Red Universe

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La plus grande saga intergalactique jamais racontée en podcast

raoulito

Des réfugiés vont découvrir des secrets enfouis sous des années d’oublis et de honte. Confrontés à des choix et des conflits sur leur modèle de société, ils avanceront vers leur but ultime, là où se concentrent leurs espoirs: la planète rouge. Chapitres entiers http://reduniverse-chapitres.podcloud.fr Chapitres spéciaux http://reduniverse-speciaux.podcloud.fr Et pour plus d'immersion, les livres illustrés http://reduniverse.fr/livres-numeriques/

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RedU T1 Ch20 Ep07

episode271.mp3

Les Samedi et dimanche 27 Août, c’est le 27/24 de podradio ! http://2724.podshows.fr

Parmi les réjouissances, une interview de Pierrick Messien « http://lesoufflenumerique.com » qui nous parle d’auto-édition et de livres numériques !
À très bientôt lors du 27/24 !


« QUOI ? »
hurla Benkana, se levant brusquement de sa chaise. Sterling-Price intervint rapidement, lui posant une main sur l'avant-bras, pour qu’elle lui laisse la parole. Il parla posément, sans grandiloquence, avec peut-être un mélange de lassitude ou de fatigue perçant au travers de sa voix.
« Monsieur Junta, je viens de passer quelques jours assez éprouvants et je vous saurais gré de mesurer vos propos. Nous avons fait de notre mieux, avec le minimum de pertes possibles. Vous me voyez navré si les pirates ont payé un prix lourd tribu, mais jusqu’à preuve du contraire, ils étaient les agresseurs. »
Si personne, au Conseil des commandants de l’Exode, n’ignorait que le vieil homme avait été l’architecte de la victoire, Benkana et feu-J.F.Hill recevaient, eux, l'ire du politicien Junta, visiblement troublé par le bilan de la bataille.
D’après les premiers interrogatoires des pirates prisonniers, ils étaient plusieurs milliers et, au plus, deux-cents survivants. Ceux qui ont pénétré dans la Cité intérieure du Transporteur 7 étaient six fois plus nombreux que dans la vôtre, colonel, et pourtant on ne retrouve qu’une poignée d’entre eux dans les geôles, les corps des autres ayant déjà été largués dans l’espace.
Junta ! Où voulez-vous en venir ?
Intervint le général Décembre. Pour la première fois depuis bien longtemps, celui-ci ne prenait pas la défense du politicien. Le militaire ressentait parfaitement, au fond de ses tripes, les signes de la terrible bataille. Les réfugiés dans les bras des familles dont il manquait plusieurs membres, les hôpitaux débordants dans les coursives adjacentes, le regard hébété des soldats survivants… Oui, le général rageait de n’avoir pas combattu aux côtés de ses compagnons. Lui n’était arrivé qu’après, quand tout était fini, ayant perdu un transporteur entier sans avoir rien pu faire.
Sur le fond, le politicien avait raison, il était évident que Benkana avait commis des exactions. Mais soyons réalistes, les pirates auraient sans aucun doute fait pire et les Exodés auraient eu bien du mal à gérer plusieurs milliers de prisonniers, si tant était que cela fut possible. Donc Junta allait devoir faire profil bas cette fois et, au moins, respecter le deuil.
Disons juste que certaines zones d’ombre persistent. Pourquoi s’être débarrassé des pirates morts si rapidement, comment ce… ce Karl a-t-il pu causer autant de dégâts sans être inquiété, pourquoi J.F.Hill a-t-il laissé son transporteur livré à lui-même sans prendre la tête de la controffensive, et…
C’est suffisant Vernek. Arrêtons là, veux-tu ?
Sa propre sœur, la lieutenante-colonelle Onawane, venait d’interrompre son énumération. Elle avait vécu le drame des exodés se battant avec la rage du désespoir, et son vaisseau portait encore les marques du passage des troupes du terrible sénéchal Petrovach. Le colonel Hill était une icône sur le Transporteur  2, l’homme qui avait tout risqué pour les sauver, en pleine Transition. Petrovach s’en était personnellement pris à lui par vengeance, c’était évident ; le glorieux J.F.Hill venait de payer de sa vie, son courage et son abnégation. Même de la part de son frère, Onawane ne pouvait tolérer qu’il salisse sa mémoire.
Junta la dévisagea quelques secondes, mesurant les propos qu’elle venait de lui tenir. Il poussa un gros soupir puis croisa les bras, s’enfonçant dans son fauteuil, boudeur. Mais Sterling-Price n’allait pas lui laisser l’occasion de s’enferrer dans son mutisme.
« Monsieur Junta, parmi les premiers rapports qui nous sont parvenus, celui évoquant des artéfacts de technologie inconnue et de fantômes m’a particulièrement intrigué. Puis-je parler de… non-humains ? »
Vernek jeta un œil au général, impassible. Soit, l’heure était aux aveux ; de toute façon, les implications de ses découvertes allaient bien au-delà de son transporteur, tout l’Exode était concerné, sinon menacé. La commandante Benkana renchérit alors qu’il allait parler.
Et cette histoire autour de Vegas IV ? Vous faisiez quoi là-bas ? Vous chassiez les petits hommes verts ? Je suis très curieuse d’entendre vos explications.
Le général Décembre, fort de son autorité naturelle, décida que le temps des cachoteries était terminé.
« Mhmm… Je pense qu’il est inutile de maintenir le secret. Nous… mmhmm… avons eu un accrochage avec un appareil d’origine inconnue autour de la planète Vegas IV. J’ai perdu plusieurs pilotes, mais avec une… mmhmm… une stratégie astucieuse, Junta a réussi à le neutraliser et à en récupérer un fragment. J’ai… mmhmm… personnellement pris la responsabilité de garder cet évènement secret, voulant d’abord en savoir plus et… mmhmm… c’est le Transporteur 4 qui s’est occupé des recherches approfondies avec un spécialiste que… mmhmm… que nous avons recruté sur la station Piñata. Voilà, vous savez tout. »
Un lourd silence s’abattit sur la pièce.
Ainsi, une autre face de l’Exode se dessinait en ce moment, au milieu de ce conseil, faite de crimes de guerre, de mensonges et de conspirations en tout genre. On pouvait y ajouter l’expansion du mouvement religieux autour de Phil Goud et d'Adénor Kerichi, les drogues des Octotes ou le communautarisme à tout va. Le bilan humain n’était qu’un des aspects du désastre auquel ils devaient faire face.
Décembre, conscient comme tous les autres de cet état de fait, se décida à tendre la main pour resserrer les rangs.
Messieurs, nous avons l’oraison funèbre du colonel Hill dans trois grosses heures… mmhmm… je compte sur votre présence à tous. Nous devons montrer un front uni à l’Exode, je… mmhmm… je pense que vous le comprenez. Colonel Sterling-Price, je vous propose de réfléchir à la suite de notre voyage, d’un point de vue tactique. Je parle de ce… mmhmm… Cercle de Khabit. Préparons-nous à tout et réfléchissons à une stratégie. Vous êtes… mmhmm… vous êtes de loin le meilleur à ce jeu, je vous laisse nous présenter vos propositions. Combien de temps vous faudra-t-il ?
Quelques jours. Je vais devoir sans doute interroger cette Choupa et quelques-uns de ses lieutenants. Commandante, puis-je ?
Pas de problèmes, je serai avec vous.
répondit Benkana. Junta intervint, visiblement dégrisé.
Je veux en être également. Si l’on considère cette femme comme la chef politique d’une faction de cette partie de l’univers, je participerai à la négociation.
Qu’il en soit ainsi,
confirma Décembre avant que Benkana ne rugisse.
Monsieur Junta, je souhaiterais que vous envoyiez une copie complète de tous… mmhmm… j’insiste, de tous vos dossiers concernant ce que nous savons sur ces artéfacts, il faudra sans doute aussi que ce conseil rencontre le professeur… mmhmm… Schwarzkof. Colonel Onawane, nous avons besoin d’une liste précise de nos ressources englobant tout l’Exode, ainsi que des demandes médicales et matérielles. Pouvez-vous nous préparer cela ? Commandante Benkana, je vous laisse la gestion des… mmhmm… des prisonniers. Réquisitionnez tout ce dont vous avez besoin, nous pourrons mettre des espaces à disposition sur nos transporteurs, vous avez le soutien de tous ici et… mmhmm… et trouvez ce que nous pourrions faire… mmhmm… ce que nous pourrions faire d’eux. De mon côté, je vais préparer un autre bilan, militaire cette fois. Je ne vous cache pas mon appréhension pour la suite de cette aventure. Le chemin vers Antarès est encore semé d’embuches et nous… mmhmm… JE ne veux plus avoir à compter nos morts.
Voilà, si personne n’a quelque chose d’important à ajouter, je vous donne rendez-vous tout à l’heure en tenue de cérémonie pour un… mmhmm… un dernier hommage au colonel Hill.
Les commandants se levèrent à l’unisson. L’heure n’était pas à la discorde, en effet. L’Exode pansait encore ses plaies et comptait ses morts


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Relecture: Kwaam, JMJ
narration: Icaryon,
Acteurs: Onawane: istria, Benkana: Kanon, Junta: Arthur, Décembre/Sterling-Price: raoulito,
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RedU T1 Ch20 Ep06

episode270.mp3

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La table du petit déjeuner était dressée sur la grande terrasse du salon. Angilbe se tenait debout, habillé d’une simple robe de chambre blanche qui reflétait le soleil de cette belle matinée. La personne qu’il attendait descendait les marches menant ici et il ne voulait commettre aucun impair, comme celui de commencer le repas sans elle.
Le contramiral patientait donc, laissant son regard parcourir l’étendue boisée entourant sa propriété ; on y retrouvait de très nombreuses essences d’arbres, des bosquets d’églantiers aux rangées de sapins ou des saules pointant leurs feuilles si reconnaissables, aux robustes chênes centenaires qui dominaient l’ensemble de leur majesté. Il fut un temps, Poféus ne se serait pas perdu à détailler ce qui composait cette forêt, mais plutôt à réfléchir si un ennemi pouvait s’y dissimuler. Depuis l’attentat manqué contre sa personne, à l’étage au-dessus, les mesures de sécurité avaient été largement durcies et s’étendaient maintenant au-delà des limites de la propriété. De nombreuses cimes de ces arbres dissimulaient des tireurs d’élite aux ordres du contramiral. Lui et la belle Calande ne risquaient donc rien en cette matinée radieuse. Le froissement du tissu d’une robe en mousseline le fit se retourner.
Les cheveux mi-longs de la jeune Brune qui se tenait devant lui, brossés de peu, flottaient sur la brise. Le blanc cassé de sa tenue légère laissait transparaitre les formes de son corps dans un jeu de tons foncés ou clairs, sur lequel resplendissait le magnifique visage sans fards de sa bienaimée. Elle lui souriait d’une expression simple, presque naïvement douce, la jeune femme rayonnait et Angilbe ne put retenir l’afflux d’une bouffée de désir.
Mais comment était-ce possible ? Lui, l’homosexuel convaincu, le pédophile assumé, comment avait-il pu ressentir ces summums de plaisir qu’il venait de découvrir ces dernières nuits ? Les sensations nouvelles, les mouvements des corps plus subtils, les organes plus tendres, tout différait de ce qu’il connaissait. Rien que de laisser ses mains parcourir la peau féminine lui avait procuré de douces ondes qui aidèrent sa virilité à surgir, fière et impatiente.
Haletant à une heure nocturne, il s’en était ouvert à elle alors que les draps froissés aux relents de musc et de transpiration reposaient à même le sol, laissant les deux amants reprendre leur souffle avant une nouvelle joute.
Comment puis-je… c’était bon au-delà de mes souvenirs, Calande ! Pourquoi ? Comment ? Vous êtes une femme et pourtant je suis attiré comme jamais…
Tu avais oublié l’Amour, Angilbe. Simplement. Le désir seul ne peut suffire.
Inutile d’ajouter plus, les instincts primaires reprirent la parole dès les derniers mots de la jeune femme. Oui, l’amour. Il avait pourtant aimé Fabio et même quelques mignons, durant un temps trop bref. C’était certainement plus qu’une simple question de sexe du partenaire. En tant que sa psychologue, Calande Rorré avait réussi à l’aider à dénouer les mailles de ses frustrations de jeunesse : la perte de Méhala, sa double sexualité, la douleur de la séparation d’avec son père et encore ignorait-elle ses liens avec Magnam IV. La femme Brune avait accepté ses déviances pédophiles, les qualifiant de « règles de la société qui ne devaient pas interférer dans le travail de compréhension » et cela aussi avait joué. Bref, il se retrouvait dans ces cas typiques de patient tombant amoureux de son praticien, à la différence près qu’elle l’aimait également en retour, et rien que cela tenait du miracle.
« Peut-être devrions-nous nous assoir avant de tomber de fatigue, Angilbe, ne crois-tu pas ? »
L’autre sursauta. Quoi, une fuite de réalité ? Non, c’était plutôt un moment d’éblouissement face à cette nymphe qui avait su ouvrir les portes de son cœur. Il se précipita pour lui présenter une chaise et s’assit en face. Sur un signe, un serviteur apporta l’incontournable thé au jasmin et, un second, le sucre et les cuillères. Poféus allait poursuivre la découverte de ce monde étrange en commençant sa première journée depuis longtemps sans café noir.
Un couple de mésanges-sauterelle vint caqueter à l’autre bout de la terrasse, ajoutant à l’atmosphère bucolique de ce petit déjeuner. Poféus avait eu quelques hésitations pour engager la conversation, mais ensuite, il put discuter sans difficulté avec sa vis-à-vis, dont l’appétit s’avérait par ailleurs remarquable. Elle se confia à lui en souriant.
Je ne veux pas que tu penses du mal de moi, mais les déjeuners du matin sont de loin mon moment préféré. Et les cuisiniers sont ici d’une rare qualité alors…
Mais servez-vous, ma chère. S’il n’y a que cela pour vous ravir, on pourra même demander des thèmes pour chaque matin : Tropicalien, océanique, Texos… Le chef me l’avait un jour proposé, mais je n’en avais pas vu l’intérêt.
La vie à deux apporte des sources de bonheur et de changement. Demain, je ne pourrai pas déjeuner avec toi, mais après-demain, un petit océanique me remplirait de curiosité… et d’appétit !
Tous deux rirent de bon cœur même si le contramiral ne put s’empêcher de se demander ce qui pouvait être plus important que leur relation. Paranoïa, jalousie ou simplement déception d’un amoureux transi ? De toute façon, il le saurait, car déjà du temps de leur rapport patient-praticien, une équipe des affaires mentales la suivait en permanence, autant pour sa sécurité que pour sa surveillance. La protection du ministre de la Sécurité était à ce prix, qu’Angilbe y croit ou pas, et la jeune femme l’avait explicitement accepté.
Donc tout allait pour le mieux.
Tu sais surement qu’un nouvel attentat des Mutualistes a eu lieu hier, c’était dans une ville tropicalienne. Je fais partie de la cellule de soutien aux victimes et mon avion décolle ce soir, mais je n’y resterai que vingt-quatre heures. Dis-moi, pourquoi ne peut-on arrêter tout cela ?
C’est un sujet secret, tu sais. Je ne peux pas en discuter avec toi. Disons juste que leur organisation est très cloisonnée. Ce n’est pourtant qu’une question de temps et ils finiront par tomber.
Je me suis souvent dit que… que certaines dispositions politiques, du genre plus d’ouverture pour les élections ou quelques touches de… démocratie plus horizontale pourrait empêcher des gens de… suivre les extrêmes.
Tu ne penses pas ?
Elle avait dit cela avec une grande prudence, cherchant ses mots, mesurant son ton et ses propos. Angilbe ne put retenir un sourire qu’il dissimula en s’essuyant la bouche : le dossier sur sa jeune amante mentionnait clairement ses idées politiques et il savait parfaitement que, s’il voulait la garder à ses côtés, il n’avait pas d’autre choix que d’aborder ces sujets. D’ailleurs, ses réponses étaient déjà toutes prêtes.
Je suis d’accord.
Ah bon ? Je… je ne m’attendais pas à cela.
Disons qu’on abordera cela un jour ou l’autre entre nous. Peux-tu me rapprocher le pot de confiture, s’il te plait ?
Le contramiral étala une large portion de la gelée sucrée sur un morceau de pain et croqua généreusement dedans.
disons que… pour déminer une situation, parfois il faut savoir donner des… des… comment dire ?
… des gages ?
C’est cela, des gages… Après tout, la révolution a eu lieu et, une fois que le nouveau chancelier suprême sera élu, il sera temps d’appliquer des modifications en profondeur du système.
Tu avais déjà réfléchi à tout, n’est-ce pas ?
Pour vivre, ce qu’il me reste, à tes côtés, je ne reculerai devant aucun effort. Sincèrement.

