assistance, pas question de se la jouer comme le Sénéchal. Sa guerre était barbare, celle de Choupa se voulait stratège.
Ils s’élancèrent.
Une dizaine de groupes, répartis sur presque toute la largeur de l’immense espace délimitant la cité, se glissèrent furtivement le long des formations de conteneurs, restant autant que possible dans l’ombre. Toujours personne, rien. D’un coup d’œil, elle avait pu constater que les habitations inférieures étaient laissées à l’abandon, vidées de leurs occupants. Certes, il restait encore des ponts supérieurs, mais vu la quantité de personnes ayant été déplacées d’ici, on pouvait difficilement les imaginer au-dessus, tous entassés les uns sur les autres, terrifiés à l’idée de l’avancée ennemie. Cela ne collait pas avec la détermination sans faille dont les proies avaient fait preuve jusqu’à présent.
Alors ?
Levant les yeux vers les lumières géantes qui éclairaient la ville, Choupa entraperçut une ombre qui se faufilait derrière un puissant projecteur. En observant de plus près, beaucoup d’ombres se déplaçaient là-haut, à l’abri des regards. Elle fit signe à sa colonne de stopper et de se mettre à couvert sous des porches ou des balcons, en résumé d’éviter de possibles tireurs embusqués dans la structure immense de la voute.
Soudain, des dizaines et des dizaines de petites explosions retentirent le long de la paroi du plafond : cette fois, ils attaquaient. Choupa se préparait à combattre, quand un flot de liquide rosâtre dévala la façade de son immeuble de conteneurs. La pression était énorme, la matière gluante, adhérente à toute la surface de son corps, à son révolver, à son épée. Elle n’eut pas le temps de réfléchir qu’une seconde vague de liquide lui tomba dessus, suivi d’une troisième. Des cris extérieurs lui parvenaient, parfois de très loin, on attaquait toutes les troupes pirates simultanément. Elle sentit alors ses mouvements devenir plus difficiles, nécessiter plus d’efforts… on leur versait une sorte de mousse à prise rapide ! Dans un réflexe, elle força une porte d’habitation et tomba sur un tapis au sol, presque paralysée dans cette entrée entourée de fleurs multicolores. Elle vit avec horreur une masse de gelée rose glisser sur elle à sa suite, mais stopper à quelques centimètres de son corps, figée par sa propre chimie.
Le silence s’était abattu à nouveau sur la cité intérieure, l’attaque pirate venait d’être neutralisée.
Un quart d’heure plus tard, la porte du fond de la pièce où elle se trouvait coulissa sur ses gongs. Une grande femme blonde habillée en tenue militaire, suivie d’un vieil homme grisonnant et de quelques civils armés, s’approcha d’elle. Choupa ne pouvait toujours pas bouger, la tête bloquée vers le haut. Seuls ses yeux pouvaient voyager.
Les bottes de la femme vinrent se poser à quelques centimètres du visage de Choupa. Sans même mettre un genou à terre, la blonde la toisa, un sourire carnassier se dessinant sur ses lèvres.
Choupa c’est cela ? Pas très impressionnant pour quelqu’un qui voulait me faire mordre la poussière.
Pernov, occupez-vous de ses sbires. En silence…
Bien Madame, cela ne devrait pas être très long. Carlo, Pietro, et vous deux… allez-y !
Les civils rangèrent leurs armes et sortirent des canifs et autres couteaux. Puis, calmement, ils commencèrent à égorger les pirates de la colonne de Choupa, paralysés dans la gelée rose. Les plus chanceux s’étaient déjà noyés depuis plusieurs minutes…
« Çà, chère petite catin, c’est une entrée en matière pour que tu comprennes à qui tu as affaire. Tu seras mise en prison de haute sécurité et nous aurons probablement… »
elle lui posa le talon de sa botte sur la joue, appuyant en tournant le pied…
« … beaucoup de choses à nous dire. »

Puis elle fit demi-tour et quitta la pièce. On l’entendit activer son émetteur tout en s’éloignant :
« Envoyez un message à Price pour le remercier. Son idée a parfaitement fonctionné. »
Benkana disparut du champ visuel de Choupa, alors que les râles ou d’infâmes gargouillis continuaient à lui parvenir. Elle ne voyait rien, juste savait-elle poser des images sur ces sons.

Contrairement aux yeux, on ne pouvait pas fermer ses oreilles.


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  • Acteurs: Kanon: benkana, Leto75: Pernov, Istria: Choupa
  • Derush : Zizooo
  • Compo: Ian, Cleptoporte
  • Montage: Ackim

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