Un voile de tristesse passa devant les yeux de Calande Rorré. Angilbe, lui, était simplement heureux qu’ils soient tous deux attablés, ici et maintenant.


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Réa: Raoulito,
Relecture: Kwaam, JMJ
narration: Anna,
Acteurs: Poféus: Pof, Calande: Coupie
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Montage: Raoulito

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RedU T1 Ch20 Ep05

episode269.mp3

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À très bientôt donc :-)


Seules les statues des quatre pouvoirs ancestraux gardaient la salle secrète des dépositions, figées dans leur posture impressionnante. Les pères Souriants ne voulaient visiblement pas risquer d’attendre leur auditionné ou peut-être passaient-ils ici un message. Ce serait bien dans leur genre…
Qiānbǐ patientait sagement derrière la lourde porte qu’on avait refermée sur Heir lorsqu’il était entré. Étrange bonhomme, quels intérêts suivait-il  : ceux des Souriants, ceux du politicien ou quelque chose de plus personnel ? Toutes les possibilités étaient offertes. Il faudrait trancher cette question au plus vite.
Un gong discret retentit et les trois sages pénétrèrent dans la pièce, par leur entrée privée et s’installèrent, probablement aux mêmes emplacements que les fois précédentes. Heir salua conformément aux traditions et attendit la suite. Cela ne dura pas longtemps et ce fut celui de droite qui prit la parole, sèchement.
« Wángzǐ, nous vous avons fait venir, car de nouvelles informations nous sont parvenues et nous désirons vous faire part de notre mécontentement. L’enquête de nos assistants commençait à peine que, déjà, de surprenants résultats apparaissaient. »
Le politicien sentit qu’il n’allait pas apprécier cette réunion au sommet. Celui de gauche poursuivit :
« Des sommes très importantes, que vous déclariez comme destinées à votre campagne de désinformation et de déstabilisation du pouvoir en place, ont disparu. De tels montants ne peuvent pas être le fruit d’erreur de comptabilité ou du hasard. Nous vous demandons des éclaircissements sur ce sujet, allez-y. »
Quelle bande d’hypocrites ! Cela faisait des années que cet argent était réassigné. Ils le savaient parfaitement et révoquaient simplement leur accord tacite, car ils voulaient le mettre au pas. Oui, lui ! Ce n’était donc rien d’autre qu’une repentance que l’on attendait maintenant de lui, mais c'était hors de question.
Sages pères du Triangle, je ne saisis pas de quoi nous parlons. Je pensais que l’enquête diligentée devait porter sur le contramiral Poféus. La tenue de mes comptes n’en faisait pas partie, à ce que je sache.
Arrêtez immédiatement ce manège. Ce conseil ne supportera pas plus longtemps vos manigances, Prince. Vous accusez Poféus de détourner des milliards, mais vous oubliez que c’est en nous faisant profiter de cette manne qu’il les a accumulés. Par contre, vous nous avez entrainés dans une guerre stérile avec ses puissants services de sécurité, et le statuquo qui en résulte nous désavantage. Jamais les ventes de nuage de miel ou de Lithium de contrebande n’ont été aussi faibles. Des barrières administratives s’élèvent un peu partout à l’encontre de nos banques et de nos institutions que les pots-de-vin habituels ne suffisent plus à abaisser. La main de Poféus et des forces Mentales est derrière tout cela, c’est évident. Et vous voici devant nous, prétentieux, ayant détourné d’autres milliards et nous demandant de changer un plan, établi de longue date, pour une action violente aux conséquences imprévisibles sur la foi de soupçons. Votre haine personnelle envers Poféus vous aveugle, nous ne vous suivrons pas sur cette voie.
Il était très rare d’entendre un Père parler avec tant de grandiloquence, Heir releva également que les ornements de la silhouette du vieux Souriant remuaient plus que d’habitude. Depuis leur dernière rencontre, l’avis majoritaire du conseil avait évolué et pas dans son sens. Ou cela avait-il toujours été le cas ? Avec ces personnages, on ne pouvait jamais être certain. Il s’adressa donc directement à la silhouette au centre, le plus âgé des sages.
Je vois, il n’y aura pas d’enquête… et qu’est-ce que vos grandeurs ont également décidé ?
Quels sont vos liens exacts avec l’organisation Mutualiste ?
interrogea le père installé au milieu du trio.
Je ne comprends pas.
Nous sommes surpris que les sommes disparues correspondent à la montée en puissance de ce mouvement, quelle étrange coïncidence. Nous n’arrivons pas à pénétrer leurs secrets, tout juste possédons-nous la liste de quelques sympathisants. Pourtant ces gens sont nombreux, professionnels et extrêmement bien équipés et renseignés. Pour créer et développer toute cette organisation, il faut de grands moyens financiers, l’accès à des sources de connaissances et une intelligence hors du commun. Tout cela nous fait penser à vous, Wángzǐ.
Comme s’ils n’attendaient aucune explication de sa part, ils se levèrent et ce fût le Souriant de gauche qui conclut l’interrogatoire, avec cette sentence :
« Vous êtes désormais assigné à résidence. Le versement de tous les fonds qui vous étaient alloués est suspendu et nous vous retirons le droit d’accès à toutes les ressources de notre communauté. Lorsque vous serez décidé à collaborer de nouveau avec nous, nous serons disposés à revoir les termes de nos relations, sur des bases plus saines à nos yeux. 
Biànlùn bèi guānbì. »
Les sages se retirèrent et la lourde porte derrière lui s’ouvrit. Qiānbǐ, le petit secrétaire discret, vint se placer à sa hauteur, sans parler. Heir n’était pas d’humeur à jouer, encore occupé à évaluer les implications des sanctions du conseil.
Je ne suis plus en état de grâce. Vous pouvez me laisser seul désormais.
Ne jamais sous-estimer un dragon acculé, Wángzǐ. Ces animaux-là disposent de pouvoirs magiques insoupçonnés.
Le politicien regarda son secrétaire. Mais à quel jeu jouait-il, à la fin ?


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Prod: PodShows,
Réa: Raoulito,
Relecture: Kwaam, JMJ
narration: Tristan,
Acteurs: destrokhorne : Heir, Akira : Qiānbǐ, raoulito/leto75/bleknoir : vieux souriants
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Compo: Ian, Cleptoporte,
Montage: Raoulito

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RedU T1 Ch20 Ep04

episode268.mp3

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À très bientôt donc :-)


C’était une petite villa, dans la banlieue de MaterOne Centrum, qui ne payait pas de mine. Ni trop cossue, ni trop délabrée, avec son vieux Souriant à la retraite qui taillait ses rosiers le matin, et sa femme qui allait encore aux courses avec un panier en osier. Quelques amis passaient les voir de temps en temps, mais rien de spectaculaire ; de l’avis général, tout respirait la sérénité. Et pourtant, les sous-sols de ce lieu étaient aménagés en clinique secrète pour les Triades Souriantes : c’était ici que l’on amenait les hommes blessés dans les échauffourées, ici que les hauts dignitaires de l’organisation venaient recevoir les meilleurs soins possibles auprès des spécialistes Souriants. Et ces derniers temps, une des chambres était occupée par l’élève de monsieur Heir, Mai Rui Ian dit « Myan », enfin sorti du coma dans lequel l’avait laissé son ultime rencontre avec le lieutenant Ralato Ouli.
Nǐ hǎo, maitre. Je suis navré de ne pouvoir me lever pour vous accueillir, ils m’ont annoncé que j’étais paralysé.
Nǐ hǎo, Myan. Je… le drame qui te touche meurtrit mon cœur, mon enfant. Et pourtant, tu me vois rayonner de joie de t’entendre à nouveau.
Heir serra la main posée sur le lit, conscient du côté symbolique du geste, Myan pouvait ne même pas en sentir le toucher. Le grand homme froid, au passé trouble, n’éprouvait que peu de sentiments en général, sauf pour ses deux fils spirituels : Myan et Hòu niǎo. Si le premier était revenu en piteux état de leur voyage sur Tb01 (planète centrale de la Nébuleuse de Talbot), le corps du second avait basculé dans les brumes des mers de Lithium qui composaient la surface de ce monde. Sans doute avait-il été plus durement touché, enfin peut-être… Heir espérait quelques réponses du jeune homme allongé sur le lit. Que s’était-il passé exactement là-bas, sur la plateforme ? Comment la puissance physique et mentale de Hòu niǎo, et les incroyables capacités de Myan, avaient-elles pu être mises en échec par le lieutenant de Poféus, même assisté du fantôme de l’agent Stuffy ?
« Mon garçon, je ne veux pas te fatiguer, mais ton aide va m’être indispensable, car la situation sur MaterOne devient critique. J’ai de bonnes raisons de penser que… »
Il se tut, se souvenant combien le Triangle avait des oreilles et des yeux partout. C’est par l’esprit qu’ils poursuivraient cette conversation.
… j’ai de bonnes raisons de penser que nos ennemis préparent quelque chose, mais le Triangle ne prend pas mes soupçons au sérieux. Pire, je pense qu’eux aussi ont leurs propres plans, pas forcements compatibles avec ce que nous avions décidé à l’origine. Bref, mon garçon, nous sommes seuls. Peux-tu revenir combattre aux côtés de ton vieux maitre, même si je n’ai pas le droit de te le demander ?
Bien sûr, Lǐngbān, ma vie vous appartient, que puis-je faire ?
Monsieur Heir ne put retenir un petit sourire se dessiner sur son visage.
Son autre fils, Hòu niǎo, avait été condamné dès sa naissance par une erreur due à l’imprécision de la génétique naturelle. Il avait alors été le premier à être traité avec une substance dérivée de la Lamprasine, un des éléments de base de la drogue des Souriants « le nuage de miel », mais à des doses supérieures, suivant le raffinement d’une chimie que Heir conservait précieusement. Cela permettait de développer des capacités hors du commun et, devant les résultats très prometteurs, on avait fait venir Myan : cette fois, la technique serait utilisée sur un enfant normal, juste un peu avancé pour son âge.
Le jeune Myan avait passé sa prime enfance avec Heir, traité en permanence durant des années, sa croissance accélérée. Le succès avait été tel qu’on l’avait envoyé en mission d’espionnage à l’université Mentale, puis au ministère de Poféus. L’adolescent avait menti à tous les Mentaux et psychologues qui l’avaient croisé, mystifiant même Ralato et Stuffy. Heir le considérait comme son futur égal d’ici quelques années, avec un avenir prometteur. Mais voilà, il était désormais paralysé, quoique ses facultés semblaient demeurer intactes.
J’ai besoin de savoir ce qui s’est passé là-bas. Comment est mort Hòu niǎo et comment Ralato a-t-il pu te vaincre ?
C’est… c’est assez flou, en fait. Hòu n’était plus en état de se battre, il avait perdu ses capacités physiques une fois son distillateur arraché. Ça, je peux le comprendre, mais moi…
Je suis certain d’avoir vaincu le lieutenant et le deuxième esprit dans sa tête était impuissant, reclus dans un coin. Pourtant…
Pourtant il est bel et bien revenu.
Oui il est revenu, je ne sais pas comment dire, presque d’entre les morts ! Et cette fois sa force était… était… zhè shì nányǐ xíngróng de zhǔ !
C’était indescriptible ? Que penses-tu de cette hypothèse : Fabio Ouli (tu as lu les dossiers sur son frère) ? On dit qu’il pouvait lancer des attaques à plusieurs centaines de kilomètres et même soulever des orthoptères, rien qu’avec son esprit. Est-ce que cela correspond à ce que tu as vécu ?
L’autre resta pensif plusieurs secondes, les yeux fixant le néon du plafonnier. Sans nul doute, cette expérience avait dû être terrible à vivre pour son élève.
Un bruissement discret fit se retourner Heir. Qiānbǐ, son secrétaire particulier, créature du Triangle placée à ses côtés pour l’espionner, se tenait un peu en retrait.
Wángzǐ, votre voiture vient d’arriver. Nous avons rendez-vous avec les pouvoirs ancestraux, les trois sages vous requièrent.
J’en ai encore pour quelques minutes.
Ma patience est infinie et j’ai le plus grand respect pour votre action, Wángzǐ, mais je regrette que le Triangle ne partage pas les mêmes opinions à votre sujet. Ce rendez-vous impose l’exactitude, j’en ai peur.
Le membre du Conseil de la révolution observa son secrétaire, un peu étonné. Le petit homme venait d’évoquer un désaccord avec ses maitres du Triangle, ignorait-il que cette pièce avait toutes les chances d’être sous surveillance et que ses propos seraient rapportés en haut lieu ?
Ou alors cela faisait-il partie d’une stratégie destinée à mieux gagner la confiance du politicien ?
Oui
Pardon ? Myan, tu disais ?
Je pense que la puissance qui habitait le lieutenant Ralato lors de notre affrontement équivalait à celle décrite pour son frère. Cela n’était pas le cas au début, mais quand il est revenu à la vie…
Lǐngbān, je vous le dis comme je l’ai vu, il est apparu comme un soleil illuminant, pardon, brulant tout. Intouchable, indestructible, impitoyable… on ne peut pas se battre contre un soleil. Alors oui, on peut comparer cela à ce qu’on sait de Fabio Ouli.
C’est fantastique ! Merci d’être à nouveau parmi nous, Myan. Je reviens vers toi bientôt, mais, pour l’instant, prends du repos. Mon entretien avec les vieux croulants va débuter et, comme le dit Qiānbǐ, il serait indécent de ne pas arriver à l’heure exacte.
Au revoir, Maitre, et merci pour votre visite.
Le jeune homme laissa sa tête s’enfoncer dans le coussin, fermant les yeux. Rien que cette entrevue venait de le vider de ses maigres forces, et pourtant, Heir risquait de lui demander bien plus dans un avenir proche.
Mais d’ici là…
Allons-y, Qiānbǐ, ne faisons pas attendre les sages.
Votre sagesse est grande également, Wángzǐ. Je préviens le chauffeur de démarrer les suspenseurs.
Obséquieux ou sincère ? Dans cette culture, on ne sait jamais vraiment, se dit monsieur Heir, en fermant doucement la porte de la chambre derrière lui.


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Réa: Raoulito
Relecture: Kwaam,JMJ
narration: Andropovitch,
Acteurs : Destrokhorne : Heir, Lorendil : Myan, Akira : Qiānbǐ
Derush : Andropovitch
Compo: Ian, Cleptoporte
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RedU T1 Ch20 Ep03

episode267.mp3

Aurons-nous encore des larmes d'ici la fin de l'année 2016 ?
http://reduniverse.fr/2016/07/26/2388169/


Ralato reçut la tasse tendue, et l’avala rapidement. Ce café était délicieux, l’homme de confiance du professeur savait y faire, et de toute façon, on avait testé le breuvage à la recherche d’un quelconque poison. La prime jeunesse du lieutenant, alors que lui et son frère venaient d’être « recrutés » par les affaires Mentales, l’avait été auprès de ce petit homme. Certes, Fabio était l’étoile du duo, lui ne faisait que suivre, mais QuartMac avait toujours pris soin de ne pas dissocier les deux enfants, aussi dur avec l’un qu’avec l’autre, malgré des objectifs opérationnels différents. Ralato était la promesse d’un excellent agent Mental, efficace et puissant. Son entrainement se prolongea ensuite à l’université Mentale, où il mettait un point d’honneur à être le meilleur dans tous les domaines. Fabio, lui, était destiné à toute autre chose : son pouvoir surpassait tout, au point qu’il pouvait effectuer une frappe orbitale ciblant un neurone. Sa relation (commencée très — trop — jeune) avec Poféus n’avait fait qu’intensifier sa distance avec Ralato au point que, bien plus tard, celui-ci avait lui-même proposé de sortir Fabio de sa prison pour une mission suicide dans l’Exode.
« Te rappelles-tu notre dernière rencontre ? La dernière avant celle sous les montagnes, j’entends… »
La question de QuartMac ramena le lieutenant à la réalité.
Oui. Vous étiez mourant, dans un hôpital militaire.
Mhmm… Je n’ai pas ce souvenir, dommage. Les ultimes jours de ma vie n’ont pas été enregistrés ce qui fait que, lorsque ma première chimère reçût l’implantation psychique, je me réveillais dans un corps tout en m’éteignant dans un autre. Troublant, n’est-ce pas ?
Poféus était-il au courant ?
Le professeur étudia l’expression de son ancien élève. Quelle étrange remarque  ! Il venait de lui parler d’évènements dont seule la science-fiction émettait l'hypothèse et sa première question portait sur la connaissance du secret par le contramiral : les nombreuses cachoteries de Poféus avaient érodé la confiance de Ralato.
Intéressant.
Une petite partie, oui, mais certainement pas tout. D’ailleurs, c’est pour cela que je me suis tourné vers les Mutualistes. En fait, ce sont eux qui sont venus à moi. Alpha, leur chef, me contacta un jour avec une proposition de budget et une assistance telle qu’un homme aux portes de la mort, comme je l’étais, ne pouvait refuser.
Ne me dites pas que l’armée limitait vos moyens ?
interrogea le lieutenant, amusé.
Eh bien si, figure-toi ! Et j’en ai été très irrité. Il faut se remettre dans le contexte. L’expérience ratée, qui m’a valu cet œdème inopérable au premier lobe frontal, avait également couté la vie à de nombreuses "huiles", des militaires très portés sur l’influence et le pouvoir Mental. Les nouveaux chefs orientèrent alors leurs recherches sur la "cybernétisation" des troupes, les prothèses, l’assistance poussée, que sais-je encore. Moi… moi j’étais abandonné, mes crédits fondaient comme neige au soleil et seul Poféus maintenait le nécessaire pour toi et Fabio. Une fois votre entrée à l’université actée, on attendait simplement que je meure pour dissoudre la structure.
Sauf que les Mutualistes ont eu vent de votre existence et vous ont récupéré !
Cela en dit long sur l’étendue des renseignements auxquels ils ont eu accès, n’est-ce pas ?
Stuffy intervint, apportant sa pierre à l’édifice.
« D’ailleurs, on pourrait aussi parler des moyens colossaux dont ils disposent. Tu te souviens de la base sous la Colline aux vacances ? De celle sous la chaine des Amalaches ? Elles m’avaient beaucoup impressionné. Mais pour leur soutirer le moindre renseignement, c’était peine perdue. »
Le vieux savant gémit soudain, portant instinctivement la main à son estomac. Des gouttes de transpiration perlèrent de son front dégarni pour glisser sur ses épais sourcils. Un tremblement parcourut ensuite tout son corps puis il soupira, la crise était passée.
Je… désolé ce corps approche de la fin, c’est souvent douloureux.
Parlez-moi un peu de cette technologie. C’est assez surréaliste, même si, de votre part, je ne suis plus étonné de grand-chose, professeur, vous avez toujours excellé.
Hé, hé, hé… Oui, merci. Mais je n’ai apporté qu’une partie du travail. Mes recherches sur l’esprit Mental m’avaient permis d'approfondir le transfert de personnalité. J’ai pu le rendre rapidement utilisable, à défaut d’être parfait. Mais les chimères…
Le savant posa sa main contre la vitre glacée. Il pouvait sentir les bulles ricocher contre la surface interne, rebondissant entre les doigts, glissant sur le sternum de l’être suspendu à l’intérieur de la cuve. QuartMac soupira et retira sa main avant qu’elle ne se pétrifie sous le froid. Ralato allait-il le laisser vivre ? C’était possible en fin de compte.
C’est Alpha lui-même qui m’a donné la clé qui contenait les plans et les explications, il dut même me fournir le lecteur, tellement ce système était spécial. Tout ce qu’il a accepté de me dire, c’était que cela venait de très loin, bien plus loin que la Passe de Magellone et que, si j’arrivais à l’exploiter, je pourrais sans doute vivre encore longtemps… Évidemment, il s’agissait de vie avec des corps successifs, mais vous et Poféus alliez partir, je n’avais guère le choix. J’ai travaillé seul, en secret. J’ai replongé dans les études pour compléter mes connaissances sur de nombreux sujets dont je n’étais pas un spécialiste. Aucun de mes collaborateurs ne fût mis dans la confidence, ni Poféus, comme tu t’en doutes. Pas question d’offrir à ces lâcheurs le moindre cadeau.
J’ai transmis à Alpha l’enregistrement de ma psyché quelques jours avant qu’on ne m’emmène mourir à l’hôpital, ainsi que tout le nécessaire pour concevoir la première chimère Mutualiste. Il supervisa lui-même mon « retour », me permettant de prendre le relais dès que je le pus, comme scientifique en chef. La suite ne fut qu’une succession d’amélioration pour retrouver toute ma mémoire, perfectionner les organismes, rendre les transferts plus efficaces. J’ai même pu convaincre certains de mes anciens assistants de m’accompagner…
Voilà, en gros, tu sais tout. J’avoue avoir été surpris quand il m’a demandé d’arrêter mes recherches pour m’occuper de ton interrogatoire. Ils venaient de te capturer, et, ceci dit entre nous, Alpha mettait de grands espoirs en toi.
Ralato ne répondit pas. La torture qu’il avait vécu sous les Amalaches, dans la cuve insensibilisante, ne s’était pas cicatrisée. Pire, elle avait ouvert des failles dans ses certitudes : son frère était-il bien son frère ? Quels secrets se cachaient dans l’histoire familiale des Ouli ? Les mystères de Poféus n’avaient rien arrangé à son trouble. Stuffy réagit immédiatement :
On en a déjà parlé et je t’ai expliqué tout, de fond en comble, c’était un montage. QuartMac nous a aidés à mettre tout au point pour que tu sois ébranlé.
Et vous y avez parfaitement réussi.
Je vois çà. Après tout ce temps, tu continues à ruminer.
Son ancien collègue, l'un de ses rares amis, avait collaboré avec les Mutualistes pour le capturer et l’interroger. L’intervention de son frère (?) Fabio, malgré des distances considérables les séparant, avait anéanti tous les espoirs de l’organisation et pulvérisé la base des Amalaches. Pour survivre, Stuffy n’avait pas eu d’autre choix, en profitant de conditions particulières, que de se projeter à l’intérieur de l’esprit de son prisonnier, assistant à la mort de son corps physique. Ils vivaient dorénavant ensemble et cela durait depuis tant de mois, presque une éternité. Ils avaient affronté les Triades Souriantes, Hòu Niǎo le géant, Myan le Mental renégat et monsieur Heir, sur la Nébuleuse de Talbot. Puis ce fut la troublante découverte des traces d’un passé enfoui sous des siècles d’occultation, suivi enfin de la découverte de l’armada secrète que Poféus construisait, détournant les ressources de tout MaterOne pour son projet fou.
Tout cela à cause, ou grâce, aux Mutualistes.
« Ralato ? Tu penses à la même chose que moi ? »
Pris d’une inspiration, le lieutenant se tourna vers son professeur.
Je suis prêt à vous laisser vous transférer dans votre nouveau corps, sous deux conditions. D’une part, je veux y assister et que toutes vos connaissances reviennent aux forces Mentales. Vous pourrez même poursuivre vos travaux après, je m’y engage.
Ralato ? Te voilà bien généreux. J’accepte. Et quelle est la deuxième demande ?
Est-ce que les Mutualistes utilisent également cette technologie ?
QuartMac eut un petit sourire, suivi d’une quinte de toux. Puis, s’appuyant sur le bras de Ralato, il reprit son souffle et s’économisa avec une réponse évasive :
« Je l’ignore. Mais je doute qu’ils aient pu recruter autant de professionnels du secret sans aucune fuite. Sauf à obtenir leur silence, d’une manière ou d’une autre. »
Les implications de ce concept même firent frémir Ralato, et Stuffy ne put le rassurer :
À bien y réfléchir, je me souviens avoir vu souvent des têtes semblables chez eux. Si on est dans le vrai alors…
… Le mouvement Mutualiste ne serait composé que de dupliqués qui se répliqueraient au fur et à mesure de leur élimination…
… Conservant leurs expériences passées, les croisant et les magnifiant à chaque nouvelle vie.
Bref, une armée d’immortels en puissance. Voilà quel serait notre ennemi et cela expliquerait bien des choses…


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RedU T1 Ch20 Ep02

episode266.mp3

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À très bientôt donc :-)


Le professeur QuartMac s’adossa contre un tronc pour reprendre son souffle. La voiture prévue était bien là, Manúel y avait veillé, comme toujours. La côte qu’il venait de gravir à pied, dans ce bout de jungle tropicalienne, l’avait vidé de ses forces, mais c’était nécessaire pour interrompre toutes les filatures, humaines ou électroniques. On l’avait peut-être vu pénétrer dans cette vallée avec un autre véhicule, il repartirait donc dans cette vieille camionnette, en sens inverse, par le sommet d’un versant.
Les jambes de QuartMac refusèrent de le porter jusqu’à la voiture, il se retrouva soudain paralysé. C’était malheureusement prévisible. Il prit appui sur l’arbre derrière lui, une espèce de palmier large plutôt bas de branches, frappant plusieurs fois le membre récalcitrant contre l’écorce rugueuse. La douleur entraina la production d’adrénaline et réveilla certains muscles moteurs. Le savant se remit debout et réussit à se mouvoir suffisamment pour marcher jusqu’à la voiture. Il tourna la clé de contact et elle démarra correctement, seule la boite de vitesse grinçait bizarrement lorsqu’on passait les rapports. En descendant le sentier de caillasses, QuartMac pria intérieurement pour que son corps tienne, le temps d’arriver à destination.
Trois heures plus tard, la camionnette passa devant une vieille pancarte qui indiquait la bourgade de Palaos Verde. C’était un gros village, typique de cette région, suffisamment évolué pour qu'on ne soit plus surpris par la présence de voitures, mais encore très traditionnel, avec ses péons au large chapeau de paille, profitant d’une sieste en ce milieu d’après-midi. QuartMac s’engageaentre deux maisons de tôles et de bois et se gara à l’abri d’une grange, loin des regards. Il traversa la cour où s’égaillaient quelques poules, poursuivies par une ribambelle de poussins, et pénétra dans l’arrière d’une épicerie. Manúel l’attendait au comptoir, toujours impassible, arrangeant quelque produit sous la caisse. Il lui offrit un petit signe amical, le vieux serviteur de son défunt frère était d’une fidélité à toute épreuve et il avait pu s’appuyer sur lui pour concevoir son laboratoire secret.
Quelque chose semblait pourtant troubler le gros homme : son regard fuyait, de la sueur perlait sur son front. QuartMac jeta un œil dans la boutique : une vieille hésitait devant un pot de marmelade et un jeune lisait des bandes dessinées, dans un coin. Rien d’autre, tout était commun et habituel. Le professeur mit sur le compte de la chaleur et d’une quelconque affaire privée, l’attitude de son homme de confiance : cinq enfants et une femme tropicalienne. Cela pouvait porter sur les nerfs parfois.
Sans insister, il retourna dans l’arrière-boutique, déplaça une caisse et… son bassin se figa à son tour. Pestant contre sa malchance, il héla Manúel. Le gros homme mit un peu plus de temps que d’habitude à le rejoindre. QuartMac lui expliqua le problème, après quelques formules de politesse, et le bonhomme lui débloqua les reins d’une clé précise, tel un professionnel rodé à l’anatomie. Il frappa ensuite l’angle du mur derrière la caisse et une trappe, dissimulée dans le sol, s'ouvrit soudainement. D’un coup de tête, il salua le professeur et, sans un mot, repartit au comptoir s’occuper de ses clients. Le savant regarda la trappe ouverte sur les barreaux d’une échelle qui disparaissait dans l’obscurité. Ce n’était plus de l’appréhension dorénavant, ses sens lui hurlaient qu’un danger le menaçait. Manúel n’avait pas pu s’empêcher de trembler en le manipulant. Lui, le dernier fidèle, était en train de le trahir. À bien y réfléchir, le jeune dans la boutique ne semblait pas tant absorbé que cela par son album et la vieille mettait trop de temps avec un seul pot en main.
Devant lui, l’obscurité l’appelait, tel le peloton d’exécution pour le condamné. Qui se trouvait derrière ce piège ? Comment avait-il su ? De toute façon, sans le contenu de son laboratoire, il n’avait plus que quelques jours d’espérance de vie devant lui. Quelle que soit la personne qui attendait en bas, il devait y aller. Le professeur prit une inspiration et s’enfonça dans l’ouverture.
Au pied de l’échelle, il cherchait à tâtons l’interrupteur lorsqu’il remarqua de la lumière dans son bureau, au bout de la pièce. Ainsi, on le prévenait d'un piège, on était suffisamment sûr de soi pour ne pas se cacher. Bien, inutile d’allumer, il voyait assez pour ne pas heurter quoi que ce soit et il n’avait pas envie de croiser le regard des tueurs sans doute dissimulés dans les recoins…
QuartMac longea quatre grands tubes de Plexiglas transparent, laissant sa main courir sur leur largeur, résultat de tant d’années de recherches acharnées. L’humidité des parois collait à ses doigts, conséquence de la condensation due à la différence de température entre l’extérieur et le liquide à l’intérieur. Elle entraina immédiatement un refroidissement de ses phalanges et celles-ci se figèrent. Il ne put même pas les replier une fois arrivé devant la porte de son bureau. Seule la lumière de sa petite lampe perçait la vitre opaque. Mutualiste ? Alpha aurait-il décidé que son savant en chef ne servait plus à rien ? Forces de sécurité ? Ce serait pire encore, quoique… Le contramiral Poféus pouvait avoir besoin de lui et de ses découvertes. Il poussa la porte.
Son fauteuil était tourné face au mur, dissimulant celui qui y était installé et dont on ne voyait qu’une chevelure coupée court. Mise en scène non mutualiste, ces gens-là ne discutaient jamais. Donc qui d’autre ? Ce léger parfum flottant dans l’air… des bonbons ? Caramel-melorange. Ce n’était plus trop à la mode de nos jours mais ça l’était, il y a plusieurs années. L’individu ne bougeait pas, semblant attendre.
De toute façon, QuartMac avait déjà deviné, inutile de jouer plus longtemps.
« Alors Ralato, comment vas-tu depuis tout ce temps ? »
Le fauteuil se retourna, laissant apparaitre le lieutenant Ralato Ouli, un sourire en coin. On croirait un enfant espiègle qui montrait avec fierté à son père sa dernière bonne note à l’école.
Mais très bien ! Professeur. C’est toujours un plaisir de vous revoir, quelles que soient les circonstances.
Je suppose que Manúel est le seul habitant de ce village qui ne soit plus un agent mental. Laisse-le partir, quoi qu’il ait fait pour moi, ce fut par fidélité. Je collaborerai, mais laisse-le… s’il te plait…
Ne vous inquiétez pas. Ce benêt n’a pas vraiment su rester de marbre, malgré ses efforts pour protéger sa famille. Mais les agents mentaux reconnaissent l’honnêteté, vous le savez très bien »
QuartMac souffla intérieurement pour le gros bonhomme, pourtant il se surprit à penser que le Ralato dont il se souvenait n’aurait pas laissé partir ainsi un témoin gênant. Son fils spirituel avait-il changé ?
Parfait, alors quel est le programme ?
Une discussion, tout d’abord. Votre ami nous a préparé du café comme vous l’aimez, on nous l’apporte en ce moment. Asseyez-vous donc.
Je resterai debout. Si je m’assois, je ne suis pas certain de pouvoir me relever. Je t’expliquerai.
Je pense avoir déjà trouvé la plupart des réponses dans ce laboratoire secret, professeur,
lui répondit-il en se levant.
Tout est Mutualiste ici, n’est-ce pas ? Leur symbole est partout.
Ralato entraina le vieil homme hors du local, vers le couloir et les quatre tubes. Son ami l’agent Stuffy, qui partageait son esprit depuis des mois, en profita :
Tu as vu son visage fatigué ? Et ses cheveux, il n’en reste pas la moitié !
Oui. Nos soupçons étaient fondés. Il se meurt.
Ralato permuta un commutateur derrière la porte et une lumière crue inonda la pièce, révélant plusieurs hommes en armes et le jeune à la bande dessinée qui descendait l’échelle, portant un plateau avec deux tasses fumantes. L’odeur âcre du café le précéda bien avant qu’il ne les eût rejoints devant les parois cylindriques.
Le jeune eut un sursaut : visiblement, il n’avait pas été prévenu de la présence d’humains flottant dans le liquide de chaque tube. Et tous ressemblaient, à s’y méprendre, au professeur QuartMac.


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RedU T1 Ch20 Ep01

episode265.mp3

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J-4

Salle secrète des dépositions du Triangle.
MaterOne Centrum.

« … et nous n’avons aucune idée de ce que le contramiral Poféus fait de ces millions de tonnes de matières premières : lithium, titane, osmium, aciers et céramiques en tout genre. Je tiens la liste à votre disposition et elle est longue. Mon instinct… mon intuition me dit que tous ces fonds secrets du ministère de la Sécurité qui disparaissent, tous ces agents mutés on ne sait où, tout cela indique qu’il prépare une action en force, et de grande envergure.
Nous devons lancer immédiatement le plan que je vous ai présenté, avant de ne plus avoir la possibilité de le contrer. »

Le grand rectangle délimitant la pièce était bas de plafonds, sans aucune fioriture. La culture des Souriants glorifiait la simplicité poussée à l'extrême, ne conservant que l’utile ou le symbolique. Pour preuve, ces éclairages focalisés sur « l’auditionné » lui-même, monsieur Heir, et cette barre de lumière indirecte à la base du mur du fond, ne dessinant que les silhouettes des trois pères des Triades « le Triangle ». Ils se tenaient une dizaine de mètres devant lui, assis sur leurs talons, les nattes posées à même le sol. Unique décoration, mais oh combien importante dans l’esprit de cette culture, les quatre statues piliers derrière le Triangle dont les volumes étaient mis en valeur par la même lumière indirecte : une tortue-serpent, un tigre-loup, un chauve-phénix et un dragon. Les quatre pouvoirs ancestraux, représentant les éléments combinés, les points cardinaux et les couleurs principales de l’art.
Heir attendait la réponse. Face aux trois chefs de l’organisation mafieuse la plus riche et la plus puissance de l’Humanité, il n’était pas d’usage de prendre la parole sans y être invité. Aussi loin qu’il se souvienne, il s’était toujours soumis à leur décision, sa mère étant Souriante mais pas son père. Il leur devait beaucoup, mais ils lui avaient beaucoup pris également, et le membre du Conseil de la Révolution qu’il était ne croyait plus, depuis longtemps, à l’équilibre de cette relation.
Les silhouettes se penchaient alternativement, échangeant à voix basse des propos inaudibles pour l’auditionné, seuls les grands chapeaux pointus aux décorations tombantes indiquaient les mouvements de ses interlocuteurs. Bien que ce terme fût mal choisi, car impliquant une discussion, ce qui était rarement le cas avec les pères des Triades.
La silhouette de droite prit enfin la parole :
Wángzǐ, cette accélération du processus que nous avions défini nous semble particulièrement audacieuse. Les évènements pourraient échapper à notre contrôle, alors que tout se déroule conformément au plan initial. N’y a-t-il pas une autre raison derrière ce soudain désir de bousculer les choses ?
Il y a aussi cet agent, ce Ralato, répondit Heir. Il a terrassé mes deux élèves. Il a un frère dont nous connaissons la puissance et qui a été expulsé avec l’Exode. Et il n’est pas le seul, un ancien agent, un Mental, retourné par la princesse Azala, Stuffy, fait partie intégrante de son esprit. Il peut amplifier les actions de Ralato ou agir de son propre chef. Cet homme, ce duo, est un des rouages essentiel du système Poféus, le retourner nous permettrait d’affaiblir efficacement notre principal ennemi.
Nous savons déjà tout cela, intervint la silhouette de gauche, et nous avons décidé d’attendre. En quoi donc les évènements seraient-ils soudain si dramatiques pour nécessiter de recourir à votre cabale.
Heir serra les dents. Évoquer son plan comme une « cabale » revenait à clairement le ranger dans la folie solitaire d’un homme. Comment convaincre ceux qui, visiblement, étaient déjà convaincus du contraire ? Il devait bien choisir ses mots et tenter une dernière carte.
« J’ai… vous m’avez permis de devenir ce que je suis maintenant. Et, grâce à ces facultés sans commune mesure que vous m’avez attribuées, j’ai accès à un niveau d’analyse inconscient qui dirige ces fameuses intuitions. Vous l’avez voulu ainsi. Ce Triangle m’a donné des ailes pour voler, des griffes pour m’agripper et des dents pour mordre. Vous me nommez Wángzǐ, c’est le titre qui m’est du, mais nous savons que ma fonction réelle est dédiée à la guerre postrévolutionnaire, je suis votre Lóng, je suis votre… dragon. »
Nouveau conciliabule entre les trois pères, on voyait les décorations remuer vivement sur celui du milieu, il avait un avis qu’il tentait d'imposer : était-il positif, négatif ? Aucune idée, il était impossible d’utiliser une sonde mentale, même passive, en ce lieu. Les pères étaient rodés aux techniques psychiques, capables de reconnaitre les sensations d’une intrusion, sans parler des Mentaux derrière les murs et des détecteurs d’activité mentale disséminés un peu partout. On était bien dans le saint des saints des Souriants, pas question de jouer de ses pouvoirs ici, il devait ruser.
Le père au centre, le doyen du Triangle, se releva, puis les deux autres, signifiant la fin de l’audition.
Wángzǐ, votre tirade fut comme toujours suffisamment éloquente pour attirer notre attention sur les points que vous avez soulevés. En conséquence, nous allons décréter une enquête de sept jours qui sera menée par nos informateurs et nos archivistes. Durant cette période…
Sept jours ? Mais c’est beaucoup trop long ! Les preuves que je…
… DURANT CETTE PÉRIODE, il vous est demandé de n’agir en aucune manière et de ne tenter aucune action qui ne soit préalablement approuvée par ce conseil. Et j’ajoute que nous savons parfaitement combien le sentiment de pouvoir peut parfois faire oublier à son détenteur quelles sont les racines de sa foi ou la source de ses forces. La langue habile du politicien ne saurait dissimuler cela à nos yeux, puissiez-vous vous garder de cette erreur, elle a souvent été… fatale.
Biànlùn bèi guānbì !
Et comme un seul homme, ils s’éloignèrent tous trois dans l’ombre d’une issue en trompe-l’œil derrière un rideau.
« Biànlùn bèi guānbì, le débat est clôt. »
prononça Heir, le regard plus mauvais que jamais alors que la grande porte de la salle s’ouvrait derrière lui, inondant la pièce de lumière.
La statue du dragon semblait le narguer.


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RedU T1 Ch19 Ep16

episode264.mp3

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À très bientôt donc :-)


Le choc de la paroi contre son dos lui parut presque une délivrance. Misha venait de le poser à moitié sur une poutre, à moitié contre le mur. Ses souffrances ne cessaient de le harceler, mais elle diminuait d’intensité. Il entendit plus qu’il ne vit, son frère s’affaler à ses côtés, lui aussi en proie à un douloureux épuisement.
Ils étaient donc maintenant tous les deux, le dos contre l’entrée de la salle de commandement, face au long corridor bordé de hublots, que traversaient parfois, de plus en plus en fait, d’intenses éclairs bleus au son strident.
La fin approchant, le vieux transporteur ressentait ses premiers spasmes.
Les intentions du sénéchal étaient maintenant claires, même si J.F.Hill ne les comprenait pas au premier abord. Un mouvement sur sa main droite le surprit et il découvrit son voisin, s’efforçant, malgré ses deux membres abimés, de lui glisser dans la paume une petite fiole. John s’en saisit, étudiant l’objet incongru.
« Quand tu as mis la raclée à mes pirates, l’un d’entre eux a perdu ça dans un coin. C’est surement un alcool quelconque, mais je n’arriverais pas à l’ouvrir. À toi l’honneur, tu me le passeras ensuite. »
Le colonel resta dubitatif, puis ouvrit la fiole et porta le goulot à sa bouche. La force du breuvage rendit dignement grâce à l’alcool frelaté des pirates, au point qu’il dût forcer sur la déglutition pour faire passer le liquide. La chaleur irradia de son ventre dans tout son corps, apportant un semblant d’anesthésie à la douleur de ses hanches qui devint moins aigüe.
Il tendit la fiole à son frère. Celui-ci tenta de la tenir de la main gauche, mais son pouce refusait de se fermer, quand à son bras droit il ne bougeait plus du tout. Misha regarda la petite bouteille, visiblement gêné par la situation. Ce fut Igor qui fit alors l’effort de se pencher, malgré les élancements de son bassin meurtri, et porta lui-même le goulot aux lèvres de son frère. Celui-ci ferma les yeux, reconnaissant, et en but une longue rasade avant de se laisser aller contre la paroi. Dans un grognement, le colonel se redressa, avalant derechef une nouvelle lampée.
Un nouvel éclair illumina le couloir, suivi d’un second à l’extérieur du vaisseau. Dans un soupire, Micha rompit le silence entre les deux frères : « Tu m’imagines seul, au milieu de tout ton Exode ? S’ils ne m’écharpent pas , ils me feront croupir dans une geôle ou simuleront un procès pour me pendre plus proprement. Mes troupes n’en sont plus, mes alliés n’en sont plus, et tu ne m’a pas raté coté blessures…
Nan… c’est la fin du chemin, alors je la passerais avec toi, Igor. »
John ne su que répondre alors, d’un geste, il proposa une nouvelle gorgée que l’autre accepta avec un hochement de tête.
Dehors les éclairs devenaient nombreux, tandis qu’une mauvaise odeur de brulé remontait des canalisations. Quelque chose, comme une montagne de pneu, qui se consumerait …
Les deux frères restèrent silencieux encore quelques minutes, puis ce fut au tour de J.F.Hill de prendre la parole.
Pourquoi lui as-tu fait cela, Misha ?
Parce qu’elle t’aimait.
La réponse était venue seule, sans fioritures, sans étalage, direct. Igor sursauta sous la surprise, se tournant vers le géant roux, sans comprendre.
« Lorsque je suis venu à elle, ce soir-là, j’étais soul, d’accord, mais pas au point de perdre la tête. Tu avais essayé, le matin, de m’expliquer qu’Esfir n’était pas faite pour moi, qu’on était frères et sœur, tous. Tu te souviens ? Alors je voulais en avoir le cœur net, et il m’avait bien fallu boire plusieurs litres avant de trouver le courage d’aller lui parler, crois-moi.
Je lui ai avoué mon… mon amour pour elle. Alors elle m’a caressé la joue, c’était doux, je ne l’oublierais jamais. Elle m’a dit simplement, comme si c’était tout naturel : il n’y a qu’un homme qui saura m’offrir ce que je n’ai pas, le seul capable de me compléter. Navré Misha, ce n’est pas toi.

Alors je lui demandais qui était ce pirate plus fort ou plus courageux que moi.

Mais c’est Igor, Misha, tu ne l’avais pas compris ? Il sera le futur chef de tous les pirates et le seul avec qui je pourrais un jour mettre au monde un enfant.
Toi que je considérais comme... comme un faible, comme celui qui ne pourrait jamais arriver à quelque chose, tu venais de me donner sans même le savoir, la plus grande gifle de ma vie. Après, l’alcool aidant, mon… mon caractère prit le dessus, comme si je pouvais tout changer par la force de ma bite. Tu connais le reste… voilà. »
Un puissant éclair traversa la cloison à quelques mètres d’eux, magnétisant les objets métalliques et les cheveux des deux combattants. Igor ignora l’incident, se collant à nouveau contre la paroi. Presque naturellement, il avala une nouvelle gorgée de l’alcool brulant dont les effets commençaient, maintenant, à se sentir au niveau de son esprit. Ce qui, de son point de vue, se révéla salvateur.
Esfir… Misha… ils étaient frères et sœur, demi-frères et demi-sœur, certes, mais quand même. Ils étaient ensemble, unis, un pôle où tous se retrouvaient. Une famille !
Une famille…
Quelque chose de nouveau commença à se produire, la gravité diminuait, certains petits objets se mirent à s’élever de quelques centimètres tandis que des sortes de vagues traversaient le vaisseau, comme des ondes déformant la réalité même. Le compresseur n’en avait plus pour longtemps.
Une série d’éclairs déchira l’obscurité extérieure, alors que des grincements de la structure du transporteur se répercutaient en tous lieux du vaisseau.
Malgré l’apocalypse approchant, les deux hommes restaient silencieux, perdus dans leurs pensées. Jusqu’à ce que Misha réagisse, juste après le déchirement d’un éclair plus puissant que les autres. Sa voix avait changé, ce n’était plus la brute sauvage, mais le frère aimant. Non, il y avait autre chose, presque… des accents enfantins.
« Avant qu’on y passe, j’ai toujours voulu savoir un truc. Et toi, avec tout ce que tu as vécu, tu sais ! »
Igor croisa son regard, interrogatif.
« Comment c’est de vivre dans une forêt, à l’air libre ? Quel effet ça fait de sentir autre chose sous ses pieds que du métal, de respirer sans réfléchir ni avoir de combinaison toujours à portée de main ? De voir… de voir des oiseaux se balader librement au-dessus de soi et… de recevoir la pluie sur son visage ? »
Un sourire apparu alors sur les lèvres du colonel J.F.Hill, l’homme connu pour ses années passées dans la jungle avec ses guérilléros, à multiplier les coups de main contre les troupes royales.
Enfin, le grondement tant attendu monta des profondeurs du Transporteur, faisant trembler les poutres, les parois, les hublots, alors que les éclairs devenaient fous et que les deux guerriers commençaient à se sentir portés dans les airs par la modification de gravité.
Quelque chose arrivait, une vague, qui allait tout emporter.
John inspira et agrippa son frère, se serrant contre lui pour que le son, de plus en plus assourdissant, n’étouffe sa réponse.
« C’EST SENTIR LA VRAIE LIBERTÉ. LE JOUR OÙ J’AI POSÉ LES PIEDS SUR MATERONE, J’AI COMPRIS QUE TU AVAIS RAISON, MISHA ! JE ME SUIS SENTI ENFIN LIBRE ! »
L’autre le regarda, d’abord surpris, puis sourit à son tour et l’enlaça en l’embrassant sur le front.

Misha et Igor, Petrovach et J.F.Hill…
Deux frères qui se retrouvaient enfin…

Le transporteur 6 s’effondra sur lui-même à la suite de la fusion avancée de son compresseur dimensionnel, emportant avec lui tous ceux qui n’avaient pas pu le fuir. Parmi les victimes, on comptait les pirates et leur chef, le redouté Sénéchal Petrovach et une majorité des troupes défensives, mortes au combat, dont le Colonel John Fidgerald Hill, héros de la révolution Castiks.

Les exodés survivants des batailles furent tous récupérés et répartis à bord des autres transporteurs. On prodigua les soins et partagea les ressources, jusqu’à l’arrivée du second convoi, celui du politicien Junta et de sa sœur, la Lieutenante-colonelle Onawane. Il fallut attendre une semaine de plus pour l’arrivée du troisième convoi, celui que l’on avait imaginé naïvement être la cible principale des pirates. Le malheur s’abattit une nouvelle fois sur les exodés, lorsqu’ils ne découvrirent qu’un seul transporteur avec le Général Décembre à sa tête. Le second appareil, celui du Colonel Arlington avec toute sa population, dont les fameux Phil Goud et Adénor Kerichi, avait été absorbé par on ne savait quel vortex, au beau milieu de la Passe de Magellone.

Au total, deux transporteurs étaient perdus et un demi-million d’âmes avait péri d’une manière ou d’une autre. Les dégâts occasionnés aux convois, comme la disparition d’importantes ressources en nourriture, eau et matériel, rendaient encore plus incertaine l’arrivée heureuse à destination.
Les rationnements, la montée de puissants mouvements religieux, les rapports de force au Conseil des commandants et l’imprévu de ce côté-ci de l’univers, totalement inconnu de tous, n’allaient certainement pas simplifier le chemin encore à parcourir.

L’Exode allait-il renier son âme pour autant ? « (…) des hommes et des femmes qui ont abandonné un régime de terreur pour créer un monde où la liberté et la justice seraient les formes primaires d’une nouvelle société. (…) »

« (…) Jamais vous ne briserez la volonté de résister de ceux qui ont déjà connu mille tourments (…) »

« (…) ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. »

« (…) c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé (…) »

Colonel John Fidgerald Hill

FIN DU CHAPITRE XIX


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Petrovach coupa son transmetteur. Il était désormais inutile de communiquer avec qui que ce soit. L’extérieur les avait abandonnés, et si ses hommes trouvaient une échappatoire, ils sauveraient d’abord leur peau. En plaquant son dos à la paroi, il sentit la douleur se rappeler vivement à son bon souvenir : sa plaie à l’épaule était dangereusement enflée, l’intérieur cicatrisait difficilement et les pulsations ne diminuaient pas. Son ménisque criait à chaque mouvement, même s’il l’ignorait, quant à sa main gauche, le tendon apparaissait au fond de la coupure qui avait sectionné le muscle du pouce. Il mettrait du temps à pouvoir réutiliser cette main convenablement… en fait, tout son corps allait demander une longue période de rémission.
Lentement, il s’autorisa quelques secondes d’abandon et se laissa glisser le long de la paroi. Son ménisque hurla encore lorsque son fessier toucha le sol, mais ce fut tout. Misha Petrovach releva sa tête pour la caler contre l’acier du mur derrière lui, le petit bruit du choc résonna quelques instants, vite absorbé par les grincements inquiétants qui montaient dans les coursives.
Son frère était allongé à quelques mètres de lui, le dos au sol, l’os de la hanche suffisamment endommagé pour le paralyser durablement. Il ne bougeait pas non plus, le visage fermé, observant quelque ondulation du plafond.
C’est… c’est un sacré engin que tu avais là. Cette série de transporteurs était construite en dur… À ton avis, on a combien de temps ?
Je dirais une vingtaine de minutes. Peut-être moins. Et pour ton information, nos compresseurs dimensionnels sont d’anciens modèles. Une fois en court-circuit, on ne peut plus les arrêter.
Hé, hé… Penses-tu ? Moi, j’ai pu mettre hors circuit un compresseur à deux doigts d’une fusion !
Ha bon ? Et comment donc ?
demanda le colonel, d’une voix soudain moins agressive.
En fait je ne sais pas trop. J’ai balancé trois techniciens dedans en leur disant qu’ils mourraient avec elle s’ils ne stoppaient pas le processus. J’ai été bon joueur, le survivant a été relâché sur une colonie proche.

Tu es un monstre, Misha.
Toujours les grands mots. Et toi, combien de types as-tu tués ? Étaient-ils tous de bons méchants, croqueurs de bébé joufflus ? J’en doute, mon frère, j’en doute… Les soldats aussi font des choses sales.
J.F.Hill ne répondit pas, le spectacle d’une plaine qui s’effondrait sur elle-même et d’une ville disparaissant sous un cataclysme sans précédent, glissa fugitivement devant ses yeux. Oui, le nombre de morts qu’il avait sur la conscience n’était peut-être pas si éloigné de celui de son frère, en fin de compte.
Par ailleurs, Misha n’était pas blessé comme lui :
Va-t’en. Il y a largement assez de capsules de secours pour tout le monde, n’hésite pas.
Pourquoi ? Ma présence te dérange tant que ça ?
Tout va exploser, toi tu peux encore t’enfuir, alors fais-le.
Alors qu’il prononçait ces mots, une sorte de décharge de foudre traversa le couloir à bonne distance. Misha resta pensif quelques secondes puis, sous la grimace, se redressa par palier, visiblement souffrant. Il reprit lentement son souffle, laissant ses blessures s’adapter à la station debout, puis boita jusqu’à un autre bout de la pièce.
Il se déplaçait hors du champ de vision d’Igor. Celui-ci l’entendit juste fouiller quelque chose, dans les débris jonchant un des coins, près de l’entrée encombrée de la salle de commandement.
Il entendait le grondement sourd, profond, du compresseur en court-circuit qui entrait en surchauffe. Un souffle au cœur, pensa-t-il, mon vieux transporteur, tu vas bientôt avoir un infarctus. Pardonne-moi, et merci pour tout ce que tu as fait.
Il savait pourtant bien que la réalité serait plus spectaculaire. Un compresseur de cette génération en fusion avait toutes les chances de développer, en son point le plus chaud, une microsingularité, une sorte de trou noir qui allait absorber le vaisseau sur lui-même. Ces millions de tonnes de métal, de plastique et de lithium seraient réduits à quelques millimètres sous une attraction folle. À de tels niveaux de pression, les lois traditionnelles de la physique n’avaient plus cours, et l’instabilité quantique de cet objet le ferait glisser au travers des dimensions pour l’éternité.
Mourir dans un trou noir, une fin à la hauteur du personnage, sourit-il intérieurement.
Le lourd pas trainant de son frère se rapprocha alors et une main solide lui agrippa le col. La tête de Misha apparut à l’envers, au-dessus de lui.
« Main droite pour tenir, bras gauche pour tirer, ça va faire un peu mal. »
Et alors que le plafond défilait sous ses yeux, J.F.Hill ne réussit pas à retenir les premiers hurlements qui remontèrent de ses hanches pour jaillir au plus profond de sa gorge.


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RedU T1 Ch19 Ep14

episode262.mp3

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À très bientôt donc :-)


La moitié ! Seule la moitié de ses hommes avait pu traverser le barrage formé par les pilotes de l’Exode. Maudit croiseur, maudit Petrovach ! Une majorité du convoi pirate n’était composée que de vaisseaux civils de transports, armés sommairement sans grande maniabilité. Les six chasseurs avaient provoqué des carnages, mais la force de frappe de ce croiseur s’était révélée bien pire encore… Peut-être devait-on reconnaitre à cet idiot de Sénéchal, qui avait abandonné à leurs ennemis une arme si redoutable, d’avoir mis hors jeux les appareils du troisième transporteur dont il avait fait exploser le spatioport.
Ceux, comme Choupa, ayant pu se faufiler au travers des mailles du filet s’étaient posés à l’intérieur de la barge, toujours fermement ancrée au vaisseau de Benkana.
Benkana…
« Karl, tu seras vengé… »
murmura la jeune femme en progressant dans les coursives étrangement vides. Elle avait rameuté ceux qu’elle croisait, s’était échinée à relancer la flamme épuisée dans les yeux hagards des groupes de pirates qui pansaient leurs plaies. À voir leur état ou celui des corridors, et à enjamber les morts de toutes origines, Choupa saisissait mieux les rapports qu’elle avait reçus. Non, les Exodés n’étaient pas des proies ordinaires, et le prix à payer pour les soumettre sera (était déjà) exorbitant. Mais elle et les siens étaient désormais acculés, ils ne pouvaient plus faire machine arrière, ce Transporteur devait tomber entre leurs mains, coute que coute.
À part les morts et quelques assaillants de la première vague, aucun signe des exodés. Où étaient-ils donc ?
S’abritant contre une conduite, elle laissa son regard parcourir les troupes qui la suivaient. Ils étaient suffisamment, malgré tout : plus nombreux encore que le groupe originel ayant pris d’assaut ce vaisseau de l’Exode, et il grossissait doucement, au gré des rencontres avec les pirates égarés ou restés en arrière.
Les éclaireurs lui firent signe et elle s’élança, suivie par le gros des troupes. Sur une consigne qu’elle martelait inlassablement, personne ne parlait, toute la progression devait se faire en silence. Pas question de se lancer tête baissée dans la mêlée, elle refusait de laisser la moindre chance à leurs adversaires.
Un éclaireur resté en arrière lui fit signe de la rejoindre. Le visage sombre, il désigna une pièce au sas entrouvert d’où émergeaient des bras et une jambe. Le spectacle la tétanisa.
Tous des pirates, tous exécutés d’une balle dans la nuque, tous entassés là, cadavres bien empilés pour maximiser l’espace du petit local. L’odeur du sang prenait à la gorge. Choupa ne put s’empêcher de demander :
« Les exodés sont-ils donc des fauves ? Qui a pu faire… ça ? »
L’autre lui montra un symbole sur les poignets et les chevilles pendants dans le couloir. Il y avait été gravé au couteau : une sorte de tête d’animal, un ours.
« Nordistes… »
Leurs ancêtres. Ce n’était pas un acte gratuit, c’était un message de la part d’Exodés aux mêmes racines. Choupa plissa les yeux, refluant une nouvelle vague de colère.
« Nous croyez-vous donc loups devenus moutons ? Vous allez regretter votre prétention…
Fermez la porte autant que possible, que les troupes derrière ne voient pas cela, vous y veillerez. Nous continuons… »
La jeune femme inspira une dernière fois cette odeur de mort concentrée, fixant cet instant dans sa chair autant que dans sa mémoire, et elle s’élança, l’épée et le révolver serrés comme jamais.

La Cité intérieure du Transporteur 7.
Il y avait deux grandes entrées, les deux étaient occupées par les pirates de Choupa. Ils avaient même rejoint un groupe de la première vague, qui leur avait rapporté des faits inquiétants : depuis une trentaine de minutes, les combats avaient cessé. Il semblerait que les troupes ennemies s’étaient retirées, mais on ne pouvait en être absolument certain : des tireurs embusqués pouvaient être disséminés un peu partout dans cet enchevêtrement inextricable de conteneurs.
Dubitative quelques instants, devant ce taudis labyrinthique qu’ils osaient appeler « cité intérieure », la chef pirate lança ses ordres. On allait avancer par colonnes multiples et sur plusieurs tracés différents, toujours en silence. Si piège il devait y avoir, on devait pouvoir se porter systématiquement assistance, pas question de se la jouer comme le Sénéchal. Sa guerre était barbare, celle de Choupa se voulait stratège.
Ils s’élancèrent.
Une dizaine de groupes, répartis sur presque toute la largeur de l’immense espace délimitant la cité, se glissèrent furtivement le long des formations de conteneurs, restant autant que possible dans l’ombre. Toujours personne, rien. D’un coup d’œil, elle avait pu constater que les habitations inférieures étaient laissées à l’abandon, vidées de leurs occupants. Certes, il restait encore des ponts supérieurs, mais vu la quantité de personnes ayant été déplacées d’ici, on pouvait difficilement les imaginer au-dessus, tous entassés les uns sur les autres, terrifiés à l’idée de l’avancée ennemie. Cela ne collait pas avec la détermination sans faille dont les proies avaient fait preuve jusqu’à présent.
Alors ?
Levant les yeux vers les lumières géantes qui éclairaient la ville, Choupa entraperçut une ombre qui se faufilait derrière un puissant projecteur. En observant de plus près, beaucoup d’ombres se déplaçaient là-haut, à l’abri des regards. Elle fit signe à sa colonne de stopper et de se mettre à couvert sous des porches ou des balcons, en résumé d’éviter de possibles tireurs embusqués dans la structure immense de la voute.
Soudain, des dizaines et des dizaines de petites explosions retentirent le long de la paroi du plafond : cette fois, ils attaquaient. Choupa se préparait à combattre, quand un flot de liquide rosâtre dévala la façade de son immeuble de conteneurs. La pression était énorme, la matière gluante, adhérente à toute la surface de son corps, à son révolver, à son épée. Elle n’eut pas le temps de réfléchir qu’une seconde vague de liquide lui tomba dessus, suivi d’une troisième. Des cris extérieurs lui parvenaient, parfois de très loin, on attaquait toutes les troupes pirates simultanément. Elle sentit alors ses mouvements devenir plus difficiles, nécessiter plus d’efforts… on leur versait une sorte de mousse à prise rapide ! Dans un réflexe, elle força une porte d’habitation et tomba sur un tapis au sol, presque paralysée dans cette entrée entourée de fleurs multicolores. Elle vit avec horreur une masse de gelée rose glisser sur elle à sa suite, mais stopper à quelques centimètres de son corps, figée par sa propre chimie.
Le silence s’était abattu à nouveau sur la cité intérieure, l’attaque pirate venait d’être neutralisée.
Un quart d’heure plus tard, la porte du fond de la pièce où elle se trouvait coulissa sur ses gongs. Une grande femme blonde habillée en tenue militaire, suivie d’un vieil homme grisonnant et de quelques civils armés, s’approcha d’elle. Choupa ne pouvait toujours pas bouger, la tête bloquée vers le haut. Seuls ses yeux pouvaient voyager.
Les bottes de la femme vinrent se poser à quelques centimètres du visage de Choupa. Sans même mettre un genou à terre, la blonde la toisa, un sourire carnassier se dessinant sur ses lèvres.
Choupa c’est cela ? Pas très impressionnant pour quelqu’un qui voulait me faire mordre la poussière.
Pernov, occupez-vous de ses sbires. En silence…
Bien Madame, cela ne devrait pas être très long. Carlo, Pietro, et vous deux… allez-y !
Les civils rangèrent leurs armes et sortirent des canifs et autres couteaux. Puis, calmement, ils commencèrent à égorger les pirates de la colonne de Choupa, paralysés dans la gelée rose. Les plus chanceux s’étaient déjà noyés depuis plusieurs minutes…
« Çà, chère petite catin, c’est une entrée en matière pour que tu comprennes à qui tu as affaire. Tu seras mise en prison de haute sécurité et nous aurons probablement… »
elle lui posa le talon de sa botte sur la joue, appuyant en tournant le pied…
« … beaucoup de choses à nous dire. »

Puis elle fit demi-tour et quitta la pièce. On l’entendit activer son émetteur tout en s’éloignant :
« Envoyez un message à Price pour le remercier. Son idée a parfaitement fonctionné. »
Benkana disparut du champ visuel de Choupa, alors que les râles ou d’infâmes gargouillis continuaient à lui parvenir. Elle ne voyait rien, juste savait-elle poser des images sur ces sons.

Contrairement aux yeux, on ne pouvait pas fermer ses oreilles.


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RedU T1 Ch19 Ep13

episode261.mp3

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À très bientôt donc :-)


L’épée se faisait toujours plus dangereuse, toujours plus précise. Plus son frère comprenait combien sa cause était perdue, plus son côté pirate reprenait le dessus, la fougue combattante inscrite dans ses gènes explosait en une vigueur que seul Misha Pétrovach était à même d’admirer.
« Vas-y Igor, oui c’est cela, ooooh ! Joli coup ! »
Il exultait, la force et la hargne de ce sang coulant dans ses propres veines brulaient sous ses yeux. Oui, il l’avait retrouvé, peut-être même venait-il de trouver enfin son frère ! Après toutes ces années passées, Igor était enfin devenu un homme, mieux que cela, il était devenu LE pirate que Misha attendait depuis si longtemps.
Un coup de talon le frappa au milieu du ménisque alors que le géant exécutait une feinte, et l’improbable se produisit : l’os se fendit. Un choix judicieux, un moment parfait, une connaissance de techniques de combats inédites pour Misha qui recula, grimaçant sous la douleur. Mais s’il pouvait ignorer les impulsions qui remontaient de sa jambe meurtrie, il ne pouvait obliger son corps à fonctionner correctement avec deux blessures graves. Elles handicapaient ses mouvements et Igor en profitait, lançant ses dernières forces dans la bataille.
La lame de l’épée entailla alors la main tenant la hache et, sous le choc, celle-ci tomba et rebondit sur le sol, désormais hors de portée. Petrovach garda son sang-froid et évita de justesse les deux jambes tendues qui tentaient de le renverser. Il n’avait plus qu’un membre encore intact, mais cela suffisait : d’un retournement qui surprit son adversaire, le géant roux se laissa tomber le coude en avant, sur les hanches du corps qui se repliait, bien trop près de lui.
Un craquement, suivi d’un rugissement de douleur à J.F.Hill qui arracha un sourire au pirate blessé.
« Un combat n’est jamais terminé sans la mort de l’adversaire. Tes manières de gentleman de MaterOne te l’on fait oublier, mon frère… »
prononça-t-il doucement.

Un moment de silence flotta alors sur la scène que seules quelques fuites de vapeur et des explosions lointaines parvenaient à percer.
Le temps suspend parfois son vol sur des instants sans nom. Tel celui de ces deux frères, dont la peau entrait enfin en contact après tant d’années, mais dont l’un prenait définitivement l’ascendant sur l’autre, mettant fin à un combat fratricide débuté il y avait bien longtemps maintenant.

En grommelant sous les multiples vagues douloureuses, Misha se releva, mais pas Igor. Celui-ci tentait de remuer ses jambes, mais le moindre mouvement le faisait hurler.
« N’essaye pas de bouger, tes hanches sont au mieux foulées, au pire brisées. Remarque, j’ai volontairement évité la colonne, je ne veux pas que tu subisses le destin de ton transporteur, juste que ça te fasse un peu mal. »
Voir ainsi son adversaire au sol, obligé de ramper dans la douleur pour avancer, avait quelque chose de pathétique. Même ici, très loin de la planète de ses exploits, le nom de J.F.Hill était murmuré, comme une icône, porteuse d’espoirs de changement. Quelle surprise, lorsqu’il avait découvert qu’il s’agissait en fait de son frère ! Il s’approcha doucement, boitant, les bras ballants.
Viens avec moi. Je pense que tu as compris que j’avais gagné. Arrêtons de nous entredéchirer, d’accord ?
Non.
Misha remonta sa main valide à son communicateur.
Préparez-vous à faire sauter un pont supplémentaire.
Sénéchal, nous avons des problèmes, on est obligé de reculer !
Pourquoi ?
Les exodés, ils sont complètement fous depuis qu’on a fait… Attention, la structure !
MAIS QU’EST-CE QUI SE PASSE ?

Seul le grésillement lui répondit puis, soudain, un tremblement parcourut la coque, encore un. À nouveau, l’assiette du transporteur fut perdue, à nouveau les alarmes rugirent. Les derniers circuits encore intacts se rompirent, projetant leurs étincelles qui rebondirent sur le sol, sous les fumeroles de vapeurs s’échappant de tuyaux plusieurs fois vidés de leur substance…
IGOR ! JE COUPERAIS TON VAISSEAU EN PETITS BOUTS, TU M’ENTENDS ?
Ce ne sont pas tes hommes qui viennent de détruire un pont cette fois, nous le savons tous deux, Misha.
Ici votre Sénéchal qui vous parle ! grogna Petrovach, le doigt sur l’interrupteur. Est-ce qu’il y a quelqu’un ?
Une voix différente sortit alors du communicateur.
« Chef, les exodés ont fait s’effondrer deux ponts sur nos troupes qui les minaient ! Nous n’arrivons pas à les repousser on croirait des.. HAAAAAAA ! »
Le colonel, étendu au sol, se retourna vers son frère, retenant ses cris de douleur au prix d’intenses efforts. Un sourire aux lèvres, malgré son état, il planta son regard dans le celui du géant roux :
« Je te l’ai dit, ce ne sont pas de simples marchands. Ce sont des hommes et des femmes qui ont tout perdu. Ils préfèreront briser eux-mêmes ce vaisseau de leur main, plutôt que de vous le laisser. Tu… mmhhmm… tu ne retiens pas les leçons Misha, quoiqu’on te dise. »
Puis, appuyant sur un interrupteur caché dans sa canne, J.F.Hill ajouta à l’intention de tous :
« Ici votre commandant. J’ordonne… j’ordonne l’évacuation du transporteur, je répète, évacuez le transporteur selon la procédure prévue. Et que l’on mette en court-circuit le compresseur dimensionnel ! Merci à tous… pour votre courage indomptable. Sauvez maintenant votre vie, mes amis, et que notre vaisseau devienne leur tombeau à to… »
D’un brusque coup du pied, Misha arracha la canne des mains de son frère, l’envoyant rebondir au loin dans le corridor.
Alors c’est ainsi que tu vois les choses ? C’est ÇÀ être un exodé ? Ne savoir que mourir dans la gloire, sans protéger les siens, sans un regard pour ses enfants ?
C’est préférer… c’est préférer regarder ses enfants grandir libres, c’est préférer le courage à la lâcheté, l’abandon de soit pour une plus grande cause… C’est… préférer l’avenir au passé, Misha. Jamais les pirates ne pourront comprendre cela, JAMAIS !
Vous êtes fous, tous. Tu m’accusais d’être cruel et sans pitié, mais toi et tes exodés, vous êtes… vous êtes pires !
Ha, ha, ha ! ouuuch ! Ha, ha ! MISHA ! NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS SEREZ ÉCRASÉS ! 
Petrovach recula instinctivement.
L’esprit du chasseur venait enfin de reprendre le dessus sur la bête enragée et sur celui du frère éploré. Un piège énorme se refermait sur lui et ses hommes, quelque chose d’impitoyable dont il prenait enfin la mesure. Il n’avait plus guère de choix. Boitant en serrant les dents jusqu’à un petit hublot, il modifia la fréquence de son communicateur et…
Ici Petrovach, j’appelle Choupa. Nous avons besoin de renfort, je répète, envoyez-nous de quoi contenir les exodés encore un temps.
Petrovach ? Je vois que vous ne suivez guère le déroulement des opérations ! Vous allez devoir vous débrouiller seul, mon vieux : l’astéroïde est détruit, Karl est mort, les exodés ont repris le contrôle de leur convoi et nous nous dirigeons avec le reste des troupes vers un autre transporteur pour l’envahir.
Venez prendre le mien !
Vu d’ici, il ne restera plus grand-chose le temps d’arriver. Désolé Petrovach, mais soit vous trouvez un moyen de nous rejoindre, soit vous vous débrouillez.
MAIS JE…
On va devoir couper, des chasseurs et même un croiseur, se dirigent vers nous pour nous intercepter. Et vous savez quoi ? Ce sont VOS appareils que vous leur avez abandonnés lors de votre stupide attaque en solitaire. Choupa, TERMINÉ !

Par le hublot, on pouvait apercevoir les premières grappes de capsules de sauvetage qui étaient larguées, tandis que lui et ses hommes étaient piégés dans des ponts entiers dont on scellait consciemment les issues.
« NOUS SOMMES LE MUR DEVANT LEQUEL TOI ET TES PIRATES VOUS VOUS ÊTES ÉCRASÉS ! »
Cette phrase tournait en boucle dans sa tête.


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RedU T1 Ch19 Ep12

episode260.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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« Passez-moi le centre de commandement, on ne va pas attendre que cette salope arrive ici sans rien faire. Azala, tu m’entends ? »
Benkana et sa troupe remontaient les corridors et les escaliers de service ; ils avaient récupéré ce qu’ils pouvaient, abandonnant les morts et les matériels endommagés après les dernières échauffourées. Le Transporteur était toujours envahi par des hordes de pirates et il n’était pas question de laisser des hommes en vie en arrière, tant pis pour les cadavres, on s’en occuperait, plus tard.
Aurora… le transporteur de J.F.Hill… Il vient de perdre une partie de ses ponts inférieurs…
QUOI ?!
Le spatioport et.. Un second pont explose ! Par tous les Dieux, le pont suivant vient à son tour de se détacher ! On a vu une suite d’explosions et toute la structure s'est séparé du reste du vaisseau. A-t-on des plans rapprochés ? Affichez les sur l’écran princip…
La voix de la jeune femme s’était soudain brisée. La commandante se faisait déjà une idée, de ce que sa compagne voyait en ce moment.
… Azala ?
Oui, je suis là. On… on voit des corps flotter dans le vide, plusieurs… quelques dizaines, impossible de dire si ce sont des soldats ou des civils.
Bon sang, John, que fais-tu ?! Sauf problème, nous serons de retour d’ici une vingtaine de minutes. À tout de suite.

Je… Avant le Transporteur 6, on a… on a détecté des décollages multiples sur l’astéroïde pirate. Beaucoup d’appareils de transport, mais aussi des chasseurs, et ils viennent droit sur nous.
La Choupa n’a pas perdu de temps. Passe le message, on va devoir se battre sur plusieurs fronts. Est-ce qu’au moins Price a fait décoller ses appareils et le croiseur ? Et les nôtres, ils sont en route ?
Il nous a dit d’attendre un peu et de surveiller l’astéroïde. Et l’on enregistre depuis un petit moment des variations d’énergie bizarres. La signature ressemble à celle de compresseurs dimensionnels.
Benkana ralentit son pas, au bord d’une nouvelle colère…
Qu’est ce qu’il mijote, encore ? Bon, ordre à nos chasseurs de décoller, et envoie la demande en clair, que tout le monde la reçoive, notre vieux colonel et même l’autre folle qui arrive.
Arrête de n’en faire qu’à ta tête, il suit une stratégie visiblement bien préparée.
Hé bien, qu’il la partage avec moi. Fais décoll…
LES COMPRESSEURS DE L’ASTÉROÏDE ENTRENT EN FUSION !
Les hommes de Benkana se mirent en position de défense, sécurisant les alentours immédiats : leur chef venait de s’arrêter net au milieu de sa lancée.

Choupa serrait fermement les manches de direction et de poussée de son chasseur. On avait pu mettre deux fidèles lieutenants à elle dans le petit espace dédié aux bagages et ce scénario s’était répété dans tous les engins qui décollaient encore. Il n’y avait ni assez d’appareils ni assez de temps pour embarquer pour tout le monde, alors on improvisait, comme seuls les pirates savaient faire. L’un après l’autre, les compresseurs dimensionnels virèrent au rouge, puis au blanc et tel un chapelet de l’enfer, embrasèrent toute la surface de son astéroïde. Quelques secondes suffirent pour que de nouvelles explosions, bien plus puissantes, ne remuent les profondeurs du gigantesque rocher. Et enfin, alors qu’une gerbe enflammée emportait le spatioport où des vaisseaux de transports tentaient encore de décoller, sa base, l’abri où elle et les restes de l’équipage de son père avaient trouvé refuge par le passé, sa maison, se disloqua.
La jeune femme serra les dents. Karl et maintenant l’astéroïde, ce n’était plus simplement une affaire de dette de sang entre Benkana et elle, c’était une question de survie pour tous. Ils n’avaient plus le choix, la principale porte de repli venait de se refermer.
Pas de larmes, elle en avait trop versé par le passé et l’urgence était ailleurs : elle se sentait capable d’arracher les yeux à tous ces maudits exodés, un par un s’il le fallait.
« Appel général : la destination se trouve droit devant nous, à bâbord. C’est notre future maison qui nous attend là-bas, messieurs. EN AVANT ! »
Et, slalomant entre les débris, les corps et les morceaux épars de l’astéroïde qui n’arrêtaient pas leur course, des dizaines et des dizaines d’appareils de toute sorte convergèrent à la suite de Choupa vers le Transporteur 7.

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episode259.mp3

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La hache de Petrovach s’abattait sans retenue sur le colonel J.F.Hill, ne laissant même pas à ce dernier le temps de reprendre son souffle. Le géant roux faisait tourner son arme comme un moulinet, effritant, coup après coup, la résistance de son adversaire qui n’arrivait, tout juste, qu’à dévier la puissance déchainée contre lui. Cette fois, le pirate ne s’était pas embarrassé de précautions et jouait la carte de l’énergie contenue dans ses solides muscles : choc, contrechoc et impact, tel était l’essentiel de la stratégie qu’il avait adoptée. Primaire, mais dangereuse également pour lui, car seule l’endurance de Petrovach empêchait son adversaire de contrattaquer et la combustion de ses calories ne se poursuivrait pas indéfiniment.
Le dos du colonel buta contre des éléments du remblai accumulés devant l’entrée de la salle de commandement ; il ne pouvait désormais plus reculer, mais les attaques ne semblaient pas diminuer, bien au contraire.
Soudain, son frère fit effectuer une courbe différente à la hache qui passa en dessous de l’épée tendue et vint s’enfoncer profondément dans une poutre de métal à côté de sa tête. Il ne put conserver l’intégralité de son corps que grâce à un réflexe de dernière seconde, mais cela n’empêcha pas le sang de couler le long de son cou, en une petite ligne chaude qui suivait la forme de sa nuque. Venait-il de perdre son oreille ?
Il verrait plus tard, car Misha lui offrait une ouverture sans pareil, son arme trop enfoncée pour lui servir de protection. Igor projeta en avant la pointe de son épée, mais ne la pénétra que de quelques millimètres dans le torse de son frère, arrêtant son geste pour ne provoquer qu’une simple égratignure dans cette masse musculaire. Celui-ci ne bougeait plus depuis sa dernière attaque, un petit sourire au coin des lèvres. Mieux : il écartait même les deux bras, en une offrande de son corps à tous les coups que l’on pourrait lui porter !
J.F.Hill retira son épée, roula sur lui-même et reprit son équilibre à quelque distance. De sa main libre, il put constater que ce n’était qu’une coupure qui saignait juste en dessous de son oreille, un filet vermeil comparable à celui qui s’écoulait maintenant du torse de son frère. Petrovach ricana dans sa moustache et sèchement, arracha sa hache pour se remettre en position.
Sang pour sang, Igor. Comme au bon vieux temps n’est-ce pas ? Tu n’as aucune chance, tu le sens bien, n’est-ce pas ? Alors, si tu oubliais un peu ton idée de justice des pirates, et tu réfléchissais ? Moi, je te veux à mes côtés, encore plus maintenant qu’avant ! Ton courage s’est affermi autant que ton corps. À nous deux, nous prendrions le dessus sur la frêle Choupa, et nous serions les vrais maitres du monde pirate !
C’est une obsession chez toi de me faire revenir ? Je t’ai déjà donné ma réponse.
Comme quoi, je fais preuve de plus de souplesse que par le passé. Je te mets en demeure d’accepter maintenant, ou nous détruisons ce vaisseau, en commençant pas les ponts inférieurs !
John serra les dents, se préparant à reprendre l’attaque. Ce changement de position n’échappa pas à son frère :
« N’y pense même pas. Mes hommes n’attendent que mon signal. Rends-toi : vous êtes paralysés et pas prêts à une invasion de guerriers comme nous… »
À peine eut-il prononcé ces mots que les néons se mirent à clignoter sur toute la longueur du grand corridor. Derrière le sas bloqué, on put entendre des cris de soulagements, des applaudissements. Petrovach leva les yeux, surpris : le plan de la petite prétentieuse n’avait visiblement pas tenu tant que cela. Les exodés venaient de contourner la paralysie de leurs systèmes d’une manière ou d’une autre, et ce malgré les efforts du vieux Karl. Cette relique était-elle enfin hors de son chemin ?
Ce n’était pas une déroute, juste un contretemps et il reporta son attention sur la raison de sa venue en ces lieux. Ce fut pour sentir le métal fin et coupant de la lame lui transpercer l’épaule droite, celle qui maniait la lourde hache ! Une onde de douleur le parcouru lorsqu’elle ripa sur l’omoplate, entaillant les chairs, blessant les tendons, sectionnant les veines. Le choc de l’impact, ou de l’attaque inattendue, lui coutèrent deux précieuses secondes qui suffirent à J.F.Hill pour lui décrocher un violent uppercut au menton. Les dents cognèrent, certaines se brisèrent et la tête du pirate partit en arrière, entrainant le corps à sa suite. Il sentit, plus qu’il ne vit, la lame sortir de son épaule, entrainant avec elle une gerbe de sang autrement plus importante que le filet coulant sur son torse. Une nouvelle fois, son maudit frère venait de le blesser. Une nouvelle fois, son bienaimé frère, qu’il s’obstinait à pardonner, venait de l’attaquer, de l’agresser.
La fureur remonta alors en Misha, profitant de la douleur pour prendre le dessus sur tout le reste. Sa jambe partit en arrière, le stabilisant. Non, il ne tomberait pas devant lui. De son autre main, il attrapa la hache qui s’échappait. Non, il continuerait à la tendre bien haut. Et sur un rugissement sauvage, il se redressa, gonflant tous ses muscles pour faire face, le visage déformé sous le cri de colère.
« Non Igor, je ne suis pas vaincu… à peine blessé ! Tu ne t’en tireras pas comme çà. »
Pensa-t-il. Soufflant comme un taureau, un bras ballant, Misha ne connaissait pas d’autre manière de communiquer dans un combat que par des démonstrations de puissance et de résistance. Et, malgré sa petite victoire, il voyait bien dans les yeux de son frère que celui-ci recevait parfaitement le message.
« Igor… Tu… Aaah, quel coup, ça fait mal, je te l’accorde. Mais ça ne suffira… ÇA NE SUFFIRA PAS ! »
Il grimaça et remonta légèrement la main à l’épaule blessée, pour activer un interrupteur sur sa ceinture.
Sénéchal ?
Faites sauter le premier pont.
À vos ordres !
NON !
Hurla J.F.Hill, en se précipitant sur son adversaire, la lame tendue. L’autre se cabrât, bien plus vif qu’on n’aurait pu s’y attendre et, du plat de sa hache, projeta son agresseur à plusieurs mètres.
John se relevait, lorsqu’il sentit de puissantes vibrations remonter le long de la superstructure du Transporteur. Immédiatement, des alarmes se mirent à hurler un peu partout et de nouveaux cris leur parvinrent de l’autre côté du sas, dans la salle de commandement. Le vaisseau en perdit momentanément son assiette, tandis que des canalisations explosaient sous la surpression envoyée depuis la base de l’immense appareil. Des jets d’étincelles tombaient du plafond, rebondissant un peu partout et divers objets glissaient sur le sol, jusqu’à buter sur quelque obstacle. Les sirènes hurlaient, les opérateurs du centre de commandement hurlaient, le son d’explosions lointaines se répercutait au travers des parois.
Misha Petrovach ne disait rien, se contentant d’un sourire énigmatique.
Puis l’appareil reprit son équilibre, doucement. Les Exodés étaient suffisamment expérimentés pour répondre à ce genre de calamité, et le colonel Hill avait toute confiance en son équipage, mais le vaisseau survivra-t-il à cette blessure ? La pression des gaz éjectés de la tuyauterie diminua, le nombre de courts-circuits se réduisit, et les explosions lointaines cessèrent. Il ne restait qu’un lourd silence ponctué de cris sourds ou de grincement de colère de la coque blessée du Transporteur.
Igor ? Veux-tu revenir, maintenant ?
Je ne te pardonnerais jamais ce que tu viens de faire… JAMAIS !
Ça, je peux presque le comprendre. Il doit… oui… il doit y avoir une partie de votre spatioport, et Dieu sait combien de réfugiés, qui suffoquent en ce moment, ou se congèlent, dans le vide spatial.
Mmmmh, pas drôle tout çà, n’est-ce pas… ?
John Fidgerald Hill ne pouvait refouler la haine qui le submergeait à son tour. L’équivalent de ce qu’il avait ressenti des années plus tôt, alors qu’il tenait dans ses bras Esfir, leur sœur.
L’expression dépeinte sur son visage ne perturba pas particulièrement Petrovach qui se contenta d’activer à nouveau l’interrupteur de sa ceinture, sous une nouvelle grimace de douleur.
Sénéchal, le pont inférieur s’est bien détaché de l’appareil, comme prévu.
Parfait… faites sauter le second pont.
Oui, monsieur.
MISHAAAAAAAAAAA !

J.F.Hill s’élança à nouveau contre son frère, autant par vengeance que pour sauver ses exodés.

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RedU T1 Ch19 Ep10

episode258.mp3

Nouveau Livre de Red universe disponible en ligne : le Chapitre 7 « L’agent douze » accompagné de ses illustrations et commentaires !

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La radio principale, au centre de commandement du transporteur 5, retransmettait en direct la scène qui se déroulait sur l’autre vaisseau. L’activité de la salle était particulièrement discrète, la plupart des opérateurs écoutant attentivement. Seul Edmund Tristo pianotait frénétiquement sur son clavier, conscient d’apporter la pierre centrale au plan du colonel Sterling-Price.
Le vieil homme suivait, comme les autres, le son grésillant renvoyé par les hautparleurs, impassible.
« Je suis le commandant Benkana, responsable d’un des transporteurs que vous agressez en ce moment. À qui n’ai-je pas l’honneur de parler ? »
Petit silence.
On devinait la surprise, l’appréhension et probablement la prise en considération de cette nouvelle donne. La voix féminine du transistor reprit alors, plus posée :
Mon nom est Choupa la sans peur, je dirige en effet cette attaque. Comment avez-vous pris le contrôle de notre fréquence ?
Ce n’est pas votre fréquence, et surtout, je pense que nous avons une connaissance en commun. Monsieur Karl, dites un mot à madame…

Dites un mot, ou je vous tire une balle dans le pied pour qu’on vous entende crier.
CHOUPA, N’ACCEPTE AUCUN CHANTAGE, JE NE…
KARL !
Je n’ai pas demandé un roman. Relevez-le.
La jeune femme, la future reine pirate, avait réagi d’instinct à la voix de son ami et au coup qu’il venait certainement de recevoir.
Sterling-Price gardait ses bras croisés, debout à quelques pas de Tristo. Chaque seconde qui passait était du temps de gagné pour son informaticien, ce qui allait dans le bon sens ; mais quelque chose dans la voix et dans la personnalité de Benkana l’inquiétait. D’après ses connaissances, l’ancienne chef rebelle n’avait jamais été une tendre, il se demandait si elle saurait se maitriser suffisamment dans ce moment délicat.
Benkana, que voulez-vous ?
Bien, on peut parler. Rappelez vos chiens en route vers nous, et arrêtez d’éloigner votre astéroïde.
D’une voix soudain douçâtre et pleine de sous-entendus, elle ajouta :
Vous ne voudriez pas nous quitter alors que l’on commence à peine à s’amuser, n’est-ce pas ?
Et puis, notre ami Karl semble se languir de vous.
D’accord, je suspend l’envoi des renforts.

Tristo attira l’attention du colonel, celui-ci se rapprocha. Sans un mot, Edmund tourna le clavier de sa console vers le vieil homme, indiquant du doigt la touche de validation. Price ne comprenait pas grand-chose au pavé de symboles en tous genres qui s’égayaient sur l’écran, mais il distinguait nettement un curseur clignotant à la fin de la dernière ligne.
Il ne fut pas surpris de voir le jeune homme croiser les bras et faire un signe négatif de la tête ; après le carnage auquel il avait assisté dans la cité intérieure et sa responsabilité indirecte, il refusait simplement de déclencher un nouveau drame.
Comment ne pas le comprendre ?
Le colonel Sterling-Price hocha de la tête et approcha son pouce du clavier, la bataille des transporteurs allait prendre fin très prochainement. Soudain un hurlement rugit depuis les hautparleurs.
« CHOUPA ! NE FAIT PAS CELA ! »
Il s’en suivit plusieurs bruits de lutte, puis un coup de feu suivi un nouveau cri :
« KARL ! QUE SE PASSE-T-IL ? »
On n’entendait à nouveau plus rien. Price éloigna son pouce de quelques centimètres, totalement captivé, comme tous dans la salle, par ce silence perturbé uniquement par le bruit de fond du système radio. Que venait-il de se passer ?
BENKANA ?
Votre Karl est mort… Il a réussi à surprendre un de ses gardes, s’est emparé d’une arme et s’est tiré une balle dans la tête. On n’a rien pu faire.

Tristo tourna vers le colonel un regard horrifié. L’autre lui renvoya une expression aussi concentrée que sans émotion ; le pouce toujours tendu au-dessus du clavier, il attendait la suite.
Du coté des deux transporteurs, on retenait son souffle.

La voix de la pirate monta à nouveau dans le poste, mais cette fois, Choupa la sans-peur ne mesurait plus ses propos.

« … Benkana…
JE VAIS VOUS ANÉANTIR, vous m’entendez bien ? 
Ordonnez à tous les appareils de décoller ! Dites-leur qu’à partir de maintenant, une dette d’honneur doit être payée. La vengeance pirate sera appliquée ! Allez, donnez les ordres ! »
La colère froide de la jeune femme se transformait graduellement en une rage aveugle à chaque mot prononcé. Price observait les hautparleurs, fronçant les sourcils.
BENKANA, JE N’AURAIS DE CESSE DE VOUS POURSUIVRE QUE LORSQUE VOTRE SANG SERA RÉPANDU SOUS MES BOTTES.
Moi, Choupa la sans-peur, j’en fais le serment.
Alors, viens, petite merdeuse ! Je t’attends.
Un coup de feu, des bruits de petits éléments rebondissants pardon ; Aurora Benkana venait de détruire le transistor radio.
« Pernov, vous aviez raison ! Qu’on passe le message… on ne fait plus de quartier ! »

Price enfonça la touche de validation.

*

Choupa n’arrivait pas à cacher ses larmes, mais ses ordres fusaient, précis et clairs, mettant en branle les milliers de pirates dans l’astéroïde.

Karl, son ami, son second… peut-être son premier père.
L’annonce de la dette d’honneur circulait dans les rangs de la troupe tel un appel à une nouvelle dimension dans le combat. On n’allait plus seulement s’emparer des richesses et des femmes, on allait laver un affront dans le sang. Ceux-là, dont les ancêtres Nordistes avaient bâti des cités au cœur du froid et la glace de MaterOne, possédaient toujours dans leur âme cette flamme d’orgueil, cette loi inexpugnable qui disait que la dette d’honneur d’un chef signifiait la mort ou la victoire de tous ses hommes.

Choupa gémit, s’appuyant à la conduite d’eau d’un recoin sombre. Elle laissa s’échapper un sanglot…
… puis ravala ses larmes.
Dans une inspiration, elle révéla alors sa haine, son nouveau moteur, bien plus puissant encore que la vengeance accumulée envers le Cercle de Khabit.
« Je te tuerais, Benkana, je… te… tuerais. »

Dans les entrepôts de l’astéroïde, on s’activait autour des ascenseurs internes pour déplacer les appareils aussi vite que possible vers la zone d’envol. De là, les uns après les autres, on les remplissait de pirates et d’armement et on les faisait décoller en direction du transporteur  7.

À l’intérieur de son vestiaire, la reine pirate se saisit de l’épée familiale que Karl avait emportée avec eux lors de l’évacuation de son vaisseau, il y avait tant d’années. Elle la sortit de son fourreau, brusquement : la lame brillait de mille feux, toujours coupante et vibrante de combats. Ce métal allait bientôt plonger à nouveau dans le sang, redonnant vie à ce vieux proverbe Nordiste que la communauté pirate respectait, génération après génération :

C’est par le sang et la gloire que se forge un peuple, que la peur frappe nos ennemis : l’heure des Hommes est venue.

La jeune femme se dirigeait vers les ponts d’embarquement où son chasseur particulier l’attendait, quand on l’arrêta dans un couloir, un combiné décroché à la main : un appel urgent de son central d’opération. Agacée, elle s’en saisit :
Quoi ?
Chef, on a une brusque poussée de surchauffe dans les compresseurs dimensionnels !
Une surchauffe ? De quel ordre ?
Cela ne… Attention, la jauge du quatre !
Le bruit étouffé d’une explosion lointaine se répercuta dans les corridors de la base.

La centaine de compresseurs dimensionnels en série, bricolés en chapelet autour de l’astéroïde, étaient tous entrés soudain en surrégime. Simultanément, les systèmes de refroidissement s’étaient bloqués en mode erreur, refusant toute commande de relance.
Si l’on n’arrivait pas à couper leur alimentation, les compresseurs allaient tous exploser dans les prochaines minutes, emportant toute les installations et la base entière de Choupa avec eux.

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RedU T1 Ch19 Ep09

episode257.mp3

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Les flashs de lumière aveuglèrent immédiatement Karl tandis que les gaz paralysants le prirent à la gorge. Le pirate n’était plus un grand guerrier et, courbé en deux sous l’asphyxie, des larmes submergeant toujours ses yeux éblouis, il ne put offrir de résistance lorsque des soldats équipés de respirateurs le plaquèrent au sol.
Une poignée de minutes suffirent pour évacuer l’air vicié et, même s’il ne distinguait encore que de vagues contours dans le brouillard blanc de sa vision, les quintes de toux du pirate s’étaient tassées. Il prit enfin conscience de ce qu’il se passait dans la pièce autour de lui et la première chose qu’il entendit ce furent des bottes qui foulaient le sol, s’arrêtant devant sa tête.
Une personne légère, probablement une femme. Il ne fut pas surpris de reconnaitre la voix de la commandante.
« Broto… »
Rien, pas un mot de plus, une simple constatation. Existait-il déjà des doutes sur lui et Ismène ?
On arma plusieurs fusils mitrailleurs et, lorsque le feu de la destruction s’abattit sur sa créature, le vieux pirate ne sut refouler un pincement au cœur et une ultime larme qui se mêla à celles causées par le gaz. Quelques gouttes de sang synthétique vinrent s’écraser sur sa joue, tel un dernier adieu ; il ne resta plus que quelques bruits de courts-circuits et une abominable odeur de plastique brulé emplissant l’atmosphère. Toujours sans un mot, la commandante s’éloigna de la pièce, laissant Karl au sol alors qu’on le menottait sans ménagement.

« Ici Benkana, me recevez-vous ? »
On avait installé un relai à bord de la navette dont la radio communiquait avec le transporteur de Price. Un moyen simple et efficace pour se tenir informé.
Allo, il y a quelqu’un ?
Ici Price. Alors, où en êtes-vous ?
Nous avons neutralisé l’intelligence artificielle et nous…
Yeaahhh ! C’est vrai, ça y est, les systèmes se débloquent les uns ap…
Monsieur Tristo, conservez un peu de discrétion, merci. Vous disiez, commandant ?
… Nous avons un prisonnier et les barges sont toujours en train de nous rapprocher de l’astéroïde.
Sans préavis, quelque chose vibra à nouveau dans son transporteur. Elle entendait des ronronnements assourdis reprendre leur place dans le fond sonore quotidien, les néons des corridors s’allumaient les uns après les autres, et même les systèmes de communication interne de vaisseau grésillaient à nouveau.
Commandant ?
Désolé, tout est en train de se rallumer ici. C’est une excellente nouvelle, félicitez notre ami Tristo.
Merci, Commandant ! Maintenant on a un problème avec la base pirate. J’aurais besoin que vous nous les occupiez un petit peu !
Intervint Tristo du fond de la pièce derrière Sperling-Price.
Je traduis, si monsieur Tristo le permet… Il semble qu’ils reculent en ce moment leur astéroïde, ils préparent probablement quelque chose, mais nous aussi. Regardez, autour de l’intelligence artificielle, s’il n’y a pas un moyen quelconque de communication pour joindre le commandement pirate, et tâchez de négocier n’importe quoi pour gagner du temps.
Je pensais plutôt nettoyer mon transporteur et faire décoller nos chasseurs et croiseurs pour leur rendre la monnaie de leur pièce.
Nous y travaillons, justement. Et dites-vous qu’une poignée de minutes suffiront, vous pourrez sécuriser votre bâtiment ensuite, commandant.
Le fait d’appuyer insidieusement sur le dernier mot rappelait à Aurora une certaine hiérarchie militaire, mais également d’expérience quant à la stratégie, en faveur de Sterling-Price. Sans apprécier spécialement, elle se rangea donc à l’avis de celui qui avait gagné la confiance de son ami J.F.Hill.
« Soit. Je vais laisser le communicateur branché que vous puissiez suivre. N’intervenez que si besoin. »
Aurora n’était pas satisfaite de devoir patienter encore ; si le retour à la normale des systèmes avait sans doute galvanisé ses troupes, la partie n’était pas encore gagnée et son transporteur pas encore libéré. Elle pénétra dans la pièce, lançant un regard de dédain au vieil homme plaqué au sol, qui avait abusé des valeurs mêmes de l’Exode pour se glisser à bord avec son instrument de mort. Chaque seconde qui s’écoulait voyait mourir un membre de son vaisseau et c’était à cause de lui. Elle fit signe à un des soldats qui le maintenait de le relever.
« Comment gardez-vous le contact avec le commandement pirate ? »
Pas de réponse.
Un nouveau signe de tête à un des gardes et un violent coup de poing fut asséné dans les côtes du vieillard. Sous la douleur, celui-ci poussa un grognement, mais il ravala sa salive et se tut à nouveau, le regard dans le vide.
« Madame le Commandant… » intervint Antonio Pernov.
Le vieux chef Nordiste se tenait un peu à l’écart, mais suivait évidemment avec assiduité tout le déroulement des opérations.
… nous pourrions le faire parler si vous le désirez. Nous connaissons plusieurs méthodes dans ce but, mais…
Mais ?
Peut-être que si l’on réfléchissait simplement, la réponse pourrait se trouver sous nos yeux ?
Il désigna de la tête le poste de radio à quelques centimètres de Benkana, posé sur une étagère. Celle-ci s’approcha et s’en saisit ; c’était un instrument un peu vieillot, normalement destiné uniquement à la réception, idéal pour passer les contrôles sans se faire remarquer.
Elle enclencha l’appareil et la voix de Choupa monta du poste, forte et claire :
« Karl ! Répondez-moi mon ami. Nous sommes en train de reculer l’astéroïde et nous envoyons en ce moment une première vague de navettes vous porter secours. Courage, tenez bon, j’ai besoin de vous ! »
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